" GunFactory " : Le commerce des armes sur scène pour émouvoir et questionner

« GunFactory » : Le commerce des armes sur scène pour émouvoir et questionner
« GunFactory » : Le commerce des armes sur scène pour émouvoir et questionner - © I. De Beir

Le marché des armes. C’est l’étonnant thème abordé par la compagnie " Point zéro " dans son nouveau spectacle " Gun Factory ". Loin de s’apparenter à une conférence, ce spectacle mêlant musique, vidéo, images numériques ou encore marionnettes, interroge le public sur le marché des armes en Belgique. " Il n’y a rien qui m’énerve plus au théâtre que les pièces qui veulent donner des réponses. Donc moi je pose des questions " Jean-Michel D’Hoop, l’auteur et metteur en scène est venue répondre à celles de Sophie Brems dans jour première.

Dans votre spectacle vous mentionnez beaucoup de chiffres, votre intention était de dénoncer l’importance de ce marché en Belgique ?

Quand je me suis rendu compte de l’ampleur de la FN Herstal, que la Belgique est le leader d’exportation d’armes légères au Moyen-Orient, je me suis dit qu’il fallait en parler.  Il fallait pouvoir poser au public, et se poser, des questions concrètes : est-ce qu’on est d’accord avec ce marché ? Après tout la société de la FN Herstal c’est celle de tous les Wallons vu qu’elle appartient au gouvernement régional. Est-ce qu’on est d’accord de continuer d’exporter en Arabie Saoudite et dans les autres États voyous ? Parce que le propre de l’arme légère c’est qu’elle se promène partout et qu’en général les destinataires finaux ne sont pas ceux que l’on croit. Est-ce qu’au nom de l’emploi, on est prêt à continuer à exporter des armes qui au final se retrouvent dans les mauvaises mains ?

Pour réaliser ce spectacle, vous vous êtes beaucoup documenté, vous avez fait un long travail de recherche et vous vous êtes même rendu à la FN Herstal pour rencontrer les travailleurs. Comment cela s’est passé ?

Ça été un moment très très fort dans le processus du travail. On a été très bien accueilli, de manière sympathique et honnête. On a eu la chance de rencontrer à la fois les leaders syndicaux et les ouvriers. On a même poussé le vice jusqu’à tirer avec une arme (rires). Ce sont des rencontres humaines très touchantes.  Certains d’entre eux sont ensuite venus voir le spectacle.

Nous avons aussi rencontré un ingénieur spécialisé dans la construction de machines qui fabrique les munitions, un responsable de la commission d’exportation des armes, on a rencontré beaucoup de chercheurs du GRIP qui nous ont permis d’avoir accès à toute une série de chiffres. Une démarche presque journalistique de deux ans pour un résultat très poétique.   

Chaque minute, il y a une personne qui meurt dans le monde à cause d’une arme. Comment avez-vous travaillé pour mettre sur pied ce spectacle qui traite d’un sujet on ne peut plus sérieux mais de manière théâtrale et parfois même drôle ?

C’était toute l’ambiguïté de la chose de trouver le bon ton et de savoir jusqu’où on peut aller sans prendre le public en otage. On joue beaucoup sur les conventions, savoir ce qu’est la réalité d’une arme, comment elle peut s’intégrer à l’espace théâtral, et de quoi cette arme est capable dans la réalité. 

Mais après chaque représentation il y a une rencontre avec les spectateurs. Parce que ce spectacle est fort à la fois émotionnellement et à la fois dans les questions qu’il soulève donc on ne peut pas laisser partir les spectateurs sans échanger avec eux.

Selon vous c’est le rôle du théâtre aujourd’hui d’être un lieu pour poser des questions, être un espace d’échange, de réflexion … et de militantisme ?

Oui je pense que le théâtre est aussi une opportunité de ramener la démocratie de faire revivre dans une certaine mesure " l’agora ". Nous sommes bien sûr là pour évader, pour faire rêver, mais aussi pour poser des questions. Je pense qu’on manque d’endroits pour partager ses réflexions, où on peut se questionner et s’émouvoir ensemble. 

Dans ce cas-ci, il faut aussi que le spectateur se rende compte qu’il a un rôle à jouer.

Après c’est aux citoyens de voir s’ils veulent descendre dans les rues, changer leur vote aux élections, interpeller les politiques... ou non. 

Un entretien à voir dans son intégralité

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