Episode 3: 14-18, fuir ou survivre ? L'exil des Belges

Episode 3: 14-18, fuir ou survivre ?
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Episode 3: 14-18, fuir ou survivre ? - © Tous droits réservés

Le 4 août 1914, les Allemands et avec eux le fardeau de la guerre traversent la frontière belge.

Les Belges espéraient être épargnés, mais il n'en est rien.

Un avenir noir et flou se profile.

Une question se pose:

Fuir, mener une vie de réfugié ou rester, tenter de survivre à la guerre ? 

La Belgique en guerre: 5 articles pour mieux comprendre le rôle de la Belgique dans la Première Guerre Mondiale. 

 

Le 22 août 1914. Dans leur journal d’exode, les sœurs Norga, originaires de Nalinnes, en province du Hainaut, écrivent:  

" La journée de samedi se passe dans une fièvre extraordinaire : tout le monde est sur le pas de sa porte. On colporte des nouvelles. Elles sont on ne peut plus mauvaises. Les Allemands avancent ; ils sont sur Mont-sur-Marchienne, à 10km de nous ; des aéroplanes sillonnent le ciel. Vers 6 heures, les troupes françaises battent en retraite et passent précipitamment près de la maison.

Presque aussitôt après, on crie " sauve-qui-peut ", c’est un affolement indescriptible : que faire ! Partir ? On se concerte mutuellement, personne n’a l’air de vouloir se résigner à la fuite, mais tous les habitants des villages et des villes arrivent en foule.

Ils nous renseignent sur les atrocités que les Allemands ont commises chez eux en passant. Et de voir tout ce monde fuyant avec conviction, on se résigne, à la dernière minute, bêtement, sans rien emporter. On n’a plus qu’une pensée : être loin, fuir, les devancer, ces maudits ! Se mettre hors de leur portée. Fuir les atrocités ! Il faut l’avoir fait et enduré cette atroce épreuve pour comprendre quel déchirement, quelle affreuse douleur : le chagrin et la crainte de se laisser rejoindre par ces ignobles brutes vous affolent au dernier point. On prend un peu d’argent et on abandonne tout. "

 

Tout quitter

L’exode des Belges durant la guerre trouve son origine dans deux grandes causes: d'une part les Belges craignent la guerre, le combat, la violence des bombes et des armes. Depuis 100 ans, depuis Napoléon ils n’avaient plus connus la guerre. Ils se sont habitués à la paix, à la quiétude et appréhendent d'autant plus un nouveau conflit. Certains n'ont d'ailleurs jamais connu la guerre, et n'ont aucune conscience du prix à payer.

D'autre part, la rumeur court et traverse le pays: les allemands sont violents et sont indifférents à la souffrance. Ces peurs prédisposent l'exode massif qui aura lieu par la suite.


Dès août 1914, des foules terrifiées s'entassent et se massent sur les routes, dans les gares, dans les ports. 

Au plus fort de l’exode plus d’un million de belge quitte le pays, et traverse les frontières à la recherche d'un endroit plus sûr. De 1915 jusqu’à la fin de la guerre, environ 600 000 civils belges vivent à l’étranger, c'est à dire environ 8 % de la population. Ils partent, vers la France, l’Angleterre, les Pays-Bas. Et cette peur, ce besoin de fuir touche toutes les couches de la population, riche comme pauvre, bourgeois comme ouvrier tente d'échapper à la violence.

La peur ne fait pas de distinction.

Rester, résister et attendre

Ceux qui restent  ne seront pas épargnés. Si fuir est un choix difficile, est synonyme d'inconnu et de perte de repères, rester est tout autant difficile. Certaines villes belges seront pourtant moins touchées par la guerre, les villes les plus concernées par l'exil sont surtout celles touchées par les combats. 

Les premiers réfugiés viennent de Liège, à peine quelques jours après l'invasion allemande ils fuient en masse la ville et tente de rejoindre les régions moins touchées.

Les 4 premiers jours de l’invasion Allemande, un millier de belges sont déjà leurs victimes, ils ne sont pas mort au combat, ils sont tués délibérément. 

Partir, rester, le choix est cornélien. Des tensions s'installent entre ceux qui décident de rester et ceux de fuir. Ceux qui sont partis vont parfois avoir tendance à penser qu’ils sont les garants de la Belgique à l'étranger, partis pour témoigner, conserver et défendre l’honneur de leur patrie. Ceux qui sont restés estimaient être les vrais résistants, les vrais témoins de leur pays. Dès 1914, une taxe sur les absents est alors mise en place pour les inciter à rentrer. Des taxes que les exilés devront payer à leur retour pour avoir fui le pays.

Le réfugié de guerre: un héros, une victime

Si la route est longue, éprouvante parfois interminable, l'accueil à l'arrivé compense heureusement la peine endurée.

Un des faits marquants de 14-18, est la grande qualité d'accueil, avec une aide spontanée des citoyens. Les réfugiés sont mis dans les parcs et les populations se pressent chargés de vivres de les héberger, de les aider. Le contexte particulier de la guerre, de cette société ébranlée fait émerger une solidarité.  

A côté de cette solidarité, se révèle aussi un sentiment patriotique très fort. Les raisons qui poussent les citoyens à agir sont autant religieuses, qu' humanitaires mais c'est surtout la volonté de participer à l'effort commun, de montrer son adhésion aux causes de la guerre.

Au début de la guerre, les réfugiés qui arrivent par milliers en Angleterre, en France, aux Pays-Bas sont perçus comme les victimes par excellence de la guerre. A l'époque pas encore de veuve, de mutilé, ou d'orphelin, les réfugiés sont considérées comme les premières victimes.

Les exilés belges sont aussi applaudis comme des héros, l'incarnation d’un pays qui s’est levé contre les allemands


 

Là où ils sont expatriés, les réfugiés de la guerre participent largement à l'économie et deviennent des bras utiles. En France les réfugiés bénéficient d'un véritable système institutionnalisé par l'État d'entraide pour éviter qu’ils tombent dans la pauvreté. En Grande-Bretagne, avec la doctrine très libérale du pays ce sont les oeuvres de charité privées qui prennent le relais et qui créent un véritable système d'accueil.

Aux Pays-Bas, la situation est plus critique. Le pays doit absorber plus d'un millions de réfugiés. La situation y est très critique, si les hollandais se veulent généreux ils se retrouvent très vite submergés. Devant l'impossibilité d’expulser les réfugiés, on les envoie dans des camps, un système de pression douce pour faire sortir les réfugiés.

En 1918, à la fin de la guerre, malgré un accueil chaleureux et hospitalier, très peu de Belges s'installeront définitivement sur leur terre d'accueil. L'incertitude, la peur, la transhumance est terminée et c'est le rêve du retour au pays qui peut enfin prendre forme. 

La Belgique en guerre: découvrez la série complète

Episode 1: 14-18, une guerre que les Belges n'attendaient pas

Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne

 

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