Et si les Etats-Unis avaient tout raté au Moyen-Orient depuis trente ans ?

Et si les Etats-Unis avaient tout raté au Moyen-Orient depuis trente ans ?
3 images
Et si les Etats-Unis avaient tout raté au Moyen-Orient depuis trente ans ? - © Tous droits réservés

L'offensive turque dans le Kurdistan syrien inquiète beaucoup de monde et déstabilise la région. On le sait au point de départ de tout cela, il y a le retrait des soldats américains. Pierre Marlet s'est posé une question : et si les Etats-Unis avaient tout raté au Moyen-Orient depuis trente ans ?

Épisode 1 la première guerre du golfe.

Souvenez-vous : en août 1990, l'Irak de Saddam Hussein a envahi le Koweit et comme il refuse de l'évacuer, une coalition internationale va l'en chasser.

A sa tête, les Etats-Unis de George Bush père. Soucieux de faire participer des pays arabes à la coalition internationale, il réussit à rallier dans sa coalition ses alliés traditionnels comme les monarchies du golfe, le Pakistan ou la Turquie mais aussi la Syrie d'Hafez el Assad, le père de Bachar El Assad.

Pour celui-ci, l'opération sera tout bénéfice :  il participe à une coalition qui vient punir son plus vieil ennemi Saddam Hussein et en plus, comme prix de sa participation, les Américains le laissent mettre la main sur le Liban voisin.

Le régime dictatorial syrien sort ainsi renforcé de la guerre.

Ce qu'il faut souligner ici, c'est que le président américain triomphant parle alors d'un nouvel ordre mondial : au lendemain de sa victoire contre Saddam Hussein dans ce qu'il a qualifié de juste guerre, il déclare qu'il faut créer un monde régi par la loi et non plus par la jungle. Il le répète 40 fois durant l'année 1991 et puis n'en parle plus jamais.

Bref, après avoir semé l'espoir, l'Amérique s'abstient d'agir en conséquences, c'est le bilan de l'épisode 1.

Épisode 2 : 12 ans plus tard, le 19 mars 2003.

Les forces de l'Amérique et de la coalition ont commencé leurs opérations militaires pour désarmer l'Irak, libérer son peuple et prévenir le monde d'un grand danger... 

Georges.W.Bush

Après le père, le fils : George W Bush se lance dans sa croisade contre les armes de destruction massives imaginaires que Saddam Hussein était censé détenir. Lui veut non pas libérer un pays envahi comme le Koweit mais renverser Saddam Hussein et ce sans mandat des nations unies.

Elles sont loin les paroles du père ,12 ans plus tôt qui prêchait un nouvel ordre mondial où régnerait la loi.

En terme de loi, c'est bien celle du plus fort, même si l'objectif peut paraître noble : installer la démocratie dans un pays dictatorial.

Le souci c'est que l'Amérique  veut l'imposer par les armes et elle va vite déchanter : des milliers de GI's seront nécessaires pendant 7 ans pour tenter de stabiliser un pays en proie à la guerilla. 

Bilan : la guerre la plus meurtrière pour les Etats-Unis depuis le Vietnam et 2 millions de réfugiés irakiens à l'étranger.

Et surtout,tout cela  a déstabilisé profondément la région, nourri le ressentiment anti-occidental, renforcé le terrorisme islamique et traumatisé l'Amérique.

Fin de l'épisode 2, un vrai fiasco.

Épisode 3 : la guerre en Syrie et le discours historique de Barack Obama en 2012

Nous avons été très clairs, la ligne rouge pour nous serait de déplacer des armes chimiques ou de les utiliser.

Barack Obama

Et là encore on trouvera un grand écart entre les paroles et les actes.

A l'époque, face à la rébellion dans son pays, Bachar El assad utilise les armes chimiques. Cela devient une certitude le 21 août 2013 : ce jour-là, dans la ghoutta oriental, de nombreux civils mourront des suites d'une attaque au gaz sarin.

Les Américains vont-ils intervenir puisque la ligne rouge tracée par Obama a clairement été franchie ? Et bien non : après un moment d'hésitation, l'Amérique renonce.

Soutenu fermement par Vladimir Poutine, Assad va alors reprendre petit à petit le contrôle de la plus grande partie de son territoire.

L'épisode 3 signe le grand retour de la Russie sur la scène internationale et notamment au Moyen-Orient.

 

Comment juger le retrait américain du kurdistan syrien ?

Ce qui est problématique pour la diplomatie américaine, c'est de lâcher ses alliés kurdes. C'est ce que craignent  certains députés républicains, du parti de Donald Trump.

Voilà sans doute pourquoi il tente à présent de mettre en garde le président turc après quelque part lui avoir laissé le champ libre.

Morale de l'histoire : l'Amérique est aujourd'hui  critiquée de toute part pour se désengager ainsi de la région. Et ce après avoir été critiquée dans le passé pour son impérialisme. Elle semble désespérément en quête d'une boussole au moyen-orient.

Réécoutez l'oeil de Pierre Marlet dans Matin Première !

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK