Et si on dialoguait à la place de se disputer ?

Et si on dialoguait à la place de se disputer ?
Et si on dialoguait à la place de se disputer ? - © Tous droits réservés

A l’occasion des disputes que l'on peut avoir au sein de la famille, du couple, avec nos amis, ou encore nos collègues, il reste toujours très compliqué d’aller au-delà de l’affectif, de se consacrer vraiment à l'autre pour  dialoguer et essayer de se comprendre. Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l'université de Mons donne des pistes pour tenter de se parler au lieu de rentrer dans le conflit.

Vouloir changer l'opinion de l'autre, c'est souvent la base d'une dispute.

Se disputer revient souvent à vouloir faire changer le point de vue de l’autre, et dans un débat de cet ordre là,  ce qui crée le risque de discussion, voire de dispute, c’est toujours la place qu’on donne à l’agressivité.

Si dans le dialogue, on n’impose pas de s’écouter, on ne va cependant pas chercher à faire changer le point de vue de l’autre, on va le laisser pour ce qu’il est. Deux personnes peuvent donc avoir des avis très différents sur quelque chose, et ne pas chercher à modifier le point de vue de l’autre. 

Dialoguer, discuter, se disputer

Une discussion, c’est quand l’agressivité se manifeste de manière implicite, comme l'explique Bruno Humbeeck ça ne se manifeste pas par une guerre ouverte. C'est comme lors d'un débat politique, on cherche à se contrecarrer sans vraiment s'écouter et l'animateur va alors tenter à tout prix d’éviter la dispute.

Les deux contradicteurs vont s’opposer sans espoir de faire changer le point de vue de l’autre. Et quand c'est l'agressivité qui prend le dessus, alors la discussion déjà très fermée, se ferme complètement, se transforme en dispute où les comportements se libèrent et tous les coups deviennent permis.

Pour avoir un vrai dialogue, il faut réunir certaines conditions. Les conditions d'un dialogue censé supposent qu’on va laisser des éléments de pensée inchangés, et c’est beaucoup plus simple selon Bruno Humbeeck si on base sur d’une émotion,  car une émotion se vit, se dit et ne se contredit pas.

"Si tu es triste je n’ai pas à te dire que tu peux pas être triste, et je n’ai pas à empêcher l’explication de la tristesse." 

Dans les couples les disputes sont très souvent des tensions autour des émotions. Il faut donc essayer de comprendre l’émotion de l'autre et la cautionner, il ne faut pas dénier le droit à l’autre de vivre les choses différemment, le dialogue s’inscrit donc beaucoup plus dans un registre émotionnel que dans un registre d’opinions.

Les clés d'un bon dialogue

Dans un dialogue il n'y a donc pas de débat, il y a un échange, on ne cherche pas à modifier l'opinion de l'autre.

Et c’est important car c’est une des trois nourritures du couple. En effet comme l'explique Bruno Humbeeck les couples ne sont plus des évidences, ils doivent se construire, ils doivent se nourrir, et apporter un bon dialogue c'est un des clés au bon fonctionnement du couple.

3 éléments nourrissent le couple :

  • la sollicitude bienveillante (l’envie de faire plaisir à l’autre)
  • la diminution de l’intensité et de la fréquence des conflits
  • l’expressivité, c'est à dire laisser l’espace à l’autre le droit d’éprouver des émotions qui sont différentes des nôtres, mais aussi laisser l’espace pour ex pour pouvoir exprimer ses émotions.

Mais alors comment éviter la dispute ? 

Bruno Humbeeck donne 3 étapes à toujours respecter pour éviter toutes les disputes.

Il faut penser avec 3 guichets et 3 questions auxquelles il faut répondre.

  • Premier guichet: "Dis moi ce que tu ressens":  Nous transformons trop souvent nos émotions en états d’âmes. Il faut donc revenir à l’émotion de base : la joie, la tristesse, le dégoût, la colère, la peur. Il faut donc identifier son émotion.
  • Deuxième guichet: "Pourquoi tu as eu cette émotion ?" Il faut tenter d'expliquer son émotion, identifier sa cause.
  • Troisième guichet: "Cette émotion, pour quoi ? En vue de quoi ?" Une émotion crée systématiquement un mouvement pour celui qui la reçoit, il faut identifier l'objectif de cette émotion.

Dans nos structures sociales, plus on est proche d'une personne, moins on lui laisse l'occasion de s’expliquer, car on craint la contagion émotionnelle.

Or il ne faut vraiment pas contenir l'émotion par risque de contagion, au contraire il faut la vivre et l'entendre.

La clé d'un bon dialogue c'est donc de parler de nos émotions, de comprendre la source de l'émotion, et dans quel objectif, car on n’a pas d’émotions à vide. Il faut tenter de comprendre qu'est ce que l'autre attend de nous pour avoir un vrai dialogue, plutôt que d’emblée d’être dans la discussion qui terminera probablement en dispute.

Réécoutez les conseils de Bruno Humbeeck dans Tendances Première

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