Episode 5: 14-18, plus rien ne sera comme avant

Episode 5: 14-18, plus rien ne sera comme avant
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Episode 5: 14-18, plus rien ne sera comme avant - © Tous droits réservés

A l’issue de la première Guerre mondiale, le monde a complètement changé.

Le 11 novembre 1918 signe l’arrêt des combats

mais pas encore la libération complète,

ni loin de là, le retour à la normale.

Le pays est exsangue, l’économie à l’arrêt, la population affamée et les blessures profondes.

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Pour le roi Albert, il est hors de question de faire comme si rien ne s’était passé. La souffrance commune, pense-t-il, a soudé la nation comme jamais et il faut en finir avec les blocages de " l’ancien régime " belge.  

Union sacrée, suffrage égal et égalité des langues

Le paysage politique belge connaît une grande réorganisation avec le rassemblement des trois composantes traditionnelles de la société : catholiques, libéraux et socialistes.

Cette " union sacrée ", totalement impensable avant les événements de 1914, se réalise tant au niveau du gouvernement en exil que dans le pays occupé qui connaît alors de très gros problèmes d’organisation, de ravitaillement et de cohabitation avec l’occupant.


Après avoir consulté beaucoup de monde au château de Loppem, près de Bruges. Albert Ier attend le moment opportun pour rentrer à Bruxelles, il décide d’un certain nombre d’avancées sociales et politiques inédites.

Le 22 novembre, il fait une entrée triomphale dans la capitale à la tête de l’armée sur son cheval blanc, et prononce un discours dont la portée reste absolument unique dans toute l’histoire du pays. Après avoir remercié l’armée, les alliés, la population civile, et rendu hommage à tous ceux qui ont souffert.

Le souverain annonce au peuple médusé l’instauration du " suffrage égal " – et pas " universel " car il sera réservé aux hommes et aux veuves de guerre – une vieille revendication portée par les socialistes et qui avait occasionné de vives tensions.


De même, il annonce l’égalité des langues, c’est-à-dire, concrètement, qu’une place pleine et entière sera enfin donnée au néerlandais, ce qui n’allait pas de soi non plus avant 1914. Le but du roi est de consolider cette union dans la souffrance dont les Belges ont fait preuve durant le conflit mais aussi, en appelant de ses vœux une " alliance loyale du Capital et du Travail ", de couper court aux affres de la lutte des classes. Prié instamment de concrétiser ces annonces, le gouvernement se mettra docilement au travail.

Le coup de Loppem

Dans les années suivantes, une beaucoup plus grande liberté sera accordée aux syndicats, jusque là muselés. Puis, il y aura la limitation du temps de travail à 8 heures par jour avec un maximum de 48 heures/semaine et enfin les premiers efforts sérieux pour mettre en place une sécurité sociale ainsi que de meilleures pensions. Enfin, les conventions collectives de travail vont connaître un développement important, même s’il pouvait en exister déjà dans certaines entreprises avant guerre.

Mais cette intrusion du roi dans les prérogatives de l’exécutif fera aussi grincer des dents.

Nombreux sont ceux dans la classe politique qui, en effet, pointeront que tout cela s’est fait sans contrôle parlementaire. Certes, le roi a consulté un certain nombre de personnalités avant de prononcer son fameux discours, mais avait-il le droit engager le pays de cette manière parfaitement anticonstitutionnelle ? Certains n’hésiteront pas à parlera d’un véritable coup d’Etat et il entrera dans l’histoire sous le nom de " coup de Loppem ".

L’Europe profondément bouleversée, la mondialisation à ses portes

Après la seconde Guerre mondiale, d’autres avancées sociales auront lieu et le modèle social belge. Celui-là même qui est détricoté en ce moment va alors connaître l’aspect qu’il gardera longtemps.


Quant au modèle impérial européen, il est paradoxalement touché à mort, même si beaucoup n’en n’ont pas conscience car le colonialisme entre alors entré dans son stade ultime de développement. C’est évidemment le cas pour la France et la Grande-Bretagne mais également pour la Belgique qui reçoit alors dans son escarcelle coloniale la tutelle sur le Rwanda et le Burundi.


Les peuples ont beaucoup appris, les relations internationales sont bouleversées, le communisme étatique russe s’érige en contre-modèle face à l’impérialisme capitaliste jusque-là hégémonique, le fascisme et ses dérivés naissent dans les décombres des sociétés déboussolées, l’économie est bouleversée, elle se modernise à grande vitesse, la science connait des progrès énormes : transports, santé, communications, la mondialisation est en marche et rien ne l’arrêtera plus.

Après la première Guerre mondiale, le monde ne sera plus jamais comme avant.

Episode 1: 14-18, une guerre que les Belges n'attendaient pas

Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne

Episode 3: 14-18, fuir ou survivre ? L'exil des Belges

Episode 4: 14-18, les femmes belges face aux Allemands, entre violence et résignation

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