Emission spéciale présidentielle française

François Hollande
François Hollande - © AFP/Belga

François Hollande devant Nicolas Sarkozy au premier tour, percée du Front National de Marine Le Pen, voici les deux enseignements de la présidentielle française de ce dimanche 22 avril. L'équipe de Matin Première est à Paris.

Avec nos reporters et nos invités, revivez la soirée électorale et analysez avec nous les perspectives pour le second tour de l'élection. Posez vos questions ou faites-nous part de vos commentaires au 070/22.37.37, via Twitter (#matin1), Facebook ou encore en utilisant le formulaire ci-après.

Notez qu'il n'y aura pas de Questions Publiques, mais que si des questions pointues ou des commentaires réellement constructifs arrivent, il sera possible de les rayer à nos invités.

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G.Lauwerijs : - On va de suite retrouver Bertrand Henne et ses invités pour commenter les résultats du premier tour, les projections pour le second. Betrand, vous êtes avec Jean-François Khan et José Alain Fralon.

M.Khelfat      : - José Alain Fralon.

BH    : - Oui, José Alain Fralon qui est ancien correspondant du Monde à Bruxelles et qui a été Rédacteur en chef adjoint du journal, bonjour José Alain Fralon.

JAF  : - Bonjour.

BH    : - Et avec nous Jean François Khan qui est journaliste, vous le connaissez sans doute, Fondateur notamment de L'Evénement de Jeudi et de Marianne, bonjour, Jean François Kahn.

JFK  : - Je ne suis plus journaliste.

BH    : - Non, vous ne l'êtes plus, vous êtes à la retraite, tout à fait, et vous vous êtes aussi présenté aux élections européennes, on va le dire, aussi pour le modem de François Bayrou. On va donc évoquer ces résultats du premier tour, avec deux éléments forts à retenir, c'est la gauche qui arrive en tête avec François Hollande et en battant le Président sortant et c'est aussi le score plus élevé que prévu par les sondages de l'extrême droite de Marine Le Pen. Vous en retenez quoi, vous, Jean-François Khan, ce qui vous étonne le plus, le score de l'extrême droite ?

JFK  : - Non, d'abord, on ne peut pas dire que la gauche arrive en tête, si vous additionnez absolument le vote droite, extrême droite et gauche, justement la gauche n'est pas majoritaire. La droite non plus. Et la gauche n'est pas majoritaire. Un, c'est un échec personnel de Sarkozy, plus de Sarkozy que la droite, c'est la personne de Sarkozy a subi un échec terrible.

BH    : - Oui, 5% en moins qu'en 2007 ?

JFK  : - Et puis c'est surtout qu'il a fait toute une campagne axée complètement sur la récupération des voix du Front National, avec tous les thèmes qui sont faits pour ça et là-dessus, le score double par rapport en 5 ans. C'est un échec personnel absolument terrible, donc la première leçon, c'est cet échec. La deuxième, c'est ce qui interpelle la gauche, alors qu'il y a un courant anti sarkozyste extrêmement fort. Alors qu'il y a une crise sociale, un mécontentement social, ce n'est pas elle qui a capté le plus, si, elle arrive en tête, mais enfin, 28-29, c'est pas, elle n'a pas empêché que ce cri de rage, ce crachat quelque part et à côté, votre crachat,

BH    : - Vote-sanction, non ?

JFK  : - Non, je dirais plus que ça, vote-crachat, c'est-à-dire, c'est merde, c'est-à-dire, c'est un vote qui dit merde et que ça, ça aille vers Marie Le Pen et pas vers elle et donc avec en plus la petite déception Mélenchon et donc oui, échec total de Sarkozy mais un vote qui interpelle incroyablement la gauche !

BH    : - José Alain Fralon, est-ce que vous êtes d'accord avec ça, c'est pas tellement une grande victoire pour la gauche ?

JAF  : - Ca me rappelle un peu quand j'étais correspondant à Bruxelles et les élections en Belgique, sont contradictoires. C'est-à-dire qu'il y a deux vainqueurs qui sont antinomiques, Hollande et Marine Le Pen.

Ce qui est intéressant, c'est que politiquement Sarkozy doit faire un immense grand écart pour essayer d'avoir, récolter des voix chez Bayrou et chez Le Pen,

BH    : -  Ca va être très difficile, oui ?

