Histoire du Monde : les soeurs américaines trop progressistes ?

Soeurs catholiques
Soeurs catholiques - © Google

Des sœurs catholiques américaines en résistance contre le Vatican. Elles sont en conflit ouvert avec les autorités catholiques depuis le printemps dernier. Le principal ordre de religieuses aux États-Unis se voit reprocher des positions trop progressistes sur le rôle de la femme, l’homosexualité ou la contraception. Le Saint Siège essaie de reprendre les choses en main. Mais les sœurs résistent. C’est l’histoire du monde de Robin Cornet.

"Levez-vous, mes sœurs, levez-vous ! Marchez la tête haute. (…) L’amour ne peut pas être réduit au silence." C’est en chanson que Sœur Kathy Sherman, de la communauté de Saint Joseph de La Grange a répliqué à la condamnation du Vatican. Cette chanson est devenue un hymne pour ces religieuses qui défendent un certain renouveau de l’église.

La "Conférence des supérieures des religieuses d’Amérique" représente 80% des 57.000 sœurs catholiques aux États-Unis. Elle avait déjà fait l'objet de mises en garde du Vatican en 1992 et en 2001. Mais depuis le printemps dernier, la crise est devenue plus grave. Un rapport de la Congrégation de la doctrine de la foi a établi, après deux ans et demi d’enquête, que ces religieuses ne faisaient pas la promotion des idées officielles de l’église sur les questions relatives à la sexualité et à la famille. L’instance théologique du Vatican leur reproche de ne pas condamner l’homosexualité et de rester bien silencieuses sur l’avortement et l’euthanasie. Enfin, la Congrégation désapprouve l’engagement politique des nonnes qui s’étaient notamment impliquées dans le débat sur la couverture des soins de santé, soutenant le plan de Barack Obama contre l’avis des évêques américains. Le Saint Siège souhaite, en conclusion, une refonte complète de la Conférence des supérieures américaines.

Le Vatican a envoyé des évêques pour organiser cette reprise en main. Mais les religieuses ne se sont pas laissées faire. Bien que rejetant les demandes de Rome, les supérieures américaines privilégient toujours une solution négociée afin de ne pas provoquer un schisme au sein de l’église. Des discussions se tiennent depuis plusieurs mois. Les religieuses ne font pas pour autant profil bas. Il y a peu, certaines avaient manifesté publiquement pour soutenir un curé excommunié et réduit à l’état de laïc pour avoir participé à l’ordination d’une femme prêtre.

Sans nécessairement défendre toute l’ordination des femmes, beaucoup de religieuses se sentent peu considérées par la hiérarchie de l’église dont elle déplorent, à demi-mots, la misogynie. Au sein de la congrégation, beaucoup de religieuses sont en fait des universitaires, parfois très diplômées. Certaines occupent aujourd'hui des postes à responsabilité, à la tête d’hôpitaux ou d’école. D’autres ont un engagement social sur le terrain. La plupart ont abandonné la vie communautaire. Elles choisissent elles-mêmes leur mission et leur lieu de vie. "Quand on est au plus près des gens, on partage leurs conflits intérieurs, et on ne peut s’enfermer dans une position doctrinale", défend une sœur de l’Indiana. L’espoir des religieuses américaines, c'est que ce débat ouvert avec le Vatican permette de faire un peu évoluer les mentalités au sein l’église catholique.

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