Et si observer les oiseaux nous permettait de créer une société inclusive ?

En Nouvelle-Zélande, peut-être par conservatisme “British”, le loisir national ne consiste pas, comme dans l’Australie voisine, à bronzer sur la plage ou faire du jogging en ville : on y regarde des oiseaux.

Un loisir si j’ose dire quasiment autistique, vu qu’il s’exerce en solitaire, de façon silencieuse et exige des connaissances théoriques poussées sur les innombrables espèces d’oiseaux. Sans surprise, quand le prix de l’oiseau de l’année est attribué, il s’agit d’un événement national de première envergure.

L’heureux lauréat de l’année est donc le pingouin hoiho.

 

 

Un oiseau lui-même fort étrange : il s’agit d’une espèce particulièrement asociale, chaque individu cherchant à vivre dans la plus grande solitude, à l’exception de la période des amours – et encore, il semblerait que même dans ce domaine l’oiseau en question ne soit pas des plus performants, étant donné que l’espèce est en voie d’extinction.

Quand on entend tout cela, et quand on songe à la maladresse proverbiale de ces oiseaux, on ne peut s’empêcher de se dire que les pingouins hoiho pourraient être en quelque sorte un peu autistes.

Comment se fait-il donc que le volatile en question ait reçu un prix national, alors que d’ordinaire les autistes ne sont gratifiés que de moqueries et d’exclusion ?

 

On pourra dire qu’ils sont magnifiques avec leurs yeux jaunes, comme l’a dit une professeure de zoologie à l’université d’Otago. Peut-être que Dame Nature les a en effet rendus charmants et donc leur a permis de compenser leur faible popularité.

Toutefois, je suis d’un autre avis. En fait, au-delà du cas du pingouin hoiho, la Nouvelle-Zélande est pleine d’espèces bizarres d’oiseaux, qui n’auraient sans doute pas survécu ailleurs tant ils sont asociaux et se reproduisent mal. On connaît le cas du kakapo, surnommé l’oiseau le plus stupide de la création, qui ne sait ni marcher, ni voler et dont les mâles confondent les femelles avec des pierres. Avant de se moquer de lui, il convient toutefois de songer que le kakapo a élu domicile dans les montagnes du Sud de la Nouvelle-Zélande, l’un des plus beaux lieux du monde – autant dire qu’il est bien plus futé que certains bipèdes humains qui passeront leur vie entre deux dalles de béton.

Et puis il y a la fabuleuse histoire du takahê. Il s’agissait d’un oiseau rarissime dont la communauté savante pensait l’extinction certaine. Jusqu’à ce qu’un beau jour de l’an 1948 un aventurier retrouve ces oiseaux vivants dans une vallée particulièrement reculée du pays des fjords, à pointe très sauvage du Sud-Ouest de la Nouvelle-Zélande. En somme, l’aventurier autiste humain avait rejoint les oiseaux les plus asociaux.

On pourrait multiplier les histoires et exemples.

Un fait demeure : ce sont les oiseaux les plus asociaux et les plus bizarres qui sont les plus intéressants.

Sans eux, la vie des autistes et non-autistes de Nouvelle-Zélande et d’ailleurs serait bien plus pauvre. Ceci étant, l’énigme qui me laissera toujours songeur est la suivante : pourquoi, chez les humains, on rejette et néglige les asociaux bizarres, tandis que l’on s’émerveille, à juste titre, des oiseaux ayant le même profil ?

La création d’une société inclusive pourrait, décidément, passer par les oiseaux.

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