En quête d'essence : le chemin de la méditation

Steven Laureys : "Le moment qu'on vit maintenant, il est incroyable !"
Steven Laureys : "Le moment qu'on vit maintenant, il est incroyable !" - © Pixabay

Dans notre société hyperactive en perte de sens, nombreux sont ceux qui ressentent le besoin de se recentrer pour se retrouver. L'exercice d'entraînement de l'esprit qu'est la méditation, c'est le cheminement que les personnes rencontrées dans ce reportage ont décidé d'emprunter, à la découverte de leur paysage intérieur.

Une réalisation d'Helena Verrier,
avec la participation du médecin neurologue Steven Laureys 
et du moine bouddhiste Matthieu Ricard
_______________


La méditation développe les capacités du cerveau

Steven Laureys est médecin neurologue au CHU de Liège et directeur de recherches au FNRS, où il dirige une unité qui cherche à comprendre la conscience, au centre GIGA.

Il a eu l'opportunité d'étudier le cerveau de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, traducteur du Dalaï Lama. Les résultats de cette étude révèlent comment cet athlète de l'esprit est capable de modifier ses pensées et comment la connectivité fonctionnelle de son cerveau s'est développée. On a pu constater, à la résonance magnétique, que son cerveau est bien musclé, bien connecté, comparé à celui d'autres personnes de 70 ans. L'interaction entre les deux hémisphères est particulièrement bien développée, après toutes ces années de méditation intense.

"Il ne faut pas être un moine bouddhiste pour pouvoir profiter des bienfaits de la méditation. Des études montrent que c'est probablement une bonne idée de passer un peu de temps pour soi-même, dans le calme, dans la pleine conscience, de s'intéresser aussi à notre esprit."


Un apprentissage comme un autre

Il est certain que certains états mentaux contribuent à notre mal-être et que d'autres nous libèrent des causes de la souffrance, observe Matthieu Ricard, moine bouddhiste. "S'il est possible de nous transformer, comme le prouvent les sciences contemplatives, cognitives et les neuro-sciences, il se serait dommage de négliger cette opportunité."

Toutes nos capacités, lire, écrire, faire de la musique... ont été cultivées par un entraînement. Il est logique que ce soit pareil pour la bienveillance, l'attention, l'équilibre émotionnel... "Toutes les techniques d'entraînement de l'esprit visent donc à amener à leur point optimal des capacités dont nous avons le potentiel mais qui restent à l'état dormant tant qu'on n'y fait rien."

La notion de neuro-plasticité implique que le cerveau change tout le temps, structurellement et fonctionnellement, soit en fonction de conditions extérieures nouvelles, soit en exerçant notre cerveau à des activités nouvelles. Cela peut être apprendre à jongler mais cela peut être aussi cultiver l'attention et la bienveillance. "Et être un meilleur être humain, c'est éminemment désirable", sourit Matthieu Ricard.
 

La méditation à l'école aussi

La pleine conscience peut changer la vie scolaire et les apprentissages. Elle a le mérite de donner aux enfants des outils pour se calmer et pour se concentrer. Ils peuvent ensuite la pratiquer chez eux quand ils en ressentent le besoin, par exemple au moment du coucher ou en cas de mal-être.

Ce sont des cycles de 8 séances pour les enfants, de 10 séances pour les adolescents, données par des instructeurs. A chaque leçon, une méditation est proposée. Le vocabulaire est adapté à l'âge des enfants, des jeux sont également prévus. Les enseignants avancent en même temps que les élèves."Si on travaille sur le climat scolaire, les apprentissages n'en seront que meilleurs."

En la pratiquant le plus tôt possible, cette technique devient une hygiène de vie, on acquiert des automatismes au quotidien. Les résultats sont là, au niveau scolaire mais aussi au niveau de l'attention et de la bienveillance, de la découverte de leurs émotions. Les outils leur permettent de les gérer et de vivre sereinement leur vie d'enfant et d'ado. Ce seront sans doute des adultes qui seront beaucoup plus attentifs et bienveillants.

 

Vivre ici et maintenant

Aujourd'hui, on est connecté 24h sur 24, 7 jours sur 7, et le plus difficile c'est d'être connecté avec soi-même. On est pris dans l'urgence de tout ce qu'il y a à faire, on est tiré hors de nous, il est facile de tomber dans un état de tension ou d'anxiété chronique, qui finit par être notre mode de fonctionnement par défaut.

Avec la pleine conscience, il n'y a pas de résultats, de but à atteindre, contrairement au monde du travail où la performance est valorisée. Elle permet de se libérer de l'anxiété et de mieux gérer ses émotions, de mieux se connaître, d'être plus attentif à soi, d'être mieux dans sa vie, d'écouter vraiment l'autre. D'arrêter de faire, pour être.

Quand on se sent triste ou en colère, rien que de se poser la question 'qu'est-ce que je ressens en moi ?' permet de diminuer l'intensité de l'émotion et de mieux gérer la communication avec les autres.

"Quand vous faites un programme de méditation de 8 semaines, comme par exemple le programme MBSR - Mindfulness Based on Stress Reduction, on observe des changements au niveau de la structure et du fonctionnement du cerveau. L'amygdale, importante dans le plaisir, le bonheur, les émotions, est impactée favorablement. Cela vous permet de mieux vous accepter, de mieux interagir avec les autres, de vivre ici et maintenant, explique Steven Laureys. On a tendance à vivre en partie dans le passé, on rumine. On anticipe le futur et on se tracasse pour des choses qui ne vont pas se passer vraiment. Alors que le moment qu'on vit maintenant, il est incroyable ! C'est intéressant de voir la pleine conscience comme un outil complémentaire. Ça ne va pas vous guérir des maladies mais cela peut vous aider. Cela a été documenté dans des études cliniques et personnellement, c'est aussi une découverte." 

Avec Marguerite, Isabelle, Catherine, Christophe, Stéphanie, Valérie Gentile, Fotini Efthymiadis, Catherine Dardenne, Christel Michiels, Mélancolie Chantraine, Fabienne Bauwens, Steven Laureys, Matthieu Ricard.

Découvrez tous les témoignages recueillis par Helena Verrier, ici, dans Par Ouï-dire

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK