Est-ce pornographique ou pas ?

L'expo Porno est à voir du 18 octobre au 22 décembre à l’Université Libre de Bruxelles, Espace Allende
L'expo Porno est à voir du 18 octobre au 22 décembre à l’Université Libre de Bruxelles, Espace Allende - © ULB

"La pornographie, c'est l'érotisme des autres" disait André Breton. Depuis les années 80, le porno, jadis appelé la pornographie, a conquis une large place dans nos vies, et pas uniquement sexuelles.  La pornographie a investi autant l'approche de notre propre sexualité et les rapports affectifs et sociaux entre hommes et femmes, que le langage populaire, la littérature et l'art.  

L'Expo Porno à l’Université Libre de Bruxelles retrace les interrogations morales, culturelles et sociales que la pornographie suscite. Elle est à voir du 18 octobre au 22 décembre 2018 à l’Espace Allende, à l'ULB, avenue Paul Léger, Bruxelles. 


Du Marquis de Sade aux Surréalistes

L'exposition vise à montrer la construction de cet objet culturel qu'est la pornographie, au cours de l'histoire. Elle commence avec le Marquis de Sade au 18e siècle, siècle des Lumières. Le mot apparaît en effet en lien avec le libertinage de l'époque et avec l'anti-cléricalisme de Sade.

Il y a donc dès le départ un usage politique de la pornographie, explique Laurence Rosier, professeur de linguistique à l’Université Libre de Bruxelles et commissaire, avec l'historienne Valérie Piette, de l'Expo Porno

Le 19e s va beaucoup légiférer en matière de sexualité et de censure mais parallèlement, on n'interdit pas tout, on le cache. Les 'enfers' des bibliothèques qui réunissent tous les livres 'qu'on lit d'une seule main' et les collections privées d'objets pornographiques se constituent à ce moment-là. Cela devient une pornographie d'élite, parce que tout le monde n'a plus accès à la pornographie populaire, comme les cartes postales ou les objets grivois... 

L'exposition dédie une alcôve aux surréalistes, pour leur importance dans la théorisation de l'érotisme. Ils développent un érotisme assez machiste. Ils posent la question du rapport entre amour et pornographie. On a quelque chose de l'ordre de l'élite mais ils veulent choquer et transgresser le domaine de l'art.


D'Anaïs Nin à Emmanuelle

En littérature, Flaubert, Zola ont été accusés de pornographie, alors qu'ils étaient loin du Marquis de Sade. C'est après la Première Guerre Mondiale qu'une littérature véritablement érotique voit le jour, avec Anaïs Nin, Henry Miller ou Apollinaire.

La révolution sexuelle va porter à l'écran des usages qui étaient limités à l'alcôve. Le film X apparaît un peu plus tard.

1974-75 voit l'explosion des films pornographiques et érotiques français, qui attirent près d'un quart du public. C'est l'âge d'or de la pornographie, avec le film Emmanuelle par exemple.

Les codes de la pornographie se sont infusés progressivement dans d'autres pans de la culture et de la société : la publicité, le cinéma, la musique avec les clips. Il y a eu la volonté de créer un porno lesbien, un porno gay, un porno féministe... mais on est toujours dans une sexualité assez stéréotypée.


Pornographie = obscénité ?

La pornographique est définie par les interdits, par les bonnes moeurs, par ce qu'il est convenable de montrer.

L'expo est jalonnée d'oeuvres d'art assez explicites qui posent la question : est-ce pornographique ou pas ? Par exemple, pourquoi L'Origine du Monde de Courbet est-elle censurée sur Facebook, est-ce une image pornographique ? La réponse est non. Mais c'est souvent considéré comme tel parce que quelque chose choque ou offense. La question sociale étant : est-ce que ça nuit ? 

La pornographie est dans les marges. Mais cette marge est énorme. Elle dit quelque chose de la société et il est intéressant de voir comme ces marges pénètrent la société. Le film Baise-moi de Virginie Despentes, par exemple, a été interdit aux moins de 18 ans, mais n'a pas été classé X. Cela indique que la société régule mais n'interdit pas, parce que cela rapporte de l'argent, explique Laurence Rosier.

Découvrez ici la suite de cet entretien, où il est question entre autres de censure et de pathologie de la pornographie.

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