Est-ce que c'était vraiment mieux avant ? Réponses avec Michel Serres

Est-ce que c'était vraiment mieux avant ?
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Est-ce que c'était vraiment mieux avant ? - © GERARD JULIEN - AFP

Est-ce que c'était vraiment mieux avant ? Et avons-nous des motifs valables pour détester notre époque ? Le philosophe Michel Serres répond NON sans hésiter. Michel Serres signe un petit livre stimulant intitulé C’était mieux avant (Le Pommier). Il est l'invité de Dans quel Monde on Vit ?

Avant ? Justement j’y étais ! Je vais vous raconter…

" Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : “C’était mieux avant.” Or, cela tombe bien, avant, justement, j’y étais. Je peux dresser un bilan d’expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao… rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d’état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. "


Michel Serres

Membre de l’Académie française,
Michel Serres est l’auteur de nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences,
dont Petite Poucette qui a rencontré un énorme succès.
Il est l’un des rares philosophes contemporains
à proposer une vision du monde qui associe les sciences et la culture.
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Les phrases-clés de l'entretien

"On a tendance à surévaluer sa jeunesse mais si on regarde lucidement le monde dans lequel nous vivons, eh bien ce n'est pas vrai. Si vous êtes lucide, vous allez vous apercevoir que le moment que nous vivons n'a pas de comparaison dans l'histoire," nous démontre Michel Serres dans son livre.
 

"La guerre façonne la mémoire d'un homme. Quand on vit en paix, on oublie qu'on vit en paix. Tandis que quand on a vécu la guerre, on ne peut pas l'oublier."
 

"La dernière cause de mortalité dans le monde, c'est : guerre, violence, terrorisme, c'est en-dessous de 1 %. Bien sûr les médias relatent quelque chose de factuellement vrai. Il est vrai qu'il y a des attentats, il est vrai qu'il y a la guerre en Syrie mais par rapport à tout ce qu'il y a eu de passé, il n'y a pas photo : il y a de moins en moins de morts causés par la guerre, la courbe de la violence ne cesse d'approcher zéro, il y a une sorte de paix internationale qui ne cesse de s'améliorer depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale. Et ça, il faut le dire fortement, parce qu'on l'oublie !"
 

"Je dis c'était mieux avant. Je ne dis pas que tout est bien. Je ne dis pas que le monde est parfaitement bon, je dis simplement qu'il est mieux qu'avant. Mais bien entendu, il y a des défauts dans ce monde que je ne peux pas ne pas remarquer comme tout le monde : les attentats, la Syrie. Mais par rapport à la seconde guerre mondiale, de nouveau il n'y a pas photo."
 

"A partir de la seconde guerre mondiale, nous avons assisté à une révolution qui rend la période que nous vivons exceptionnelle : on a découvert les sulfamides et les antibiotiques qui ont plus ou moins supprimé les maladies infectieuses et l'espérance de vie s'est mise à croître de façon verticale :  on est passé de 50 ans d'espérance de vie à 80. On maîtrise la naissance, on maîtrise un peu mieux la mort. Il y a des raisons médicales, d'hygiène et d'alimentation. On savait avant qu'elle était la provenance des aliments mais la sécurité alimentaire n'était pas du tout observée. C'est pour ça que j'ai eu la fièvre aphteuse ! "
 

"Nous sommes à 3,6 % de paysans. Or depuis le néolithique, nous étions tous des paysans, des agriculteurs, éleveurs et aujourd'hui, nous sommes presque tous des gens de la ville. (...) Moi j'ai toujours été très proche des syndicats paysans. Et j'ai vu leur détresse. Je les appelle 'pères nourriciers de l'humanité'. Et s'ils disparaissaient, nous ne mangerions plus. C'est pourquoi c'est très dangereux de les persécuter."
 

"Nous vivions ensemble, maintenant nous vivons seuls. A force de vivre tout le temps sur son écran, une sorte d'isolement est en train de se créer. Dans l'Antiquité, on n'était pas des individus, on faisait partie d'une appartenance. Il a fallu Saint Paul, puis Descartes, puis Rousseau pour que l'individu se crée. La liberté, c'est d'être autonome par rapport aux contraintes. (...) Aujourd'hui les appartenances sont en train de branler parce qu'il y a formation d'un espace universel, une uniformisation de la planète. Ce mouvement de globalisation s'accompagne forcément d'un mouvement de localisation, un rééquilibrage entre l'ensemble des communications et le fait qu'il faut créer de nouvelles appartenances."
 

"Je crois que les Etats-Unis ont élu le plus vieux président de leur histoire. Parce qu'il y a une telle bascule de culture, un changement si complet du monde dans lequel on vit, que les gens sont affolés et élisent vite quelqu'un de vieux, pour se ramener au temps d'avant. Cette peur est en train de bouleverser le monde : on voit le Brexit, Erdogan... Mais à mon avis c'est temporaire. Il y a bien un moment où ils prendront leur retraite et ça ira mieux !"


"La caractéristique des nouveaux médias, c'est qu'il y a autant d'émetteurs que de récepteurs. (...) Ce sera peut-être l'émergence d'une nouvelle démocratie."

Ecoutez Michel Serres ici

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