Fille ou garçon ? L'hermaphrodisme au 19e siècle

Hermaphrodite endormi, copie romaine d'un original grec, époque impériale (IIe siècle ap. J.-C.), musée du Louvre
Hermaphrodite endormi, copie romaine d'un original grec, époque impériale (IIe siècle ap. J.-C.), musée du Louvre - © Tous droits réservés

Nous sommes le 2 mars 1853, à la maternité de Bruxelles.
Un bambin y a été déposé.

On le conduit alors à l’Hospice des Enfants trouvés et abandonnés de la ville.
En charge de cette institution, le docteur Isidore Henriette publiera, deux ans plus tard, un article dans le " Journal de médecine, chirurgie et pharmacologie ".
" En publiant cette notice, écrit-il, nous sommes guidés par le mobile de contribuer à une modeste part de nos faibles efforts pour le succès de la médecine belge en signalant un fait qui, pour n’être pas nouveau, ne nous paraît pas moins digne d’attention et qui nous a suggéré quelques réflexions concernant l’état civil des nouveau-nés et certaines lacunes que présente la législation sur cet objet. "
Il fallut, en effet, attendre l’autopsie de l’enfant mort quelques jours après son arrivée à l’Hospice, pour en déterminer le sexe…

 

L’histoire de l’hermaphrodisme et autres 'anomalies' sexuelles au 19e siècle
comme révélateur de l’ordre établi,
c’est la leçon du jour.

Avec Julie De Ganck, aspirante FRS-FNRS, doctorante en histoire contemporaine à l’ULB. Auteur de Le sexe, une invention moderne ? Histoire des réactions face aux anomalies sexuelles et à l’hermaphrodisme en Belgique contemporaine 1830-1914 ; Université des Femmes.

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"Dans une conception ancienne, la distinction entre ce qui était féminin ou masculin ne tenait pas de l'anatomie, mais plutôt des humeurs, c'était un système humoral. L'anatomie était considérée comme isomorphe, c'est à dire similaire". Parmi les humeurs, la chaleur était considérée comme la force de développement de l'être humain. Les hommes étaient considérés comme en ayant davantage, c'est pour cela qu'ils se développaient plus. Donc la femme lui était inférieure. L'hermaphrodisme venait de l'idée que la femme avait trop de chaleur et développait deux sexes.

Au siècle des Lumières, au 18e siècle, on quitte cette théorie des humeurs et on décrit l'anatomie avec des termes distincts pour chaque sexe. L'inégalité sociale était la norme dans l'Ancien Régime, on fonde enfin l'égalité mais dans la différence, dans la complémentarité homme-femme. L'inégalité des droits est néanmoins maintenue.

Au début du 19e siècle, l'hermaphrodisme est toujours perçu comme quelque chose de monstrueux. Avec l'embryologie, on va pouvoir observer les différentes étapes de formation d'un être humain et comprendre que le monstre n'est pas quelqu'un qui est en-dehors de l'humanité, que c'est un type de pathologie, et que l'hermaphrodisme est une pathologie du développement de la sexualité. Avec cette question : quel est l'élément de base qu'il faut posséder physiquement pour avoir le droit de revendiquer l'identité féminine ? C'est une question qui se pose encore aujourd'hui avec la question de la transexualité. "Faut-il avoir un vagin pour être une femme ? Faut-il pouvoir procréer ?"

Les médecins constatent la méconnaissance des jeunes filles et des femmes sur leur propre corps. Le taux de scolarisation est faible, on ne parle pas de sexualité, surtout pas aux filles dont l'éducation est restée fortement religieuse.

Au 19e siècle, il est à la mode pour les médecins de publier des articles sur l'hermaphrodisme, ce qui ne veut pas dire qu'il y a plus d'hermaphrodites. Cet intérêt naît peut-être de la peur de la dégénérescence, de la déviance sexuelle qui peuvent entraîner le dérèglement social, le dérèglement politique. On pose la question de la normalité, c'est quoi être un homme, c'est quoi être une femme. L'homosexualité va devenir une identité et non plus seulement une pratique. 

Au 20e siècle, la psychologie va prendre de l'importance et revendiquer de nouvelles connaissances sur le sujet, ce seront les prémices de la notion de genre.

 

Découvrez dans la suite de l'interview la position de la Belgique catholique par rapport au droit et à ces questions de genre, ainsi que le rôle du féminisme.


 

 

 

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