En 1937, Charles Plisnier est le premier prix Goncourt belge

Charles Plisnier et Marie-Thérèse Bodart (1945)
Charles Plisnier et Marie-Thérèse Bodart (1945) - © Wikipedia

François-Xavier Lavenne, responsable de l’association Plisnier, fait revivre pour nous les élans et les contradictions du poète et du romancier Charles Plisnier.

Communiste, chrétien, et militant wallon, Charles Plisnier est aussi notre premier prix Goncourt belge, reçu en 1937 pour son recueil de nouvelles Faux-Passeports, ainsi que pour son roman paru l'année précédente : Mariages. Ce prix consacre pour la première fois un écrivain ne possédant pas la nationalité française.

Un an auparavant, l'Académie Goncourt avait en effet refusé de couronner le roman Mariages, parce qu'elle voulait réserver son prix exclusivement à des auteurs français. Ce " protectionnisme littéraire " créa un vif émoi et il y eut même une manifestation d'écrivains où il fut répété que les écrivains belges, suisses, français et canadiens devaient être reconnus comme participant au rayonnement de la même littérature. La remise du Goncourt à Charles Plisnier marque ainsi une reconnaissance symbolique pour la littérature belge et pour l'ensemble de la Francophonie. 

Né à Ghlin, Mons, Charles Plisnier n’aurait certainement pas renié cette identité française, comme en témoignent à la fois son écriture et ses engagements citoyens. De sa ville natale, il ne pourra jamais se déprendre ; et si la Wallonie était sa patrie charnelle, la France, assurément, était une patrie spirituelle, dont il admirait la culture et la langue.

Les langues ne sont point seulement des lexiques et de la syntaxe, mais elles traduisent des manières de sentir, de penser et de vivre particulières. 

Déçu par son dernier voyage en Russie et ayant affirmé ses sympathies trotskistes en 1928, Charles Plisnier est exclu du Parti communiste.

La rupture avec le communisme ramène sa plume dans la main du poète : en moins de six ans, il publie onze volumes, où la poésie occupe la première part. Une poésie marquée par certaines libertés surréalistes. Une poésie où le vers est libre, la ponctuation absente. 

Il rallie ensuite le POB et participe notamment à la campagne en faveur du célèbre plan défendu par Henri De Man.

Plisnier se convertit ensuite au christianisme, sans abandonner ses convictions socialistes. Il participe notamment au Congrès national wallon de Liège en 1945, où il s'exprime dans le sens rattachiste, option qu'il abandonne à la fin de sa vie où il prône une solution fédéraliste tant pour la Belgique que pour l'Europe.

Wallon vivant en France, membre de l’Académie de Langue et de Littérature françaises, Charles Plisnier est tenaillé par l’écriture. Très souvent, ses personnages connaissent un drame intérieur...

Écrire n’est pas un jeu. C’est le suicide d’un être qui se détruit pour s’accomplir.

 

Avec des archives de la Sonuma
et des poèmes lus par François-Xavier Lavenne.
Une réalisation de Pascale Tison.

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