Facebook, une sorte d'Etat numérique ?

Facebook,  une sorte d’Etat numérique ?
Facebook,  une sorte d’Etat numérique ? - © Samuel Corum - AFP

Facebook serait-il victime de son succès ? Le réseau social semble en effet un peu dépassé et Mark Zuckerberg envisage carrément de créer un tribunal pour contrôler les débordements. Gilles Quoistiaux a étudié de plus près l'idée du patron de Facebook.

 Et dire qu'il y a quelques années Mark Zuckerberg passait devant un tribunal interne à son université, Harvard. Douze ans plus tard, on a l’impression que rien n’a changé, sauf que Facebook compte aujourd’hui plus de 2 milliards d’utilisateurs.

Tout ce petit monde, ça génère des photos de coucher de soleil, de piscines et de mojitos, mais aussi des fake news, des appels à la haine, du harcèlement, et j’en passe. Pour mettre un peu d’ordre dans tout ça, Marc Zuckerberg a annoncé la création d’un tribunal, il a même parlé d’une cour suprême.

 Quelles seront les compétences de cette cour suprême créée par Facebook ?

Ce sera un recours ultime pour les contenus les plus litigieux publiés sur la plateforme. La Cour suprême décidera si une publication peut rester sur le site ou si elle doit être retirée. Toute la difficulté de l’opération, c’est de trouver le bon équilibre entre la liberté d’expression et la nécessité de supprimer des contenus haineux, offensants, racistes, sexistes, etc. Le tribunal ne va pas s’occuper de tous les cas, c’est impossible. Il faut savoir que Facebook emploie 30.000 personnes pour faire ce boulot de modération. La Cour suprême devrait traiter quelques dizaines de dossiers par an tout au plus. L’objectif est de créer au fur et à mesure une sorte de jurisprudence Facebook.

Comment les juges seront-ils sélectionnés ?

 Le tribunal est présenté comme un organe indépendant. Il sera piloté par une fondation indépendante, qui elle-même sera financée à hauteur de plusieurs millions de dollars par Facebook, évidemment. La cour sera composée de onze juges minimum, mais elle pourrait monter à 40 juges, qui seront nommés pour un mandat de trois ans. Ils devront être représentatifs des utilisateurs de Facebook, donc ce ne seront pas uniquement des Américains, et ils auront des profils professionnels variés : juristes, représentants d’ONG, et pourquoi pas des journalistes ? Marie, François, si vous êtes intéressés, je peux vous mettre en contact avec Mark Zuckerberg.

Une façon de modérer les contenus

C'est assez fascinant. En juin dernier, Facebook annonçait la création de sa propre monnaie, le Libra. Et maintenant, l’entreprise se dote d’une ébauche de pouvoir judiciaire. C’est étonnant, mais il faut quand même saluer le geste de Mark Zuckerberg. On lui a beaucoup reproché de ne rien faire en matière de modération des contenus. Là c’est une réponse assez originale. On suivra attentivement les premières décisions de ce tribunal Facebook.

Réécoutez cette chronique de Gilles Quoistiaux dans Matin Première !

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