Être domestique au 18e siècle, c'était comment?

Sous l’Ancien Régime, toute famille aisée digne de ce nom se devait d’entretenir la domesticité la plus importante possible. Femme de chambre, cuisinière, majordome, valet, cocher, précepteur, gouvernante, palefrenier et même aumônier : tout un petit monde gravitait autour des 'maîtres' et travaillait pour eux, parfois toute leur vie durant. Ce n’était généralement pas très bien payé mais au moins avait-on le gîte et le couvert assurés…

Jean-Jacques DAVID, guide-conférencier au château de Seneffe distingue plusieurs classes de domesticité :

  • la domesticité intellectuelle : secrétaire, intendant, précepteur, aumônier... forment ce qu'on peut appeler la haute domesticité, comme le fut Jean-Jacques Rousseau, qui a lui-même porté la livrée, à Turin. Dans la noblesse, la noblesse moyenne et la nouvelle aristocratie, on assiste d'ailleurs à une surenchère à la livrée, pour les domestiques qui doivent paraître en public.
  • la domesticité de maison, comme les femmes de chambre, les valets qui ne s'occupent que du bien-être d'une personne, qui partagent son intimité.
  • la domesticité d'entretien, plus éloignée : les cuisiniers, les palefreniers... Il en est que le maître ne croise pratiquement jamais, si leur nombre est très important dans sa maison.


Des statuts fort différents

Toute une catégorie de domestiques est bien traitée et même privilégiée. Certains sont proches du pouvoir et sont presque intouchables par le fait de porter la livrée de leur maître. Pour d'autres, les conditions sont plus difficiles, surtout dans la bourgeoisie où il y a peu de domestiques. Au 19e s, certains domestiques, seuls à travailler dans la maison, seront pratiquement des esclaves.

Au 18e s, il n'y a pas de contrat écrit, le contrat est fixé oralement au moment de l'engagement. Les domestiques ne sont pas des personnes physiques, ils sont considérés comme mineurs d'âge. C'est le maître qui est le père et qui les représente le cas échéant en justice. Leurs larcins peuvent être lourdement condamnés, jusqu'à la potence.

On compte 60% d'hommes pour 40% de femmes. Mais là où il n'y a qu'un domestique, c'est souvent une femme. La profession va se féminiser vers la fin du 19e s et au début du 20e s. Cela dépendra aussi du recours aux jeunes gens pour la guerre ou les travaux des gens.


Une architecture bien étudiée


A partir du 18e s, on conçoit le château ou l'hôtel de maître non seulement pour l'apparat et pour la vie privée des maîtres, mais aussi pour les nécessités du travail domestique. Le Château de Seneffe en est un exemple remarquable. Bien cachés des yeux des maîtres ou des invités, tout un réseau de couloirs, d'escaliers, de portes dérobées, sont uniquement dédiés à la domesticité. Ils entrent dans le château par la cuisine, au sous-sol, dissimulée des jardins par un demi-escalier.

Le système de sonnettes est donc extrêmement utile. Par ailleurs, les maîtres d'hôtel, les majordomes font appeler les domestiques via un laquais. Un bon majordome étant capable de prévenir les souhaits de son maître !

Dans les villes comme Paris, on reproduit ce système de lieux dissimulés pour la domesticité.

La Révolution et la fuite de l'aristocratie, de la noblesse, vont entraîner un chômage énorme chez les domestiques. Mais rapidement une nouvelle société s'installe qui a besoin de domesticité, en particulier dans les maisons bourgeoises, du médecin, du pharmacien, du riche commerçant. C'est le développement des chambres de bonnes dans les combles, sans aucun confort.
 

 

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