Faut-il intégrer de l'informatique et du numérique en classe?

Intégrer le numérique dans les classes de secondaire, voire de primaire, c’est un débat qui existe depuis longtemps au sein de l’enseignement. Julie Henry et Etienne Vandeput, directeurs de l’ouvrage " L’informatique et le numérique dans la classe. Qui, quoi, comment ? " sont les invités de Véronique Thyberghien dans Tendances Première.

Aujourd’hui, c’est indéniable, nous sommes en permanence plongés dans un monde numérique. Pourtant, l’apprentissage du numérique et de l’informatique dans les écoles est à la traîne. Il n’y a jamais eu de cours d’informatique obligatoire, et c’est toujours le cas aujourd’hui. Important ou pas, ce qui est sûr, c’est que les enfants d’aujourd’hui seront encore bien plus confrontés au numérique que leurs parents. Christelle, auditrice, résume bien la situation : "Je pense qu’à l’avenir, connaître un peu de programmation sera comme connaître Excel ou Word. Il est nécessaire que les enfants s’intéressent aux nouvelles technologies. Par le jeu par exemple : il existe des façons ludiques d’aborder les algorythmes avec Scratch, mais pour l’instant rien n’est fait dans notre école".

Dans le livre, le Recteur de l’Université de Namur, Vincent Englebert – il est lui-même professeur d’informatique – milite pour l’instauration d’un cours d’informatique obligatoire en secondaire. "Pas seulement parce qu’il aime l’informatique, mais il dit, à très juste titre, que jamais dans leur carrière scolaire, les étudiants n’ont eu l’occasion de se mesurer à ça et de savoir si c’est leur 'truc', comme ils peuvent le faire dans les autres disciplines", argumente Etienne Vandeput.

Malgré l’omniprésence du numérique et de l’informatique, il y a toujours une forme de rejet et de mystification des outils informatiques. Il y a aujourd’hui encore pas mal de jeunes enseignants qui eux-mêmes restent réticents par rapport à l’opportunité d’utiliser les technologies dans leur classe. "Je pense que tout ce qu’il y a autour des technologies, ça mystifie les outils. J’ai toujours travaillé dans cette optique de vouloir simplifier. Il faut travailler sur des choses fondamentales mais il faut pouvoir les identifier". Ces choses fondamentales, selon Etienne Vandeput, c’est d’abord et avant tout une "éducation numérique, derrière laquelle je mets surtout la perception correcte de la manière dont les systèmes fonctionnent, de manière à pouvoir avoir des capacités d’anticipation sur tout ce qui peut nous arriver, ce que nous pouvons découvrir. C’est important et contribue quelque part à l’assouplissement ou la suppression du stress de certaines personnes face aux nouvelles technologies".

Les profs ne sont pas formés non plus

Julie Henry souligne également un point important : les formations continues pour les enseignants. Celles-ci ont des canevas très précis, ce qui a pour conséquence de ne laisser que très peu de place pour des formations un peu innovantes qui permettraient aux enseignants d’aller plus loin. Et au niveau du matériel, il y a encore des écoles qui n'en ont pas : "Les projets Ecole Numérique donnent du matériel, mais il faut se rendre compte qu’un professeur qui n’est pas enclin à aller vers le numérique ne va pas rendre un projet pour Ecole Numérique. Il se sent perdu aussi par rapport au fait de trouver de l’intérêt à mettre du numérique dans sa classe. Donc le projet est mal ficelé, il ne passe pas, et les lauréats sont donc bien souvent les grosses écoles qui sont présentes un peu partout", raconte Julie Henry.

Fracture entre filles et garçons

Face au numérique, les garçons et les filles ne sont pas du tout logés à la même enseigne. Les filles ont une représentation différente du numérique. "Pour une même activité, on finit avec des résultats différents pour les filles et les garçons. Ce qui veut dire qu’on doit vraiment réfléchir à l’activité en elle-même, et faire en sorte que la fille y voit quelque chose pour elle, parce qu’il y a vraiment cette idée, comme en sciences ou en math, les filles disent " c’est pas pour moi " avant même d’avoir essayé", explique Julie Henry.

C’est souvent parce que la projection vient de la maison, parce que le seul contact avec le numérique se fait à la maison. L’école devrait donc venir en renfort pour casser cette projection, ces clichés, d’où l’importance aussi d’avoir cet apprentissage à l’école.

D’ailleurs, comme le précise Julie Henry, il existe aujourd’hui des kits pour apprendre la programmation qui sont exclusivement destinés aux filles. "Ça fait un peu cliché parce que c’est par exemple de mettre du numérique dans les vêtements ou ce genre de choses, mais tout de suite ça donne une vision de l’informatique un peu moins masculine, et ça peut aider à changer la représentation de l’informatique que peut avoir une fille, qui y trouverait alors de l’intérêt."

"Certains prétendent que si on abordait l’informatique très tôt, beaucoup plus tôt, de manière évidemment adaptée, peut-être que les filles auraient un autre regard sur l’informatique et pourraient s’y intéresser. Aujourd'hui, elles le découvrent comme beaucoup d’autres à un âge où quelque part elles ont probablement déjà abandonné toutes ces choses-là", conclut Etienne Vandeput.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK