"Etre vieux, c'est une chose honorable et même belle" - Christine Jordis

"Etre vieux, c'est une chose honorable et même belle" - Christine Jordis
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"Etre vieux, c'est une chose honorable et même belle" - Christine Jordis - © Tous droits réservés

'La vieillesse', dit-on, comme s’il n’y en avait qu’une ! En réalité, il y en a plusieurs. À chacun de trouver la sienne. Mais la société a posé un chiffre sur vous, comme un dossard sur le dos d’un coureur. Le chiffre fait loi. Vous l’atteignez : vous voilà dans une case ou dans une cage…

Rassurez-vous, tout n’est pas perdu. Vous constituez un marché rentable. On va s’occuper de vous. Vous choyer. Vous solliciter. Les profiteurs sont maintenant lancés à vos trousses, prêts à tout pour vous convaincre et vous vendre leur camelote. Vous voilà prisonniers de l’idéologie ambiante, fin prêts pour la consommation.

Mais le droit à la désobéissance existe. Alors, laissez-là les pièges et les mensonges de la société. Prenez la clé des champs. Vivez votre âge comme vous l’entendez. Non comme une course après la jeunesse qui s’enfuit, mais comme l’apprentissage d’une nouvelle aventure et la poursuite de votre voyage intérieur. En lisant, en rêvant, en vous promenant dans la compagnie des sages.

C’est l’invitation que nous adresse Christine Jordis dans son livre Automnes - Plus je vieillis plus je me sens prête à vivre (Ed. Albin Michel).

"Chacun devrait se sentir libre d'affronter le processus du vieillissement comme il l'entend et non pas comme la société le dit." Or il y a aujourd'hui un côté anxiogène, constate Christine Jordis : "On nous fait peur, on nous brandit en permanence des menaces, de maladie, d'affaiblissement, d'hospice... on nous donne des interdictions, des conseils. On est accompagné, infantilisé comme si on était des gosses, par des recommandations permanentes qui nous enlèvent la liberté d'être nous-mêmes."

 

Quand est-on vieux ?

Au moment où le corps n'obéit plus aux injonctions de l'esprit, peut-être ? "Dans une certaine mesure, l'esprit peut dominer le corps, mais il y a un moment où ce n'est plus possible, il y a des réalités matérielles qui s'imposent à nous et contre lesquelles on ne peut rien. Il s'agit là de la grande vieillesse. Mais même dans l'immobilité, il peut y avoir des joies, des découvertes si on a beaucoup travaillé là-dessus sa vie durant, des joies de l'esprit. Mais si on souffre, non, ça je n'oserais pas le dire. (...) "En vieillissant, on peut admettre qu'on a en soi la possibilité de vivre vraiment. Pas vivre comme à 20 ans, dans l'énergie, l'élan, la force vitale, mais vivre autrement, vivre en sortant du temps, vivre à l'intérieur de soi, très fort, par ce qu'on découvre et ce qu'on aime. Mais ça demande une préparation."

Le jeunisme à tout prix

"Le vieux, on essaie de le gâter, mais en fait on essaie de piquer dans son porte-monnaie. Le vieux est censé avoir de l'argent, il représente un marché. On lui envoie des publicités absolument sordides, on lui fait miroiter des obsèques monumentales... Toutes les marques se jettent sur vous pour essayer de vous faire dépenser de l'argent. Le critère de tout cela est de rester jeune, c'est le jeunisme. Le vieux doit rester jeune. Pour cela, vous devez absorber telle ou telle substance, mettre telle ou telle crème..."

Au lieu de se dire qu'on a le droit d'être vieux. Que d'être vieux c'est une chose honorable et même belle. Que quand on regarde une vie dans sa continuité, dans son intégralité, avec toutes les expériences, les chagrins ou les joies qui la traversent, c'est en soi une chose poétique et belle. Il n'y a pas de quoi en rougir. La vieillesse fait partie de la vie et après tout, pourquoi ne pas l'assumer ?

On célèbre peut-être aussi le jeunisme car il y a l'idée de l'autonomie : tant que le vieux est autonome, il ne dérange personne. "La société nous fait tout le temps craindre le jour où nous ne serons plus autonomes. Mais le jeunisme n'est pas un remède. On n'y peut rien. Le jeunisme, c'est lutter à contre-courant contre quelque chose qui est d'avance perdu. Lutter bien sûr, mais d'un autre côté, savoir accepter et consentir, non à la perte de l'indépendance, mais au fait que l'âge a de gros avantages."

Et la transmission ?

Le secret de la vieillesse, selon Christine Jordis, c'est de rester ouvert aux autres, le plus possible. Mais c'est parfois difficile dans la société actuelle car les vieux ne sont plus entendus, comme le disait Simone de Beauvoir, le savoir est périmé. Transmettre oui, mais encore faut-il trouver des oreilles pour vous écouter. Très souvent, on a l'impression que ce sont les jeunes qui possèdent le secret de la compréhension de la vie actuelle, avec une connaissance intuitive de la solution.

Est-ce que ça veut dire que le cerveau des plus âgés est périmé, qu'ils ne sont plus capables de transmettre ? Non, c'est la société qui leur enlève la possibilité de le faire. Il ne faut pas se juger incapable parce que la société tout à coup a décidé que vous l'êtes. La société ne favorise pas la transmission.

 

Le choix de mourir

Christine Jordis estime que nous avons un droit entier sur notre vie, nous avons le droit de mourir, notre mort nous appartient. Auparavant, c'était Dieu qui avait ce droit.

"Maintenant chacun sait, d'une part, que la médecine vous prolonge indéfiniment, donc il n'est plus question de Dieu là-dedans. D'autre part, beaucoup de gens doutent que Dieu soit le maître de notre vie. (...) Mais la médecine nous rend complètement disponibles à des fins qui n'ont plus de terme et auxquelles la loi nous condamne. (...) La loi est hypocrite. De quel droit la société se substituerait-elle à Dieu ? C'est la société aujourd'hui qui a le droit de vie ou de mort sur nous, semble-t-il. Je trouve qu'on n'a pas plus le droit d'interdire à quelqu'un de mourir quand il le désire parce qu'il en a assez, que de supprimer la vie de quelqu'un en lui donnant la peine de mort. Je trouve qu'on a le droit au suicide assisté. (...) On laisse souffrir les gens. J'estime que les gens qui légifèrent sont des sadiques."

 

 

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