En Chine, une application permet de localiser les personnes endettées à proximité

En Chine, une application intégrée à WeChat (l'équivalent de Whatsapp) permet désormais aux citoyens de repérer sur une carte les mauvais payeurs qui se trouvent à proximité. Non, ce n'est pas le scénario d'un épisode de la série Black Mirror, c'est la réalité.

L'application fonctionne un peu comme Google Maps. Sauf qu’au lieu d’indiquer les restaurants à proximité, l’application envoi une notification lorsque les personnes ayant une dette impayée se trouve dans un rayon de 500 mètres autour de l’utilisateur. Cela pose déjà des questions en termes de vie privée. Mais le média chinois China Daily explique également que cet utilisateur pourra, s’il estime que la personne censée être endettée a un comportement qui laisse penser qu’il pourrait en réalité payer, l’utilisateur pourra alors la dénoncer. Ambiance.

Pour l’instant, l'expérience est menée à petite échelle dans une province du Nord de la Chine, à l’initiative d’ailleurs de cette province, mais si elle fonctionne elle pourrait être déployée dans tout le pays.

 

Ce n'est que le début

Depuis 2014, (même depuis 2007) les autorités chinoises réfléchissent à l’instauration d’un système de crédit social qui permet d’attribuer des bonus ou des malus aux citoyens en fonction de leur comportement. Un score est alors attribué à chaque individu, basé sur les données récoltées à son sujet. Cela passe par les informations de son casier judiciaire, son comportement sur les réseaux sociaux ou encore le respect du code de la route. 

Les Chinois qui obtiennent des notes sociales élevées, accèdent à des avantages. Ceux considérés comme de "mauvais citoyens" sont affichés publiquement et sanctionnés. Ils peuvent par exemple être interdits de prêts bancaires, d’accès aux logements sociaux ou à l’université.

Récemment 9 millions de citoyens n’ont comme ça pas pu acheter des billets pour des vols intérieurs en Chine.

L’objectif, selon le parti communiste chinois est de renforcer le contrôle dans le but de rétablir la confiance au sein de la société et rendre les citoyens meilleurs.

Ce système devrait être opérationnel en 2020, mais les différents projets développés jusqu'ici pour le mettre en place montrent déjà des failles. Des failles qui dépendent pour certaines de la collecte de données.

Souvenez-vous c’était en novembre dernier : le système de reconnaissance faciale présent dans une ville au sud de Shanghai avait identifié la femme d’affaires la plus puissante de Chine traversant un passage pour piéton tandis que le feu était rouge.

Son portrait avait alors été affiché sur un écran géant pour la culpabiliser. Alors qu’en fait le visage de la dame se trouvait sur un bus qui passait à ce moment-là. Ce n'était donc pas elle, qui brûlait le feu. Il y a eu une erreur d’identification. 

La faute a été repérée, mais cette femme d’affaires aurait pu perdre des points de son "crédit social" ce qui aurait pu avoir des répercussions.

Un système qui a ses limites

C’est un exemple récent, mais selon une chercheuse et économiste qui a travaillé sur les projets de Pékin et citée par le journal Le Monde, il y a bien d’autres problèmes.

Elle indique que les personnes référentes (donc celles qui attribuent des bonus ou des malus), reportent plus d’informations sur les gens qu’elles n’apprécient pas, que sur ceux qu’elles aiment.

Autre exemple interpellant : En faisant des donc publics, les individus peuvent remonter leur note, ce qui pose des questions de discrimination en fonction des revenus des citoyens.

Enfin, la chercheuse affirme que ce système ne permettra pas en réalité aux autorités chinoises d’atteindre leur but parce qu'il marque notamment encore plus les appartenances à des groupes "les bons citoyens" et "les mauvais citoyens". Ce qui effrite au final la cohésion sociale.

 

 

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