Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne

Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne.
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Episode 2 : 14-18, moi, Jules D, caporal au 2e de ligne. - © Tous droits réservés

Natif du Borinage, Jules D. a vingt ans lorsqu’il est appelé sous les drapeaux.

Contre son gré, sa vie prend un tournant décisif en 1914.

Pour le bien de sa patrie, sa vie va changer à tout jamais.

A travers le parcours de Jules, retour sur le parcours type d’un soldat,

sur la Belgique livrée malgré elle à des batailles et à 4 années d’horreur.

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On est en 1910 et, en Belgique, le service militaire est une nouveauté. Jusqu’à l’année précédente, en effet, l’antique pratique du tirage au sort désignait les malchanceux priés de donner deux ans de leur vie à la nation.

Jules est incorporé au 2e régiment de ligne, une grande unité d’infanterie alors casernée à Gand. Sa photo de conscrit le montre l’arme au pied, léger sourire aux lèvres, moustache conquérante, l’œil pétillant.

Il porte le shako à pompon recouvert d’une toile huilée marquée d’un gros chiffre " 2 ". Avec sa lourde capote noire à pans relevés, son havresac en peau de vache et ses guêtres de cuir qui enserrent un pantalon bouffant, il tient du figurant d’opérette.

Du service militaire à la déferlante allemande

Jules accomplit son service sans histoire. A part le fait qu’il est rappelé brièvement à deux reprises, son dossier ne mentionne rien de particulier.

Mais le 30 juillet 1914, la mobilisation générale est décrétée et notre homme doit rejoindre dare-dare son régiment. Son baptême du feu, il le vivra à Hautem-Sainte-Marguerite le 18 août.

Son unité a pour mission de s’opposer aux divisions allemandes qui déferlent sur le cœur du pays.

 

 

Le combat est inégal, les Belges luttent à un contre six, et leurs pertes sont insoutenables.


Blessé, Jules est évacué sur un hôpital de Bruxelles. Le surlendemain, les Allemands entrent à leur tour dans la capitale. Pour Jules commence une situation délicate car s’il est repéré comme militaire, il sera évidemment fait prisonnier. Heureusement pour lui, sa blessure est relativement légère, il parvient à se fondre dans l’anonymat.

L’enfer des tranchées de l’Yser

Quelques temps plus tard, il sera pris en charge par un des premiers réseaux qui se sont organisés spontanément dès les débuts de l’occupation. Il est exfiltré vers les Pays-Bas par une nuit sans lune, à travers l’Escaut, entre Doel et Walcheren. Les services alliés étaient alors très actifs aux Pays-Bas et tous les hommes valides qui réussissaient à s’évader des territoires occupés étaient dirigés vers la Grande-Bretagne pour être réincorporés. C’est ce qui se passe pour Jules qui réintègre son régiment le 3 juillet 1915.


Commence alors la longue expérience des tranchées inondées de l’Yser, à la fois monotone et périlleuse.

En décembre de la même année, Jules est nommé caporal pour fait d’armes. On n’en sait guère plus et il ne voudra jamais détailler à son fils les raisons de cette promotion. En 1916 et 1917, il effectuera plusieurs courts séjours en hôpital pour traiter des affections de tranchées. Dessinateur de formation, il a laissé quelques délicates aquarelles représentant les paysages dévastés des alentours de Furnes, il est affecté temporairement au 1er régiment du génie mais regagnera son corps d’origine juste à temps pour participer à l’offensive finale d’octobre 1918.

De l’armistice à la tant rêvée démobilisation

Après l’armistice, l’armée belge pénètre en territoire ennemi pour y occuper des positions stratégiques en attendant les conclusions de la conférence de la paix. Car si l’Allemagne refuse le traité de Versailles, les combats pourraient très bien reprendre.

Au début, l’accueil des civils allemands est un mélange de curiosité et d’appréhension. Bien sûr, ils ont entendu parler des exactions que leurs soldats ont commises en Belgique et ils redoutent que les Belges ne veuillent se venger.

On s’observe, on se jauge, la méfiance réciproque est de rigueur. Rien de fâcheux n’aura lieu, heureusement. En janvier 1919, Jules est affecté au bataillon de chemin de fer du génie et caserné à Krefeld, la grande ville du nord de la zone d’occupation belge. Il y restera jusqu’à sa démobilisation, le 10 septembre 1919

 

Après 7 ans sous l’uniforme

Jules D. a alors 29 ans dont près de sept passés sous l’uniforme. L’Etat reconnait ses services et lui alloue une pension et une prime ; il se voit attribuer huit chevrons de front et est décoré de la croix de guerre avec palmes, la médaille de la victoire et la médaille commémorative. En 1921, il se marie avec Hélène, une voisine. Ils auront un seul enfant qu’ils prénommeront… Jules.

Il a certes échappé au pire mais ne se remettra jamais complètement de l’épreuve. Longtemps après, il se réveillait encore souvent la nuit en hurlant. Hagard, couvert de sueur, il expliquait alors à ses petits enfants terrorisés qu’il revivait en songe ses pires moments de la guerre.

Aujourd’hui ne restent qu’une photo jaunie, un casque cabossé, quelques aquarelles aux couleurs passés et le vague souvenir d’un vieil homme taiseux qui a fini par s’éteindre paisiblement dans son Borinage natal qu’il ne quittera plus jamais…

 

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