Franco, le dictateur qui en chassa un autre

Franco, le dictateur opportuniste
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De militaire à chef d’Etat, Franco a gouverné l’Espagne d’une main de fer pendant 38 ans. Aujourd’hui encore, son souvenir divise. Retour sur cette période noire de l'histoire espagnole avec notre invité Vincent Genin, docteur en histoire de l'Université de Liège.

Le 20 novembre 1975, après de nombreux jours d’agonie, s’éteint Franco. Celui qui se faisait appeler Caudillo (chef ou guide en espagnol) a imposé à son pays son pouvoir d’une main de fer presque sans partage. Son "règne" s’étend de la guerre civile, qui ravagea l’Espagne jusqu’en 1939, à l’annonce de sa maladie en 1974.

Né le 4 décembre 1892 à Ferrol, en Espagne, Francisco Franco Bahamonde est le troisième enfant d’une famille de cinq. À cette époque, le pays est instable et très divisé. Il traverse une importante crise de régime et perd de sa superbe sur le plan impérial avec la chute de nombreuses colonies. Issu d’une famille aisée, Franco n’est pas considéré comme un intellectuel et débute une carrière militaire. Il est envoyé au Maroc en 1912 et veut faire ses preuves. Rapidement, il est promu capitaine.

Une dictature en chasse une autre

Dans les années 20, l’Espagne est dirigée par le général Miguel Primo de Rivera qui y établit une dictature. La dictature de Franco sera toutefois différente. L’importance de la religion catholique constitue une des ruptures avec le régime précédent. On parlera d’ailleurs de fascisme catholique.

Le début des années 30 est marqué par des troubles sociopolitiques qui engendrent la guerre civile dans laquelle le Général Franco devient un des piliers. Les enjeux de cette guerre remontent à la République instaurée en 1931. La guerre civile éclate en juillet 1936 et se termine début avril 1939. Durant cet affrontement, Franco s’impose rapidement comme le chef du camp nationaliste face aux républicains. Cette guerre va lui permettre de gagner en importance et de se faire connaitre. Dès 1937, il commence à passer d’une posture militaire à une posture politique.

Le franquisme, d’abord de l’anticommunisme

Le régime de Franco se caractérise par un rejet important des francs-maçons et des communistes. Il tente de rassembler de nombreuses personnes pour établir son pouvoir : des carlistes, des monarchistes, des conservateurs, le clergé, etc. Pour assoir sa légitimité auprès de ce dernier, il n’hésitera notamment pas à rappeler les massacres commis par les républicains pendant la guerre d’Espagne. Ceux-ci ont tué 6000 prêtres.

À l’image de Salazar au Portugal, Franco souhaite faire de l’Espagne un Estado Nuevo ("État Nouveau"). C’est-à-dire un État corporatiste, catholique et anticommuniste mais qui ne pratique pas de politique raciale comme en Allemagne ou en Italie.

Le 21 septembre 1936, il est nommé Général en chef. Une semaine plus tard il devient chef de l’État par décret. Le 1er octobre, il est investi des pleins pouvoirs. Très vite, des centaines de milliers de Républicains sont contraints de fuir le pays suite à des exécutions sommaires, des tortures et l’établissement de camps de concentration.

Durant la 2e guerre mondiale, l’Espagne reste officiellement non-belligérante mais soutient l’Allemagne au début de la guerre. Franco va notamment participer à la Shoa en remettant une liste de 6000 juifs aux allemands.

Un leader opportuniste

En 1943, Franco comprend que le vent tourne et arrête de contribuer à l’effort de guerre allemand. L’avenir se fera désormais sous l’égide américaine. 

L’Espagne est condamnée par la communauté internationale après la guerre même si la sévérité de la condamnation restera relative.

En 1959, quatre ans après son entrée à l’ONU, l’Espagne accueille en grande pompe l’un des vainqueurs de la guerre : les États-Unis. Le président Eisenhower défile dans les rues de Madrid aux côtés de Franco. Au même moment, le bilan économique et social de Franco est désastreux. Le pays est extrêmement retardé et les richesses sont mal réparties. Progressivement, Franco se laisse convaincre qu’il faut sortir de l’isolationnisme et se diriger vers une forme de libéralisation…

Pour connaitre la suite, réécoutez la séquence ci-dessous.

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