Et si votre téléphone générait de l'argent pendant que vous dormez ?

C'est en tout cas le projet d'Honeycomb. Un projet original qui fait travailler votre téléphone pour vous rapporter de l'argent et qui en plus permet de financer le journalisme et l'information. Honeycomb vise en fait à utiliser la puissance de calcul de votre smartphone quand vous ne l'utilisez pas, par exemple quand vous dormez, pour créer de l'argent virtuel, ce qu'on appelle une cryptomonnaie, qui sera ensuite versé directement aux médias qui vous fournissent de l'information. Damien Van Achter fondateur du lab.davanac et professeur invité à l’IHECS a répondu à 5 questions sur ce projet dans Jour Première.

Ce projet un peu fou a été présenté lors de la récente conférence de l'Online News Association, à Austin au Texas, qui est un peu la cérémonie des Oscars du journalisme en ligne, depuis plus de 10 ans. Pour les fondateurs de cette startup, avec toutes les fake news dont nous sommes abreuvés, il devenait urgent de pouvoir trouver une nouvelle manière de financer un journalisme de qualité. Pour ça, les fondateurs sont convaincus qu'il doit exister une solution technique qui permet aux utilisateurs de payer pour de l'information mais sans en avoir vraiment l'impression.

1. Comment ça marche ?

Le principe est simple : pendant que vous dormez ou bien quand vous surfez sur internet, vous autorisez l'application à utiliser la puissance de calcul de votre GSM pour créer de la monnaie virtuelle, techniquement on appelle ça "miner", comme des mineurs dans les mines de charbon, sauf qu'il s'agit ici de cryptomonnaies, et qu'elles sont ensuite versées aux médias de votre choix.

2. Ça rapporte combien ?

D'après les fondateurs, ce système permettrait de générer environ 3$ par mois et par utilisateur. Ce n'est pas beaucoup, et en même c'est déjà plus que rien du tout quand on sait toute la difficulté pour les médias de se financer, surtout quand les utilisateurs ont l'habitude de ne jamais rien payer.

Cependant ce n'est pas la première fois que cette technique est proposée pour essayer de monétiser la capacité de calcul d'un ordinateur. L'an dernier déjà, plusieurs essais avaient été menés à l'aide d'une petite extension à installer sur votre navigateur, et qui "minait" des cryptomonnaies pendant que vous surfiez. Des médias, comme l'américain "Salon", mais aussi des ONG, comme l'UNICEF, l'avait testé pour récolter des fonds, avec des résultats assez mitigés mais prometteurs.

3. Est-ce que c'est légal ?

Oui et non, la réponse reste à ce jour encore floue. Il s'agit surtout d'utiliser la technologie de la blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle) pour certifier des transactions, en l'occurrence ici entre un lecteur et le média qui lui fournit de l'information. L'application la plus connue de la blockchain, c'est le bitcoin qui est une des cryptomonnaies dont on a entendu parler le plus.

4. Qui peut utiliser cette technologie ?

N'importe qui, autant pour financer des bonnes choses, comme des articles ou des enquêtes journalistiques, autant pour n'importe quel autre produit ou services. Et c'est là évidemment que cela se complique, en fonction de la nature du service ou des produits, licites et illicites, que ces cryptomonnaies permettraient d'acheter. 

5. Cette application va-t-elle vraiment voir le jour ?

Au-delà de l'aspect légal, il n'y a pas de règle absolue, valable pour tous les internautes aux 4 coins de la planète. Ce qui est certain c'est que cette application va devoir passer le cap de la validation par Apple Google et consorts afin de pouvoir être téléchargée et évidemment ces plateformes veulent garder la main sur l'usage qui est fait du GSM qu'ils font tourner (c'est surtout le cas d'Apple).

 Comment faire en sorte que cette technologie ne "siphonne" pas les données personnelles des utilisateurs, qui sont elles aussi stockées dans le cœur de votre téléphone, et puis pour les médias, comment réussir à convaincre les utilisateurs de leur verser de l'argent à eux, plutôt qu'à d'autres services qui ne manqueront pas de leur proposer aussi de leur verser de l’argent, des questions qui restent actuellement sans réponse. 

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