Gestion du risque en entreprise : trop de sécurité tue la sécurité

Trop de règles freinent la créativité
Trop de règles freinent la créativité - © Pixabay

La gestion des risques est un leitmotiv dans bon nombre d’entreprises. Mais en voulant tout prévoir, ne diminue-t-on pas la capacité d’adaptation, indispensable pour faire face aux nouveaux risques ?

La sécurité en entreprise est gérée par des règles à respecter, par des formations, par une hyper-spécialisation des compétences. On devient ainsi expert dans une situation particulière, mais on perd la capacité à gérer l'imprévu, on perd ses compétences de créativité, d'autonomie.

"Ce sont les limites du système de sécurité basé sur la procédure et la règle", constate le Professeur Anne-Sophie Nyssen, de l’unité de recherche ARCH en faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l’éducation (ULg).

Cela a été particulièrement flagrant lors de l'accident à la centrale nucléaire de Fukushima. Le personnel était pourtant entraîné, programmé à réagir à tous les scénarios possibles. Mais face à l'imprévu, le niveau de créativité a été annihilé, les réactions humaines ont donc été inadéquates, faute d'avoir osé dévier des règles.

C'est le cas aussi lors d'accidents d'avion : les erreurs humaines dénotent un respect à la lettre des règles de sécurité, mais un manque de créativité et de manque de confiance en ses propres compétences à trouver la solution adéquate.

 

Quand les règles mènent au burn out

Au quotidien, le burn out est un des éléments les plus visibles de cette mauvaise gestion du risque.

L'épuisement chronique est souvent associé à une perte de sens, à une intensification du travail, mais tout particulièrement aussi à une marge de manoeuvre diminuée. Ces limitations peuvent en effet susciter la frustration, le stress. On se demande quel est le sens de son travail.

On se voit empêché de travailler dans de bonnes conditions, d'atteindre la qualité que l'on souhaite dans son travail. Les effets sont délétères pour la santé.

Ce phénomène touche tous les secteurs, les services publics, les hôpitaux, les banques...

Standardisation ou adaptation ?

Toutes les approches de management actuelles visent la normalisation, la standardisation. On cherche la meilleure procédure, la best practise, dans tous les domaines, même en médecine. On est donc très bon dans certaines situations, à condition qu'elles soient anticipées...

Or en permanence, l'homme doit s'adapter car l'imprévu est quotidien. Pour le Professeur Anne-Sophie Nyssen, l'expert n'est donc pas celui qui applique les règles, mais celui qui peut évaluer la pertinence de la règle pour pouvoir l'adapter et en dévier selon les différents contextes.

Et l'homme, de façon naturelle, dispose de cette capacité à s'adapter.

La science de l'ergonomie observe et analyse ces processus d'adaptation individuels pour pouvoir les adapter au milieu de l'entreprise et améliorer les conditions de travail. 

 

L'art de rebondir face aux catastrophes

L'ingénierie de la résilience est la capacité à rebondir après un événement traumatisant, après une crise. On ne peut jamais tout anticiper, alors il faut préparer l'homme et l'entreprise à l'imprévu.

L'un des outils consiste à analyser l'incident ou le dysfonctionnement pour chercher à comprendre ce qui s'est passé et pour mettre en place un apprentissage adéquat.

L'innovation est une clé essentielle. Le manque d'innovation ne permettra en effet pas à l'entreprise de perdurer dans le temps. Elle doit être capable de regarder l'environnement qui change et de s'y adapter.

La confiance qu'on a en soi-même et en son environnement joue un rôle essentiel aussi. Instituer une règle, c'est un manque de confiance par rapport aux capacités d'un individu : si j'ai confiance en vous, je n'ai pas besoin d'établir une règle. La confiance se construit progressivement et est mise à mal dès qu'il y a un accident.

Suivez ici les explications précises du Professeur Anne-Sophie Nyssen, ainsi que l'intervention de Bruno Wattenberg, professeur à Solvay, sur l'innovation et l'entrepreneuriat.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK