Gaspillage : "Je ne suis pas freegan par nécessité, mais par conviction politique"

Gaspillage : « Je ne suis pas freegan par nécessité, mais par conviction politique »
Gaspillage : « Je ne suis pas freegan par nécessité, mais par conviction politique » - © Tous droits réservés

Chaque jour, le Belge gaspille près d’un kilo de nourriture. 345 kg par an. Dans un étalage de fruits, choisirez-vous spontanément la pomme tachée ? Utilisez-vous le tronc des brocolis ? Le reste de votre assiette à la fin du repas, direction poubelle ? Selon des chiffres du Parlement européen, on peut estimer qu’un tiers des aliments destinés à la consommation humaine dans le monde est perdu ou gaspillé chaque année. Des chiffres intolérables pour les militants du "freeganisme" ou "gratuivores", mouvement de gourmands qui se nourrissent des produits jetés pour lutter contre ce gâchis.  

Alice, Simon et Aladdin sont tous adeptes de cette alimentation. Dégoûtés de ces montagnes d’invendus qui terminaient à la poubelle, le déclic s’opère et ils passent à l’action. D’abord dans leur cuisine et puis en dehors.  Les ménages sont le dernier maillon de la grande chaîne de consommation alimentaire et représentent le secteur où il y a le plus de gaspillage. Mais au-delà de leurs propres repas, ils ont aussi décidé d’être acteurs du changement, chacun à leur manière. Simon récupère les fruits et légumes des marchés de Bruxelles et les transforme en confiture, compote ou chutney avec l’association "Frutopia". Alice est active chez "Disco soupe", le mouvement propose aux passants de faire un potage avec des invendus dans un esprit festif. Aladdin lui, récupère les produits délaissés du marché de Rungis à Paris et les propose au menu du restaurant "Freegan Pony".  

Je ne suis pas freegan par nécessité, mais par conviction politique 

Zéro gaspi, une philosophie de vie

Alors que le terme "gratuivore" fait directement référence au régime alimentaire, son équivalent anglophone "freegan" évoque plus largement la philosophie de vie du "zéro gaspi" évoquée par Alice, Simon et Aladdin dans Tendances Première.  Dans ce cadre plus large, leurs différents projets ont ainsi tous le même objectif : lutter contre le gaspillage alimentaire et sensibiliser la population à cette thématique. "Sans changement de comportement, le gaspillage va persister. déclare Simon. On peut très bien transformer nos fruits et légumes abandonnés toute notre vie, mais si on veut changer le système qui génère ce gaspillage, c’est un long chemin". Un fameux défi dans notre société de (sur)consommation. "Ce qui est dur c’est de toucher les personnes qui ne sont pas sensibilisées du tout et qui estiment que ce gaspillage n’en est pas !" expliquent Simon et Alice.

 

La logistique, le hic

S’arranger avec les magasins, producteurs ou commerçants, récupérer les denrées, les transporter, les transformer ou les redistribuer, tout cela nécessite une bonne organisation, des moyens financiers et humains dès que l’action dépasse sa propre consommation. "Il faut forcément un camion frigorifique pour déplacer les produits frais, or ce n’est pas donné à tout le monde d’en posséder un !" explique Alice de "Disco Soupe". La solidarité et la collaboration sont alors les maîtres-mots, mais la logistique reste le point épineux pour les petites associations. "Même si les personnes sont dans le besoin, on ne peut pas braver les normes sanitaires" précise-t-elle.  

L’image des personnes capuchonnées qui fouillent les poubelles la nuit tombée n’est bien souvent plus d’actualité pour les associations "On ne récupère presque jamais dans les poubelles, on arrive avant ! Et c’est d’ailleurs plus simple" explique Alice "et ça limite les risques sanitaires" ajoute Aladdin. La récupération s’établit sur un socle de confiance entre tous les intervenants.  "En France, une loi oblige la grande distribution à donner les invendus alimentaires. Les supermarchés bénéficient alors d’une déduction fiscale" explique Aladdin Charni, mais en Belgique, c’est plus flou. Il faut donc pouvoir compter sur les initiatives personnelles de motivés pour faire de cette pratique "zéro gaspi" une généralité. 

Dans l’émission de Tendances Première, Véronique Thyberghien et ses invités ont également discuté d’autres initiatives développées pour lutter contre le gaspillage alimentaire, des applications qui facilitent l’organisation des collectes et le partage des denrées ... Regardez l’émission dans son intégralité :

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