Histoire du Monde : le Soudan bientôt en révolte ?

Sud-Soudan
Sud-Soudan - © Google

Le Soudan sera-t-il le prochain pays secoué par une révolte populaire ? Depuis quelques jours, des jeunes manifestent contre l'envolée du coût de la vie et la politique du régime d'Omar el-Bechir. Robin Cornet.

Les premières manifestations remontent à l'année dernière, dans la foulée de la révolution égyptienne. Une contestation relativement limitée. Surtout des jeunes dans la capitale. La répression avait été implacable. Un couvercle refermé sur une marmite en ébullition.

Samedi dernier, ce sont des étudiantes de l'université de Khartoum qui ont été les premières à redescendre dans la rue. Un rassemblement sur le campus pour dénoncer l'explosion des prix de la nourriture et des transports. Le mouvement s'est étendu dimanche et pris encore d'avantage d'ampleur, lundi, quand le président Omar el-Bechir a annoncé de nouvelles mesures d'austérité : augmentation des impôts, fin des subventions aux carburants, suppression d'emplois dans la fonction publique.

Le Soudan est exsangue. La population est sur la corde raide. Les denrées alimentaires, comme les fèves ou la viande, ont doublé de prix en un an. Le dinar soudanais n'a cessé de dévaluer. En avril et mai dernier, l'inflation tournait autour des 30%. Alors que se passe-t-il ? Il y a un an, le Sud Soudan a pris son indépendance. Khartoum a plus ou moins accepté cette sécession mais a, du coup, perdu le contrôle des ¾ des réserves pétrolières. Le climat est resté très tendu entre les deux Soudan. Depuis avril, il y a de violents affrontements, à la frontière, pour le contrôle du principal champ pétrolier. Cela n'a fait qu'aggraver la situation.

Le régime est aux abois. La police s'est massivement déployée dans le centre de Khartoum. Les manifestations ont été réprimées. Les forces anti-émeutes ont tiré des gaz lacrymogènes, frappé des jeunes à coup de bâton et arrêté plusieurs manifestants. Armés de barres de fer, des militants du parti au pouvoir ont fait irruption sur le campus où ils s'en sont pris à des étudiantes.

Plusieurs fois, les trois journaux indépendants se sont vu interdire la distribution de leurs éditions. Et, hier soir, un correspondant britannique de l'Agence France Presse a été arrêté alors qu'il couvrait les manifestations.

Le mouvement s'est cependant propagé à au moins deux villes voisines et une troisième dans l'Est du pays. La contestation a pris un tour politique. Des jeunes appellent au renversement du régime. Ils ont été rejoints par deux partis d'opposition qui ont appelé à des sit-in et à la désobéissance civile. "Ce sont les signes d'une révolution", s'enthousiasme un responsable du Parti du Congrès Populaire. On en est encore très loin à ce stade. Mais il faudra garder un œil sur le Soudan.

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