En Roumanie : lire des romans et quitter son village

En Roumanie : lire des romans et quitter son village
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Portraits intimes et croisés en Roumanie : Madalina, 22 ans, a réussi à quitter le village où elle est née, mais ne trouvait pas sa place. Liliana Lazar a vingt ans de plus qu'elle, et a grandi elle aussi dans un village reculé de Roumanie. Histoires de villages, de grands-mère, période Ceausescu et beaucoup de romans.

En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

Dans cet épisode, il sera question de choix de vie et de deux femmes qui semblent sorties des contes. Lilliana Lazar a grandi au nord est de la Roumanie, elle écrit des livres en France. Madalina est née en 98 à Benia, un village du nord est du pays et elle a passé un an en Erasmus en France.

Madalina et Liliana sont liées sans le savoir. Liées par les mythes et les légendes des territoires reculés où elles sont nées. Liées aussi par la littérature, grâce ou à cause de laquelle elles ont décidé de quitter leur pays.

 

Liliana est aujourd'hui une autrice reconnue. Dans son premier roman, Terre des affranchis, elle nous invite dans une région de la Roumanie où les croyances populaires cohabitent avec le culte orthodoxe, ou les popes sont surveillés de près par le régime communiste. Elle nous raconte son enfance dans un village isolé, sa maison au milieu de la forêt où le hurlement des loups la nuit devient familier. Elle nous raconte les histoires que racontaient les grands aux petits et l'évolution de son pays depuis la chute de Ceausescu.

Le village n'était pas très loin d’une très grande ville, mais la route était tellement mauvaise qu'on avait l’impression d’être au bout du monde. Quand on allait à la ville, c’était la grande aventure.

Liliana a quitté la Roumanie pour une histoire d'amour. A 23 ans elle rencontre un français qu'elle décide de suivre en France, alors qu'elle était de ceux qui disaient ne jamais vouloir partir. Bien qu'elle se sente aujourd’hui intégrée et à sa place en France, Liliana n'oublie pas la Roumanie. 

Je vis aujourd’hui dans le pays qui me convient. Je vais en Roumanie un mois par an. Aujourd'hui mon pays c’est la France mais je reste une déracinée, quelque chose est resté là bas. On ne se réconcilie jamais. 

Dans son second roman, Enfant du diable, publié en 2016, Liliana Lazar a raconté une histoire de sage femme dans la Roumanie de Ceaucescu. Une époque où l'IVG avait été interdit, comme la contraception pour toutes les femmes n'ayant pas au moins quatre enfants et  une taxe spéciale avait été imposée pour celles qui n'ont pas d’enfants à plus de 26 ans. L'idée était de lutter contre le déficit de natalité dont souffrait la Roumanie. Cette politique nataliste, fondée sur le "devoir patriotique" des femmes, a eu des conséquences dramatiques.

Madalina, elle, est originaire de Benia, un minuscule village au nord du pays, tout proche de la frontière ukrainienne. Quand on regarde les images en ligne on le trouve entouré de forêts de sapins sombres. Le village est tellement isolé que quand elle était jeune, Madalina n’avait même pas de lumière pour faire ses devoirs. Mais ça ne l’a pas empêché de lire, de lire beaucoup même, encouragée par sa grand mère, dont elle était très proche et qui est aujourd'hui décédée.

Mădălina Ceciuleac est originaire de Benia, un petit village du nord de la Roumanie

Mădălina Ceciuleac est originaire de Benia, un petit village du nord de la Roumanie © Radio France / Caroline Gillet

Lire c’était entrer dans une histoire qui n’est pas la mienne, faire le voyage du héros, voir ce qu’il voit...

Avec ses histoires inventées le soir au moment du coucher, la grand mère de Madalina lui a donné le goût de la lecture, puis de la Littératrure. Madalina a étudié dans une université théologique en Roumanie avant de partir un an en Erasmus en France. Elle n'était pas là pour la mort de sa grand mère.

Je suis triste parce qu’elle a toujours dit que je ne serai pas là pour allumer une bougie à sa mort. Et ça s’est passé comme elle a dit. Je ne sais pas si c’était une prophétie...

Malgré la distance, et malgré son petit ami resté en Roumanie, Madalina aimerait continuer ses études en France. Elle voudrait écrire son mémoire de fin de licence en littérature comparée sur un poème de Constantin Cavafis,“Ithaque". 

En Roumanie : lire des romans et quitter son village

En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

En Roumanie : lire des romans et quitter son village

En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

En Roumanie : lire des romans et quitter son village

En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

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En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

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En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

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En Roumanie : lire des romans et quitter son village © Radio France / Claire Braud

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