Histoire du monde : esclavage moderne

L'histoire est d'autant plus dramatique que la jeune femme s'est donné la mort quelques jours plus tard. Les images qui provoquent la consternation ont été vues plus de 500.000 fois sur YouTube. La scène se passe devant le consulat d'Ethiopie à Beyrouth. Alem Dechasa, 33 ans, est frappée, trainée par terre et embarquée de force dans une dans une BMW. Le conducteur sera plus tard identifié grâce à sa plaque d'immatriculation. Il s'agit du patron d'une entreprise qui fait venir des domestiques des pays pauvres pour les placer dans des foyers libanais.

L'homme dit avoir voulu renvoyer son employée en Ethiopie. Son travail ne satisfaisait pas. Au Consulat, il a invoqué des problèmes psychologiques. Le Consul a répondu que dans ce cas, il devait emmener la jeune femme dans un hôpital psychiatrique. A la sortie, il y a eu des éclats de voix. Le patron voulait conduire Alem directement à l'aéroport. La jeune femme a résisté et a été passée à tabac. Finalement hospitalisée, elle s'étranglera avec ses draps. Comme tous les domestiques, Alem s'était largement endettée pour payer le réseau qui l'avait amené au Liban deux mois plus tôt. Elle ne voulait pas rentrer les poches vides et criblée de dettes.

« Les agences vont en Ethiopie, au Sri Lanka ou aux Philippines et font miroiter de bons salaires aux jeunes femmes pauvres. On leur promet de bonnes conditions de travail et des jours de congé. Mais elle retrouve à travailler 16 ou 18h par jour, sans jour de repos, avec un salaire aléatoire. Elles sont souvent privées de liberté, leurs passeports confisqués. », explique un membre du mouvement Anti-racisme libanais à France 24. Si Alem souffrait de problèmes psychologiques, dit-il, c'est peut-être aussi à causes des pressions et des violences qu'elle disait avoir subit depuis son arrivée au Liban.

L'histoire a suscité de très vives réactions en Ethiopie. Car il y a de nombreux précédents. On se souvient notamment de cette nounou Ethiopienne d'Hannibal Kadhafi retrouvée défigurée à l'acide par des journalistes à la chute du régime. Les Ethiopiens sont consternés par le sort de celles qui se retrouvent parfois transformées en véritables esclaves.

L'histoire a aussi provoqué un tollé au Liban. Le journal l'Orient-le-Jour a repris en titre cette réaction d'un blogueur éthiopien: « Regardez ces barbares de Libanais ». Le malaise n'est pas neuf. En 2008 déjà, Human Rights Watch publiait un rapport cinglant sur le sort des 200.000 domestiques étrangères au Liban. 24 morts recensés sur l'année 2007 et des histoires qui ressemblent: une employée ne supportant plus d'être enfermée à clef dans une pièce fini par sauter par la fenêtre. Depuis, des mesures ont été prises, comme l'introduction d'un contrat de travail obligatoire et le plafonnement des prestations à 10h par jour. Mais elles s'avèrent inopérantes. Quelle domestique irait saisir la justice et aurait les moyens de se lancer dans de longues procédures?

Comme dans d'autres pays du Moyen Orient, les travailleurs migrants ne bénéficient d'aucune protection légale au Liban. Leur titre de séjour est lié à leur contrat de travail. Leur employeur est leur tuteur. Si le travailleur perd son boulot, il peut immédiatement être expulsé.

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