Histoire des mouvements féministes

Emmeline Pankhurst  et les sufragettes en Grande-Bretagne
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Emmeline Pankhurst et les sufragettes en Grande-Bretagne - © Tous droits réservés

Nous sommes le 6 frimaire de l’an 2, dans le calendrier révolutionnaire, c’est-à-dire le 26 novembre 1793.
Au conseil général de la commune de Paris.
Une députation de femmes couvertes du bonnet rouge, s'y est dernièrement présentée.
Ça n’a pas plu à tout le monde !
Un sans-culotte du nom de Chaumette réagit : 
" Eh ! Depuis quand est-il permis d'abjurer son sexe ?
Depuis quand est-il décent de voir les femmes abandonner les soins pieux de leur ménage, le berceau de leurs enfants, pour venir sur la place publique, dans les tribunaux, aux harangues, à la barre du sénat ?
Est-ce aux hommes que la nature a confié les soins domestiques ?
Nous a-t-elle donné des mamelles pour allaiter nos enfants ?
Non. Elle a dit à l'homme : " Sois homme : la chasse, le labourage, les soins politiques, les labeurs de toutes espèces, voilà ton apanage. "
Elle a dit à la femme : " Sois femme: les tendres soins dus à l'enfance, les détails du ménages, les douces inquiétudes de la maternité, voilà tes travaux.
Mais tes occupations assidues méritent une récompense.

Eh bien! Tu l'auras, et tu seras la divinité du sanctuaire domestique.
Tu régneras sur tout ce qui t'entoure par le charme invincible des grâces et de la vertu. "

On est encore loin de Simone de Beauvoir ou de Virginie Despentes : c’est à une histoire des mouvements féministes qu'Un Jour dans l'Histoire vous convie, avec  Valérie Piette (ULB).

Le féminisme en tant que tel remonte au 19e s

Mais le ferment féministe existe depuis très longtemps, il y a eu des intellectuelles, des penseuses depuis la nuit des temps. 

La Révolution française va puiser dans les Lumières certaines idées, comme le retour à la nature, la naturalisation des femmes : "l'homme crée, la femme procrée", selon Rousseau. Dans l'Encyclopédie, la femme est définie comme "la femelle de l'homme". On fait de ces inégalités soi-disant naturelles des normes sociales. On instruit les garçons et on éduque les filles à devenir de bonnes maîtresses de maison.

Déjà durant la Révolution française, des femmes vont s'élever contre ces inégalités. Elles sont nombreuses à aspirer à cette révolution, à ce monde meilleur, à cette égalité pour tous. "L'histoire en retient une : Olympe de Gouges, guillotinée pour avoir écrit cette fameuse déclaration de la citoyenne et de la femme, tout à fait révolutionnaire et inédite. Marie-Antoinette, Madame Roland,... elles seront toutes guillotinées pour avoir abjuré leur sexe, dépassé la nature, pour être entrées dans la sphère politique, publique".

Le Code civil en 1804 entérine l'infériorité de la femme, éternellement sous tutelle de son père d'abord, de son époux ensuite. L'incapacité de la femme mariée implique qu'elle ne peut pas travailler sans l'autorisation de son époux, pas prêter en justice,... la femme est la propriété de l'homme. Le discours politique est très radical. Proud'hon, le chantre du socialisme, va par exemple essayer de prouver que les femmes ne sont pas des génies, "le génie ne peut être que masculin". Par la suite, à la fin du 19e s, c'est la science qui va essayer de démontrer cette infériorité de la femme. "La femme est perçue comme un danger, par sa sexualité, par son sexe, par le fait qu'elle donne la vie. Elle fait peur dans cette société patriarcale", explique Valérie Piette.

La fin du 19e s confirme les premières avancées féministes. Ces féminismes vont essayer d'entrer dans la vie politique, en mettant en avant le fait qu'elle sont mères, et se montrent plus pacifiques, plus économes. Elles ont parfois été considérées comme très moralistes, comme par exemple en Angleterre autour de l'abolition de la prostitution. Ces mouvements ne sont pas suivis par l'ensemble des femmes. "C'est un de ses problèmes, mais c'est peut-être aussi en partie sa force. Le féminisme n'est pas un parti politique, c'est un mouvement qui va, qui vient, avec des moments plus importants que d'autres."

 

Début 20e s : La femme qui n'est pas mère est une mauvaise femme

Le féminisme belge va s'engager dans la 1e guerre mondiale, va être très patriotique, très philanthropique. Il y aura énormément de résistantes. Ce féminisme s'engage et sera extrêmement déçu par la fin de la guerre, en n'obtenant pas le droit de vote. A la fin de la guerre, le discours alarmiste par rapport à la dépopulation va renvoyer la femme au foyer pour faire des enfants. La loi de 1923 interdit ainsi tous les moyens anticonceptionnels, avec un contrôle de la maternité, de l'allaitement des femmes, et la création de l'ONE (Office national de l'Enfance) qui encadre les mères pour pouvoir avoir des enfants qui seront de bons soldats. La femme qui n'est pas mère est une mauvaise femme, "c'est un peu Marie ou Madeleine".

L'arrivée des plannings familiaux

Après la seconde guerre mondiale, le 'tout à la mère' commence à se fissurer, avec l'idée que le bonheur peut peut-être ne pas passer par la maternité, et grâce aux actions du 'planning' (terme qui vient des USA) pour planifier les naissances. Ce mouvement arrive en Europe au début des années 50, en France, puis en Belgique, avec le début des plannings familiaux. Le premier, Famillheureux, s'ouvrira en 1962 à Saint-Josse à Bruxelles.

Margaret Sanger s'est battue aux Etats-Unis pour expliquer aux femmes comment espacer les naissances. Son discours est positif et pas culpabilisant. Les protestants sont plus ouverts, moins dogmatiques sur ces questions de contraception. Et donc c'est aux Etats-Unis, en Angleterre, puis en Suède en Hollande que ces mouvements vont naître avant de toucher les pays catholiques comme la Belgique. Avec l'idée d'éduquer à la sexualité et aux moyens contraceptifs.

Pour Valérie Piette, la révolution majeure du 20e s, c'est la révolution contraceptive, chimique, l'invention de la pilule : "Mon corps m'appartient, mon ventre m'appartient".

Les années 70 marquent un tournant décisif avec 'le néo-féminisme', où les femmes deviennent vraiment sujettes de leur histoire.

Quelques grandes féministes

Emmeline Pankhurst et les sufragettes, militantes de la Woman Social and Political Union, exigent dès 1903 en Grande-Bretagne le droit de vote et vont étonner par leur violence, par leurs actions considérées comme masculines : s'enchaîner aux grilles, faire la grève de la faim...

Simone de Beauvoir dira plus tard "On ne naît pas femme, on le devient", elle reste d'une très grande actualité.

L'avocate Gisèle Halimi va faire avancer le droit par rapport au viol. En 1978, elle gagne un procès d'assise, ce qui entérine la criminalisation du viol.

Valérie Piette met en garde : "La vigilance est plus que jamais de mise. Le #Balance ton porc est une histoire de féminisme, qui pose bien la question de la domination sur le corps des femmes, souvent remise en cause ces derniers temps."

Dès qu'on parle de mouvement féministe, on parle toujours d'hystérie, de violence, de danger pour l'homme. On ne parle jamais d'un mouvement organisé, fondamental, qui lutte pour l'égalité des droits de 50% de la population. Donc un mouvement politique qui a marqué l'histoire politique, la théorie politique.

 

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