"En open space, on a 2 fois plus de chance de faire un arrêt maladie"

« En open space, on a 2 fois plus de chance de faire un arrêt maladie »
« En open space, on a 2 fois plus de chance de faire un arrêt maladie » - © Unsplash

" J’étais dans un open space et il y avait un billard à côté de mon bureau. C’est tendance, open space, coworking, espace ouvert, on met du fun au milieu du travail, mais je n’ai pas réussi à travailler ". Après une expérience apparemment désagréable, Jean-Olivier Collinet de Job Yourself revient sur le concept d’open space, sa remise en question et comment il peut s’avérer plus toxique que rentable. 

 

Historique

L’open space est né dans les années 50 aux États-Unis grâce aux frères Schnelle qui voulaient faciliter la communication entre collaborateurs d’une même entreprise. L’espace de travail ouvert connaîtra ensuite son apogée dans les années 80 pour trois raisons : il permet de gagner des mètres carrés (ce qui, dans une ville comme New-York, n’est pas du luxe), des charges sont économisées grâce à ce nouveau type d’aménagement et enfin, les patrons espèrent augmenter la productivité des salariés grâce à une meilleure circulation de l’information. À ce moment-là, open space rime encore avec petits boxs plus ou moins personnels tandis qu’aujourd’hui, les cloisons ont complètement disparu et les grandes tables partagées ont fait leur apparition. Le summum a même été atteint avec le récent concept de flex office, autrement dit le fait de ne plus avoir du bureau attitré du tout.

 

Les limites du nomadisme

Toutes ces nouvelles formes de nomadisme ont donc évolué à l’extrême et apparaissent aujourd’hui toxiques pour beaucoup. En 2017, 57% des salariés belges ont avoué préférer travailler sur un poste de travail attribué et dans un espace fermé. Ces systèmes qui avaient été à l’origine mis en place pour favoriser le recrutement en donnant l’image d’une entreprise jeune et cool à l’ambiance détendue ne plaisent donc pas tant que cela. Le principal souci que cause l’open space est la distraction perpétuelle qu’il engendre : notre cerveau y serait interrompu toutes les 11 minutes et il lui en faudrait plus de 23 pour se reconcentrer. Une étude a également prouvé que les travailleurs avaient deux fois plus de chance de faire un arrêt maladie dans un open space et le taux de burn out est plus élevé dans les sociétés proposant des espaces ouverts. L’argument de la meilleure productivité des employés perd ici tout son sens. En outre, la taille des bureaux a diminué de 40% en 30 ans et plus notre espace personnel se réduit, plus nous nous sentons oppressés…

Dans son livre, cité par Jean-Olivier Collinet, David Rock explique d’ailleurs comment rester concentré au travail et atteindre ses objectifs : " Votre cerveau au bureau, le monde d’emploi d’une journée de travail intelligemment vécue ".

 

Vers un aménagement en plusieurs zones

Un bureau fixe apporte une indéniable stabilité et un meilleur ancrage dans l’entreprise. Il peut être personnalisé et devenir une zone de confort et de créativité, favorable à la concentration. Avec ce type de dispositif, les employés adhèrent plus facilement aux valeurs de l’entreprise et à son développement. D’après une étude française, 83% des jeunes diplômés rêvent d’un espace à eux. La jeune génération en a marre de ce décloisonnement excessif et cela commence à être entendu : de petites sociétés proposent désormais d’aménager des bureaux individuels pas chers, à contre-courant du coworking traditionnel. Ce dernier doit en effet évoluer vers une organisation en plusieurs zones correctement délimitées : des bureaux privatifs, des espaces ouverts, des zones semi-fermées où l’on ne communique pas, mais également des lieux de détente.

 

Retrouvez ici l’intégralité de la chronique de Jean-Olivier Collinet :

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