JAF  : - Alors que quelque part, le score un peu moins impressionnant qu'on y pense, qu'on croyait, de

Mélenchon, arrange quelque part Hollande. Hollande, il est maître chez lui, maintenant, s'il gagne, il est maître

chez lui, il fait ce qu'il veut.  C'est vraiment, c'est pas les Verts qui vont lui donner quelques sièges, c'est pas non plus Mélenchon, donc ça, c'est important. Alors que Sarkozy même s'il gagne, il ne sera pas maître chez lui. Parce qu'il aura 20% de Le Pen et qu'il va, alors sur quoi, la question qui m'interpelle, comme on dit, notamment en pensant à nos auditeurs belges, c'est sur l'Europe, qu'est-ce que pour l'instant, Sarkozy a donné beaucoup de .. sur l'immigration, sur la sécurité à Marine Le Pen, pas encore vraiment sur l'Europe. S'il donne sur l'Europe, une voix moins européenne qu'il ne l'avait fait, là, ça pose un vrai problème pour la France dans le monde, quand même.

BH    : - Oui, Nicolas Sarkozy qui va devoir aller chercher les voix de l'extrême droite, vous pensez aussi notamment sur ces thèmes européens ?

JAF  : - Sur la radio belge, on peut dire peut-être les choses plus nettement, vous dites, s'il gagne, Sarkozy,

il ne peut pas gagner, c'est pas jouable, il ne faut pas se raconter de blague.

BH    : - Vous n'y croyez pas du tout ?

JAF  : - Ah mais non, ce n'est pas jouable ou alors s'il y a un cataclysme mais en temps normal, je veux dire, ce n'est pas jouable, pour une raison que vous avez très bien dite aussi, enfin, il y a plusieurs raisons, mais vous l'avez très bien dit, c'est qu'ils avaient accès le deuxième tour, sur, vous êtes otages de Mélenchon, mais Mélenchon a 16%, ils ne sont pas otages de Mélenchon, c'est eux qui sont otages de l'extrême droite. Et donc ce thème dégringole complètement. Et donc ils vont être obligés de faire une campagne encore plus à droite qu'au premier tour et du coup, ils perdent tout l'électorat de Bayrou et en plus, elle veut la mort de l'ULP, Marine Le Pen, donc en plus, elle fera tout pour les faire battre. Et en plus dans le vote Le Pen, il faut bien comprendre, c'est pour ça que ça interpelle la gauche, il y a u vote de classe. C'est-à-dire, vous avez, on le voit bien à Florange, il faut voir les votes du Front National à Florange, il y a un vote de rage qui n'ira jamais sur la droite bourgeoise, qui va sur ça, sur ce populisme si vous voulez, et donc,

BH    : -  Oui, il n'y aura pas de report de voix, pas beaucoup ?

JAF  : - Non, la majorité voteront quand même Sarkozy mais quoi, 55%, beaucoup vont s'abstenir, d'autres vont, mais ça ce n''est pas jouable !

BH    : - Oui, José Alain Fralon, vous pensez aussi que Nicolas Sarkozy, vous disiez, même sur les thèmes européens, il sera peut-être obligé d'aller peut-être sur des thèmes plus droitiers que ce qu'il a fait lors de cette campagne du premier tour, mais vous pensez aussi qu'il n'y a quasi aucune chance de l'emporter ?

JAF  : - On ne peut jamais dire parce que,

BH    : - Il faudrait un événement miracle ou en tout cas un événement extérieur ?

JFK  : - Un tsunami boursier.

JAF  : - ... il faudrait, quoi, il y a eu l'affaire .. qui a profité apparemment plus à Marine Le Pen qu'à lui, la manière dont ils l'ont utilisé, qu'est-ce qu'on peut voir, une guerre entre l'Iran et Israël mais je ne crois pas du tout à ça, je pense que ça ne changera pas, oui, la dégradation de la Note mais non, parce que, parce que Le Pen, ils s'en foutent, ils sont contre l'Europe, ils sont contre les agences boursières, donc on ne voit pas très bien, sauf miracle mais les miracles en politique, là, je crois que c'est plier, c'est plier pour, avec Hollande qui,

JFK  : - Ca fait une spéculation énorme boursière, mais je vous signale une chose, personne n'a remarqué ça,

BH    : - Jean François Kahn, oui ?

JFK  : - Quand, quand Hollande a, au Bourget, alors que tous les sondages le donnaient gagnant, nettement, a dit, mon ennemi, c'est la finance, le lendemain, la Bourse n'a pas bougé. Ca veut dire qu'elle n'y croit pas !

JAF  : - Non, mais la Bourse, ils attendent, ils attendent, ils lisent, ils savent lire les sondages et la Bourse,

les marchés, ils savent que c'est sans doute, vraisemblablement Hollande qui sera là et il a quand même fait tout pour les rassurer, donc c'est pas, ça ne fait pas peur.

