Histoire du Monde : "drôle" de procès en France

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L’Histoire du Monde nous conduit, pour une fois, en France, avec ce procès plutôt ahurissant qui s’est tenu hier devant un tribunal correctionnel de la région parisienne. Robin Cornet.

Sur le banc des accusés, deux frères âgés d’une trentaine d’années. Ils sont accusés d’avoir tabassé leur jeune sœur, entraînant une mutilation. La jeune femme a en effet gardé des séquelles. Une infirmité permanente à un œil. A l’époque, elle avait 16 ans. Ses parents sont également poursuivis, accusés de séquestration et "non-empêchement de crime". Dans les jours qui ont suivi, ils ont enfermé leur fille de peur qu’elle ne parle.

Aujourd’hui, elle a 19 ans. Timide devant la cour, elle porte un hijab bleu, qui ne laisse apparaitre que son visage. "Ils ont voulu me protéger", dit-elle. Il y a trois ans, un soir d’hiver, au domicile familial, un de ses frères la surprend en train "tchatter" sur internet. Son interlocuteur est un jeune homme de 31 ans. Cris et fureur. La famille d’origine marocaine, et manifestement traditionaliste, ne conçoit pas que l’adolescente discute, même virtuellement, avec un garçon plus âgé. Elle est rouée de coups.

"On ne voulait pas la blesser" mais elle était "rebelle", dit un frère. Elle sortait avec des amies, alors que ça lui était interdit. Et puis, elle ne faisait pas souvent le ménage, avait-il dit aux enquêteurs. Dans cette histoire, le plus surprenant, est l’attitude de la victime. La jeune fille ne s’est jamais plainte. C’est l’ophtalmologue qui a soigné son œil qui a signalé son cas à la police. Elle a refusé de se constituer partie civile. Et au procès, elle défend ses frères.

"C'était un copain que je ne leur avais pas présenté. C’est normal qu’ils aient réagi. Ce n'est pas grave", dit-elle. Stupéfaction, consternation, de la Cour, quand elle dit qu’elle trouve "normal" d’avoir subi une "correction". A ses yeux, ça se justifierait par les valeurs de l'islam. "Vous croyez que quand une jeune fille discute avec un homme sur Internet, ses frères ont le droit de la tabasser ?", lui a demandé la juge. "Oui", répondit-elle, avant de s’en prendre à la Justice, qui n’aurait pas dû se mêler de son histoire, qui aurait causé, selon ses termes, un "désastre familial".

Le tribunal correctionnel de Pontoise a condamné les frères à 4 et 5 ans de prison, dont 3 avec sursis. Le père a été condamné à un an de prison ferme, la mère à un an avec sursis. "Il ne s'agit pas de stigmatiser une culture ou une religion", a dit le procureur, "il s’agit de rappeler que la loi s'applique à tous et que tout n’est pas permis, même dans les sphères familiales les plus intimes".

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