"File dans ta chambre": efficace ou pas ?

"File dans ta chambre": efficace ou pas ?
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Il arrive évidemment un moment pour tous les parents où on punit les enfants, en dehors même du débat de la punition, ce qu’on a tendance à faire, c’est isoler l’enfant. Jessica Morton est assistante à la Faculté de psychologie à l’UCLouvain, elle revient sur l’isolement comme punition. Efficace ?

Quand l’adulte exclut l’enfant, c’est sa dernière cartouche, il le fait par dépit. De plus la stratégie a une efficacité relative, en usant de son autorité, ce qui ne coûte rien, le parent va obtenir rapidement les effets escomptés : l’enfant quitte la pièce et le calme revient. Mais dans la tête de l’enfant qui est exclu, au moment où il sort de la pièce, le sentiment va être tout à fait autre. 

Un mélange de honte et de colère

Il va  en fait y avoir une modification de l’activité cérébrale de l'enfant lorsque celui-ci est puni et isolé dans sa chambre ou dans un couloir.

Les zones du cerveau liés à la douleur physique vont être activées, c’est comme si on faisait mal physiquement à l’enfant, c’est ce qu’on appelle la douleur sociale.  "On est vraiment dans cette idée de douleur" explique Jessica Morton. 

À cela vont s’ajouter des affects négatifs, mais on constate une différence selon la responsabilité de l’exclusion.

  • Si l’enfant se dit se sent responsable, considère qu'il mérite d’être exclus, il aura de la culpabilité et la colère vis-à-vis de lui-même, et éventuellement de la honte, il se sentira honteux dans le regard des autres personnes du groupe.
  • Si l'enfant considère par contre que ce qu’il a fait ne méritait pas cette exlcusion, il va porter la responsabilité dans le chef de l’adulte, il va donc avoir comme affect négatif un sentiment d’injustice, de l’humiliation, et alors une colère tournée vers l’adulte.

La pire punition qui existe

Selon Jessica Morton, penser qu'un enfant qui aura été isolé quelques minutes se sera calmé est véritablement une fausse bonne idée.

Il faut toujours s'interroger: son comportement mérite-t-il vraiment cette punition ? 

Car c'est son la psychologue la pire punition qui existe. La solution à privilégier c'est de discuter et très vite l'enfant va faire aveu, "j’avais ça ça ça et donc pour finir j’ai frappé, je ne savais pas faire autrement alors j’ai frappé" et là on ouvre avec l’enfant le panel de réactions possibles essayer de retarder ce comportement.

Suivant l’âge de l’enfant, on peut arriver avec des réponses du style "3 choses que tu aurais pu faire".  Soit on invite l’enfant à réfléchir par lui-même, le but ce n’est pas qu’il choisisse sa solution mais plutôt d’aller voir à chaque fois les conséquences qui sont derrière, ça c’est dans le cas où le comportement de l’enfant a vraiment posé problème.

Savoir faire son mea culpa

Mais parfois c’est aussi l'adulte qui est plus fatigué, qui a moins réfléchi, et qui a donc moins de patience et donc il faut aussi être capable en tant que parent de faire son mea culpa et dire "ok ton comportement ne méritait pas cette punition-là."

L’isolement c’est priver un enfant de sa liberté, comme l'explique Jessica Morton on le fait de manière tout à fait unilatérale. Mais à partir du moment où on a réglé le problème en levant la sanction c’est important de dire explicitement "quand tu exprimes, l’envie de revenir, tu peux revenir, c’est toi en tant qu’enfant qui choisit le moment ou tu reviens, on impose pas de revenir."

Et dans ce cas-là soit l'enfant est honteux :il va vous suivre car il a besoin de protection par rapport aux regards des autres. Soit il est en colère alors il décide de rester là où il est. "Je reste où je suis, car c’est MA décision."

Plus d'informations dans la suite de l'émission avec un exemple concret :Michael, élève très turbulent et de son enseignante complètement dépassée

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