Histoire du monde : contraceptif nocif

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Un contraceptif très utilisé en Afrique pourrait multiplier par deux le risque de contamination par le Sida. C'est ce qu'annoncent des chercheurs qui ont suivi pendant près de deux ans 3800 couples. Robin Cornet.

Une contraception hormonale, à prendre tous les 6 mois, par injection. C'est actuellement la méthode la moins chère et la plus pratique, d'autant qu'il n'est pas nécessaire de recourir à un médecin. Du coup, ce produit des laboratoires Pfizer est le plus utilisé en Afrique de l'Est et Afrique Australe. Deux régions, par ailleurs, très touchées par le Sida. Pour bien se rendre compte de l'importance du débat, il faut souligner que dans une dizaine de pays, plus d'un adulte sur 10 vit avec le Sida. Au Zimbabwe ou au Botswana, par exemple, c'est plus de 20% de la population entre 15 et 50 ans qui est infectée.

Des chercheurs d'une université de Seattle ont réalisé des analyses, dans 7 pays, sur 3.800 couples. A chaque fois, l'un des partenaires était infecté par le Sida. Deux ans plus tard, ils ont pu démontrer que l'utilisation de contraceptifs hormonaux par injection multipliait par deux le risque pour une femme d'être contaminée par son conjoint. Dans les cas où la femme qui est porteuse de la maladie et non le mari, il y a aussi un risque accru de transmission significatif. Deux précédentes études, moins rigoureuses, avaient déjà fait naître des suspicions. Et d'autres recherches avaient établi que la prise de la pilule, augmentait très légèrement le risque… trop légèrement pour en tirer des conclusions. Ici, le doute n'est plus permis, estiment les chercheurs. Et ce qui est valable pour les femmes africaines l'est sans doute aussi pour toutes les autres femmes. Cela pose un terrible dilemme. Car actuellement, on manque d'alternative aux contraceptifs injectables. Les épidémiologistes sont réticents à lancer des mises en garde, craignant que les femmes se méfient et renoncent à la contraception sous toutes les formes. Pour certains experts, il faut explorer d'autres méthodes, comme le stérilet ou les implants, avant de stopper les injections. L'Organisation Mondiale de la Santé est appelée à se pencher au plus vite sur la question. En attendant, tout le monde en convient, pour prévenir le Sida, l'accent doit être mis sur l'usage du préservatif. Mais on sait que là aussi des questions de coût, de disponibilité, interviennent, particulièrement dans les campagnes.
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