Et vous, étiez-vous plutôt Tintin ou Spirou ?

Tintin et Spirou : deux héros mythiques de la bande dessinée belge, mais aussi deux hebdomadaires destinés à la jeunesse, qui ont captivé des centaines de milliers de lecteurs avides d’humour et d’aventures. Dès l’après-guerre, les magazines Tintin et Spirou vont faire éclore les plus grands talents de la bande dessinée belgo-française, dans une effervescence créatrice jamais égalée. Une période qualifiée aujourd’hui d’Âge d’Or de la BD…

Jijé, Franquin, Morris, Peyo, Tillieux… chez Spirou...
Jacobs, Jacques Martin, Tibet, Graton chez Tintin…

Tous ces dessinateurs, et bien d’autres, font leurs débuts dans ces magazines puis contribuent à leur succès colossal qui durera jusqu’à la fin des années 70. 

Derrière cette réussite se cachent deux éditeurs avisés : Charles Dupuis pour Spirou et Raymond Leblanc pour Tintin. La concurrence est rude mais correcte. Les deux hommes veilleront toujours à garder des relations cordiales. 

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'Spirou', le premier journal pour la jeunesse

Avant la guerre, 'Spirou' est seul sur le marché, le premier numéro est sorti le 21 avril 1938. La publication d'un magazine dédié exclusivement à la jeunesse est une première en Europe. C'est une initiative d'un imprimeur de Marcinelle, Charles Dupuis, et de sa famille.

En wallon, Spirou désigne un personnage gai, espiègle, courageux. C'est le Français Rob-Vel qui donne vie à Spirou, sous les traits d'un petit groom habillé d'un costume rouge à boutons dorés.

A ses côtés dans le journal, on trouve pour moitié des BD américaines, puis quelques récits et textes écrits pour la jeunesse et dès 1939, les premières planches de Trinet et Trinette, par Joseph Gillain, qui sera connu sous le pseudonyme de Jigé.

La guerre éclate et interrompt la publication de Spirou pendant plusieurs mois. Pendant la guerre, Rob-Vel est fait prisonnier. C'est Jigé qui reprend temporairement Spirou en octobre 1940, dans le magazine au nombre de pages réduit, et qui crée plusieurs autres séries.
En 1943, il reprend définitivement la direction de Spirou et devient le pilier de la rédaction.

En 1946, quelques jeunes dessinateurs s'installent chez Jigé pour y apprendre les ficelles du métier : Franquin, Will et Morris. Ils seront bientôt les vedettes de la rédaction.


La naissance de 'Tintin, le journal des jeunes de 7 à 77 ans'

Plus ou moins au même moment, un trio d'entrepreneurs, parmi lesquels Raymond Leblanc, décide de se lancer dans l'édition d'un journal, avec Hergé comme directeur artistique.

Le 26 septembre 1946, paraît le premier numéro de 'Tintin, le journal des jeunes de 7 à 77 ans', aux Editions du Lombard. Le tirage est fixé à 60 000, ce qui est énorme, mais Hergé est déjà connu grâce au Petit XXe. Le titre Tintin à lui seul vaut son pesant d'or. Le pari est réussi.

Les dessinateurs des débuts sont Edgar P. Jacobs (Blake et Mortimer), Jacques Laudy et Pierre Cuvelier. Puis arrivera entre autres Martin, qui deviendra par la suite l'un des bras droits d'Hergé.


Chacun son style

'Spirou' présente un profil plus fantaisiste, humoristique, avec des personnages plus cartoonesques, plus proches de la caricature, un style que l'on appellera l'Ecole de Marcinelle.

'Tintin' de son côté adopte une politique éditoriale plus sérieuse, servie par des dessins plus réalistes. C'est l'avènement de la ligne claire de l'Ecole de Bruxelles.

Leur point commun est le respect des valeurs chrétiennes et bien pensantes de l'époque, auxquelles sont très attachés Hergé et la famille Dupuis.

Du côté des lecteurs, on choisit son camp : on achète soit Tintin, soit Spirou, rarement les deux… Chacun son style !

La concurrence est rude entre les deux éditeurs belges, mais on se respecte, on ne débauche pas de dessinateurs de l'autre camp. Parfois ce sont les dessinateurs qui font la démarche de changer de maison. Les choses changeront lorsque s'ouvriront les maisons d'édition françaises.


Une effervescence créatrice

Pendant une vingtaine d'années, une véritable effervescence créatrice se maintient sans faiblir d'un côté comme de l'autre. "La compétition entre Tintin et Spirou va faire naître un climat d'émulation propice à l'explosion de talents au sein des deux rédactions", écrit Hugues Dayez.

On crée des séries innovantes et des personnages extraordinaires. La Belgique devient un carrefour de la bande dessinée mondiale et attire de nombreux dessinateurs étrangers.

Le Belge André Franquin sera considéré comme un des maîtres absolus du 9e art. Il créera, lors de cette période un peu folle, un anti-héros qui deviendra son personnage favori : Gaston Lagaffe. 
 

Après deux décennies extraordinaires, les magazines s'essoufflent.
Découvrez pourquoi dans la suite de la séquence signée Eric Loze 
et illustrée d'archives Sonuma

 

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