Frédéric Beigbeder : "On peut dire que j'ai une nostalgie de Dieu"

Frédéric Beigbeder rêve de la vie éternelle
4 images
Frédéric Beigbeder rêve de la vie éternelle - © Belga

Il rêve de la vie éternelle. Il est allé à la rencontre des chercheurs en immortalité. L’écrivain Frédéric Beigbeder nous explique aussi pourquoi, avec le temps qui passe, être athée devient difficile à assumer.

Il signe Une vie sans fin (Grasset).

"  La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158  857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel  ? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir.  "
  F.  B.

Que peut la littérature face à la mort ?

"Elle espère éterniser quelques instants fugaces, saisir la beauté, dire deux ou trois vérités, espionner des phrases, entendre des gens, décrire des paysages,... Tout cela est une manière d'immortaliser, de vaincre la mort."

"J'écris par angoisse totale, une angoisse métaphysique peut-être. Je ne suis pas très original, je crois que tout le monde est un peu comme ça."

"Depuis l'âge de 7 ans, je considère que tout ce qu'il y a de beau est éphémère et c'est insupportable."

"C'est passionnant de vouloir échapper à cette finitude qu'on nous présente comme naturelle et que je considère comme scandaleuse."
 

Longévité ou immortalité ?

L'éternelle jeunesse n'est plus un sujet de science-fiction, c'est devenu une promesse technologique. Frédéric Beigbeder parle en réalité davantage de longévité que d'immortalité. Il évoque cette méthode découverte en 2012 pour corriger l'ADN, pour enlever les mutations nuisibles du génome : cancer, maladie d'Alzheimer ou de Parkinson... Ou ce projet aux Etats-Unis, 'Human Genome Write', qui se propose de réécrire un génome humain, de créer un surhomme, un post-humain, avec toutes les questions éthiques que cela pose. Car le problème de la vie éternelle, c'est qu'elle a besoin de cambrioler le corps d'autrui : il faut modifier le sang, l'ADN, se faire injecter des cellules jeunes , se faire greffer des organes...

 

Une crise de l'athéisme

On dit souvent qu'il y a une crise de la religion mais il y a aussi une crise de l'athéisme  : les gens ont du mal avec la consommation, la vie matérielle uniquement, l'absence d'espoir. Pour Frédéric Beigbeder, cela fait douter de l'inexistence de Dieu. Il a du mal à croire que tout ce monde n'est dû qu'au hasard qui a rendu la vie possible. "On peut dire que j'ai une nostalgie de Dieu. J'ai du mal à croire qu'il n'y a rien."

Il doute de l'athéisme, car pour lui c'est aussi absurde que l'inverse. "Car tout est tellement bien organisé que quand on fait les cons, on détruit tout et on est puni. Si vous voulez dire nature à la place de Dieu, faites-le mais ça ne change rien au problème, il y a des comportements qu'on peut considérer comme le bien, et puis il y a du mal aussi. Le bien et le mal existent. Et on est plus beau quand on fait le bien."

Il y a des choses qui font qu'on se sent mieux et Dieu en fait partie. Frédéric Beigbeder se sent bien dans une église, dans un endroit sacré. "L'idée que les hommes aient eu envie de faire des endroits qui les élèvent me paraît beau. Je trouve que ce n'est pas mal de remercier quelqu'un. On se grandit en disant merci. On peut juste dire : merci la vie..."

Frédéric Beigbeder entre questions existentielles et confidences spirituelles...
Ecoutez la suite de l'entretien !

Extrait de Une vie sans fin (Grasset)

Si le ciel est dégagé, on peut voir la mort toutes les nuits. Il suffit de lever les yeux. La lumière des astres défunts a traversé la galaxie. Des étoiles lointaines, disparues depuis des millénaires, persistent à nous envoyer un souvenir dans le firmament. Il m’arrive de téléphoner à quelqu’un que l’on vient d’enterrer, et d’entendre sa voix, intacte, sur sa boîte vocale. Cette situation provoque un sentiment paradoxal. Au bout de combien de temps la luminosité diminue-t-elle quand l’étoile n’existe plus ? Combien de semaines met une compagnie téléphonique à effacer le répondeur d’un cadavre ? Il existe un délai entre le décès et l’extinction : les étoiles sont la preuve qu’on peut continuer de briller après la mort. Passé ce light gap, arrive forcément le moment où l’éclat d’un soleil révolu vacille comme la flamme d’une bougie sur le point de s’éteindre. La lueur hésite, l’étoile se fatigue, le répondeur se tait, le feu tremble. Si l’on observe la mort attentivement, on voit que les astres absents scintillent légèrement moins que les soleils vivants. Leur halo faiblit, leur chatoiement s’estompe. L’étoile morte se met à clignoter, comme si elle nous adressait un message de détresse… Elle s’accroche.


 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK