Et si on mettait nos enfants à contribution dans notre quotidien ? 

Avez-vous déjà demandé à votre enfant de 8 ans de faire la vaisselle ? Qui met la table le plus souvent chez vous ? A partir de quel âge votre enfant prendra-t-il les poussières de sa chambre tout seul ? Et quand passera-t-il la serpillère dans la maison ? On a parfois tendance à oublier d'apprendre à nos enfants ces choses simples de notre quotidien. Et pourtant, non seulement cela pourrait nous aider, mais cet apprentissage est extrêmement utile pour eux. 
 

Deux raisons peuvent expliquer pourquoi les parents ont du mal à mettre leurs enfants à contribution, nous explique Isabelle Roskam, docteur en psychologie et professeur à l’UCL.

  • La première est la représentation que nous avons de ce qu'est un parent parfait, idéal. Nous pensons que c'est celui qui assure entièrement le quotidien, qui assume sur tous les fronts, qui ne se laisse pas dépasser, qui ne prend pas ses enfants pour Cendrillon et qui les laisse profiter de la vie. Nous craignons de contrer leur épanouissement en leur demandant de faire quelque chose qui ne fait pas partie du monde de l'enfance. Il faut dire que, même pour nous,  les tâches domestiques sont souvent rébarbatives, répétitives, elles ne sont pas épanouissantes, ni gratifiantes. Faire travailler nos enfants nous donne un sentiment de culpabilité.

 

  • Deuxièmement, certains parents ont du mal à déléguer car ils sont dans le perfectionnisme. Ils ont peur que les choses soient moins bien faites que s'ils le faisaient eux-mêmes. Mais ne faut-il pas parfois accepter de déléguer pour avoir plus de temps pour faire des choses ensemble ? Quelques miettes sur la table, un lave-vaisselle mal rangé ne vont pas bouleverser notre quotidien.

 

Les enfants ont pourtant beaucoup à gagner. L'éducation doit leur apprendre que la vie est faite aussi de contraintes et qu'il faut les supporter. Les moments de plaisir ne font pas toute la vie. Il sera d'autant plus frustrant pour eux de leur avoir laissé croire qu'il y a toujours bien quelqu'un d'autre qui fera les choses à leur place. C'est un apprentissage pour le jour où ils vont s'autonomiser, prendre en charge une maison. 

 

Quand commencer ?

On commence depuis tout petit. Car il n'est pas envisageable de dire tout à coup à son ado de 12 ans qu'il doit participer aux tâches domestiques ; le changement ne va pas passer. On va alors s'épuiser davantage à demander qu'à faire soi-même et on abandonnera bien vite.

"Je suis persuadée que si c'est une habitude dès le début de la vie de mettre l'enfant à contribution, pour apprendre à mettre la table tous ensemble, à descendre un bac à linge, à mettre du linge dans une machine, pousser sur le bouton...., si on institue depuis toujours une telle dynamique familiale, alors c'est plus naturel."

 

Développer la solidarité

Dans certaines familles, qu'il s'agisse de parent solo ou de très grandes familles, on n'a pas le choix, on est contraint de mettre l'enfant assez vite à contribution dans ce type de tâches. Les parents doivent déculpabiliser : la solidarité est un apprentissage important au sein d'une famille, qui servira pour toute la vie. On vit dans une société très individualiste, où chacun ne vit que selon ses propres besoins. Alors qu'au contraire, on est individuellement plus heureux au sein d'une collectivité s'il y a une forme de soutien mutuel.

Les tâches doivent bien sûr être légitimes et partagées équitablement entre les enfants. "L'investissement du parent légitimise le fait de pouvoir demander aux enfants de faire aussi quelque chose. Plus une famille est ouverte sur le partage des tâches, y compris entre le père et la mère, plus c'est facile d'installer des choses. Il faut aussi que les tâches soient flexibles, que les filles ne soient pas attelées à remplir la machine et le garçon à tondre la pelouse...", précise Isabelle Roskam.

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A lire pour aller plus loin :

Vivre la pensée Montessori à la maison, Emmanuelle Opezzo, Marabout. 

100 façons de rendre son enfant autonome, Anne Bacus, Marabout.

À la maison, il y a des règles, Laurence Salaün et Gilles Rapaport, Seuil jeunesse.

Autonomie : comment inciter les enfants à participer aux tâches ménagères ? un article de Pomme d'Api.

 


 

 

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