FICTION - Voir la neige pour la première fois

Une fiction de Gilles Aufray
Une fiction de Gilles Aufray - © Tous droits réservés

"Les frontières ? Des blessures au monde. Certaines sont très anciennes, presque cicatrisées,  d’autres plus récentes, encore en formation, à vif,

et de ces blessures sort un cortège sans fin d’hommes,

de femmes et d’enfants qui essayent, encore et encore,

de fuir le monde d’où ils vont."


Gilles Aufray nous livre un récit en forme de cri, un texte choral dont trois acteurs s’emparent au bord de la mer, pour nous dire l’enfer d’être étranger et refusé.

Une réalisation de Pascale Tison
avec Jules Churin, Philippe Drecq et Delphine Gardin
Prise de son, mixage : Pierre Devalet
Musique : Elie Dessy

Ecoutez...

Extraits

 

N’oublie pas mon fils d’accueillir dans ton cœur l’étranger qui te reçoit !
 

(...)
Et il se réveille enfin dans ce pays qui n’existe pas

Ce pays qui ne peut pas exister
Ce pays qui n’est pas concevable
Ce pays où les portes restent fermées
Et dans ce pays qui n’existe pas
Ce pays qui ne peut pas exister
Ce pays qui n’est pas concevable
Il est seul
Soudain coupé de son histoire
Sans parole coupé de son corps
Une ombre parmi d’autres
Qui errent dans la ville
Et n’entendent pas le bruit de leurs pas.
 

(...)
Jeune, je voulais traverser la mer pour aller de l’autre côté, côté vie. J’ai essayé de traverser la mer mais la mer n’a pas voulu et la vie a passé. Si je veux maintenant traverser la mer, ce n’est plus pour aller de l’autre côté mais pour retourner chez moi. Mais je ne vois plus, je n’entends plus qui m’appelle encore, à la porte de la grande maison vide. Qui m’appelle ?

 

(...)
Un enfant se lève,

se lève encore,
et encore,
plusieurs fois
se lève
n’arrête pas de se lever
                               sur le champ de bataille
                                                                                un enfant se lève

 

(...)
Quand un enfant arrive sur terre

il a un message à dire aux hommes
et il le dit
dans sa langue
sa langue d’avant les mots
une langue que les hommes ne comprennent pas
une langue que seuls les oiseaux peuvent entendre.

Dès qu’il le peut
l’enfant apprend à parler la langue des hommes
pour pouvoir dire son message
mais quand il a enfin les mots pour le dire
il a oublié le message qu’il devait dire.

Seuls les oiseaux se souviennent du message
et ils le chantent
dans une langue que les hommes ne peuvent pas comprendre
mais qui les touche
et les hommes, touchés par le chant des oiseaux,
mettent les oiseaux en cage pour pouvoir les écouter
- ils disent que ça leur fait du bien.


(...)
Dans ce pays

Nous ne savons pas accueillir
Mais nous savons enterrer.
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