Histoire du Monde : la fin de Makoko

Makoko
Makoko - © Google

Direction, ce matin, le Nigéria. Dans la grande ville de Lagos, les autorités ont ordonné la destruction du plus fascinant bidonville au monde. Un bidonville qui disparait, c’est rarement une bonne nouvelle, Robin Cornet.

Lagos, 15 millions d'habitants. La plus grande métropole d'Afrique subsaharienne. Les immeubles modernes du centre témoignent du boom économique. Plus loin, les bidonvilles s'étendent à perte de vue. Parmi eux Makoko, la 'Venise des pauvres'. Sur la lagune de Lagos, au coeur de la ville, perchées sur leurs pilotis, de petites maisons de bois et de tôle s'agglutinent. Ils seraient 100.000 à vivre ici. Une ville dans la ville. Une ville sur la mer.

Un endroit improbable. Très animé. Du monde partout. Et un balai incessant de barques qui glissent entre les maisons. Le canot, c'est le seul moyen de se déplacer dans Makoko. Tout se passe dans les bateaux, transformés en échoppes, en cantines... Entre les petits boulots, tout le monde vit un peu de la pêche. Beaucoup d'habitants sont des immigrés du Bénin, du Togo ou du Ghana. L'espoir d'une vie meilleure dans la grande métropole. Et au final, des conditions de vie très rudimentaires. Mais on vit à Makoko depuis des générations et beaucoup ne voudraient pas s'installer ailleurs. De toute façon, le pourraient-ils ?

Mais leurs maisons sont illégales. Makoko, officiellement, n'existe pas. Cela a été rappelé aux habitants jeudi dernier. Ils ont découvert au petit matin des avis se terminant sur ces mots : "Ordre vous est donné de quitté les lieux et d'enlever vos affaires du front de mer dans les 72 heures". Des ouvriers et des policiers sont arrivés hier. A coups de machettes, des hommes ont tailladés les piloris et les premiers baraquements ont disparu dans les flots.

"Je ne sais pas où aller", dit une femme, entourée de ses enfants. Car évidemment, il n'y a pas de solution de relogement. Officiellement, la démantèlement de Makoko est justifié par des raisons de sécurité et environnementales (car c'est sûr que la lagune sert tout à la fois de poubelle et de toilettes). Mais certains pensent que le bidonville empêchait surtout le développement d'un centre-ville moderne.

Un gigantesque pont traverse les eaux, entre Lagos et les quartiers chics du sud, en longeant Makoko. Les taudis ne donnent pas la meilleure image. C'est ce que pensent les autorités. Il y a deux ans, elles s'étaient offusquées de l'atteinte à l'image du pays, causé par un long documentaire de la BBC sur la vie à Makoko. Le film s'appelle 'Welcome in Lagos' (vous le trouverez facilement sur internet). Le réalisateur se souvient. D'un couple, notamment. Il était sur le point de se séparer et l'homme et la femme se disputaient la propriété de leurs cabane comme s'ils habitaient une maison à Berverly Hills.

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