Episode 4: 14-18, les femmes belges face aux Allemands, entre violence et résignation

Episode 14-18: les femmes face aux Allemands, entre violence et résignation
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En août 1914, la violence est à son paroxysme.

La guerre: synonyme d’atrocités, de violences et notamment de viols,

des viols commis par milliers.

Les règles disparaissent, profaner la femme,

c’est juste une autre manière de profaner l’ennemi.

Mais en temps de guerre, il faut survivre,

les femmes sont aussi parfois contraintes de se prostituer.  

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En 1914, les combats font rage et la violence est à son paroxysme. Si la violence est parfois exercée de manière aveugle, avec ses dommages collatéraux, elle l'est aussi de manière très calculée. Des massacres aux petites humiliations quotidiennes, le mal se présente sous toutes ses formes. Les femmes font aussi les frais de cette cruauté, par des violences sexuelles.  Mais quand la guerre se pérennise, elles se retrouvent aussi seules, démunies. Solution: la prostitution, donner son corps de manière vénale à l'ennemi, une solution de dépit mais qui leur permet de survivre dans ces temps difficiles. Evidemment ces femmes ne seront pas pas bien vu par les autres civils et seront souvent victime de dénonciation anonyme.


" Monsieur, dit une lettre anonyme, poursuivez bien vos recherches, il y en a encore d’autres à Mont Saint Martin (sic). Il y a la femme B. débitante, débit de tabac, la femme P. qui tient le comptoir d’alimentation qui ont eu recours, la fille B. la faiseuse d’anges et qui se font avorter ; suite d’avec les boches (sic). Encore la femme G., et sa fille. La mère a avorté ; sa fille et elle-même. Plus de soixante que la rumeur publique accuse. D’ailleurs l’ancien commissaire de Mont Saint Martin, Mr. S. les a déjà fait comparaître devant lui et a convaincu (sic) les deux premiers à la gendarmerie de Mont Saint Martin. Cherchez, c’est exact. "


 

La guerre efface les valeurs

Les viols durant la guerre s’inscrivent bien sûr dans un contexte très particulier. Une façon de les comprendre s'explique par le concept de l’anomie: le contexte de la guerre engendre la perte et l'effacement des valeurs (morales, religieuses, civiques…) et le sentiment associé d'aliénation et d'irrésolution.

Tuer n’est plus interdit mais devient un devoir, les règles disparaissent.

Les Allemands qui sont finalement des civils armés, sont aussi victimes du stress des combats, de l’effet de groupe, de l'effet psychologique lié à la conquête, enfin la volonté d’humilier l’ennemi, de profaner l’ennemi en profanant le corps de ces femmes expliquent pourquoi le viol devient si courant. 

L'Allemand: un ennemi violent et brutal

Dès le début de l’invasion, les gouvernements belges et français décident de mettre sur pied ces commissions d’enquête pour rassembler des preuves, établir des listes, des actes commis par les troupes en violation du droit. Ces commission ont un objectif commun, rassembler les témoignages des belges, des réfugiés. De 1914 à 1919, les témoignages se multiplient.

Côté belge, le sujet est volontairement caché par les enquêteurs dans un but de bienveillance. On ne veut pas mettre en avant les victimes, par respect.

Côté français, les enquêteurs publient les témoignages, il faut montrer à quel point les Allemands sont cruels, tous les exemples sont bons.

 En effet,on relie le viol au caractère violent du peuple allemand. Les faits sont juste un autre signe de leur brutalité qui serait en fait simplement dans "la nature allemande" et la conséquence de laxisme des officiers. A l'époque on ne pointe pas le viol comme une arme de guerre mais bien comme un fait individuel.

L’ennemi est présenté comme un mâle féroce, le mal tout simplement.

Cependant il est vrai qu'au vu de ces que les commissions dépeignent, toutes les femmes seront victimes de la fillette à la femme âgée. Les commissions auront d'ailleurs tendance à mettre en évidence les viols les plus sordides et les plus atroces.

Viol et prostitution

Rien n'avait prédit que la guerre soit aussi longue et lorsque les fronts se stabilisent, les femmes, désespérées, seront aussi nombreuses à se résoudre à vendre leur corps. La prostitution est à ce point monnaie courante que les maladies vénériennes déciment les troupes. Les Allemands imposent donc leurs règles en la matière pour éviter ce fléau.


Ces femmes qu'on dit de petite vertu, sont simplement résignées. C'est ça ou la famine. Seule, avec personne pour leur venir en aide, vendre leur corps représente leur dernière solution pour survivre. Elles seront bien sûr responsables de tous les maux et des boucs émissaires pour les autres civils en peine. On leur reproche de jouir de traitement de faveur, d'avoir plus de nourriture alors que la Belgique meurt de faim, etc... Elles trahissent tout simplement la patrie. 

 

Dénonciation, punition, humiliation et puis l'oubli

Les dénonciations seront alors nombreuses et puis les rumeurs courent. Difficile pour ces femmes de conserver une dignité. La guerre leur a tout enlevé.

Après l'Armistice, après quatre années de souffrance, c'est l'heure de la revanche. La justice ne punit pas ces faits, c'est donc la rue qui rend le jugement. Revanche contre celles et ceux qui se sont compromis avec l’ennemi. Une vague de violence populaire déferle. Les femmes sont tondues par la communauté locale, on punit leur sexualité en les tondant, en les soumettant à une humiliation publique. On aurait voulu que par solidarité, elles continuent à souffrir encore plus.

 La population est dans un état de rage inouïe. Toute forme de collaboration est passée à tabac. 

Après 1918, coucher avec l'ennemi sera désormais puni par la loi. Et puis ces femmes tomberont dans l'oubli, du viol à la prostitution, on taira leurs souffrances, elles deviendront un tabou de guerre.

Episode 1: 14-18, une guerre que les Belges n'attendaient pas

Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne

Episode 3: 14-18, fuir ou survivre ? L'exil des Belges

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