BH    : - Oui.

JFK  : - D'ailleurs quelqu'un a dit une chose très juste, il est chiant, donc il n'est pas dangereux.

JAF  : - Et voilà et surtout, je répète ce que j'ai dit tout à l'heure, c'est-à-dire, il était plus dangereux avec Mélenchon

à 17-18%,

JFK  : - Bien sûr !

JAF  : - Là, il aurait été peut-être dangereux pour les marchés parce que Mélenchon aurait demandé des engagements sur l'Europe.

BH    : - Ici, il va faire une campagne au centre.

JAF  : - Là, il va faire une campagne au centre, il est maître à bord, il fait ce qu'il veut, Hollande.

BH    : - Sur le report des voix, dès hier soir, Mélenchon a appelé à voter contre Sarkozy, pas pour Hollande, il a dit, contre Sarkozy, c'était assez clair, à droite, on a fait le point sur Marine Le Pen qui se profile déjà comme un peu la leader de l'opposition, elle ne va pas appeler à voter Sarkozy non plus. Finalement le seul de qui on peut attendre peut-être une consigne de vote, c'est François Bayrou, est-ce qu'il va faire quelque chose, Jean François Khan, vous le connaissez bien ?

JFK  : - Il n'appellera pas à voter pour Sarkozy, ça déjà, je peux vous l'affirmer, ça, absolument.

BH    : - Et pour François Hollande ?

JFK  : - Ca, je ne dis pas qu'il appellerait à voter pour François Hollande mais chez lui-même dans sa direction, il y a une petite majorité plutôt pour Hollande mais peut-être qu'il n'appellera pour personne. Mais, mais, comme je viens de vous le dire, déjà, je pense qu'ils sont anti sarkozystes, la base, mais surtout comme l'autre va droitiser totalement pour essayer de récupérer les voix du Front National, alors là, c'est plier pour cet électorat. L'erreur, ce que j'avais écrit dans Le Soir, l'erreur incroyable de Sarlozy par rapport au Front National, c'est qu'au fond, c'est un paradoxe, c'est qu'il a moins échoué, enfin, il a fait moins une politique régressive, sociale, comme le dit la gauche, un échec économique, ce n'est pas pire que d'autres pays. En revanche là où son échec est flagrant, c'est justement l'immigration et la sécurité. Sur cette folie d'avoir liquidé la police de proximité, qu'il fallait au contraire, renforcer, l'ancrer dans les quartiers pour faire cette politique absurde avec ces cohortes lourdes qui interviennent dans les quartiers. Et le fait que sous la pression du grand patronat, avoir appelé à une immigration de travail, du fait qu'il a doublé l'immigration, ça en vérité, il le paie très, très cher.

BH    : - Oui, José Alain Fralon, sur l'attitude François Bayrou, ça va être difficile pour lui, il peut difficilement appeler à voter, donner une consigne de vote, pour l'un ou pour l'autre, sinon ça contrevient à sa stratégie qui essaie justement depuis plusieurs années maintenant, de se mettre à équidistance gauche-droite, qu'est-ce qu'il peut faire, François Bayrou ?

JAF  : - Ca va être dur, il a dit qu'il allait envoyer un questionnaire mais déjà, déjà, il y a Bennahmias, qui est Député, qui a dit qu'il voterait pour Hollande, Douste Blazy sans doute qui ira vers Sarkozy, je crois, enfin ça m'étonnerait que François Bayrou donne des consignes de vote, sauf s'il a des réponses très sérieuses mais personne ne va lui donner de réponses parce que,

JFK  :- Si, venant de tous les deux, les réponses qu'il espère,

JAF  : - Qu'il espère, mais bon, c'est pas,

JFK  : - C'est absurde.

JAF  : - Lui donner ou alors, il va dire, personnellement, je vote pour ?

JFK  : -Il est dans la merde quoi, voilà la vérité.

BH    : - Comme ça, c'est résumé.

JFK  : - Je dis, il est dans la merde !

JAF  : - Oui, oui, c'est pas plus, il a fait un score qui est de moins 10%, donc,

BH    : - C'est la moitié de son score de 2007 ?

JAF  : - C'est, non, le grand, le grand, moi, je trouve que, enfin, j'aimerais, on aimerait que les Belges nous envoient leur sens du compromis parce que moi je pense qu'il y avait un socle, il y a un socle de gens, si on enlève Sarkozy, Monsieur Sarkozy, sa personnalité, il faut qu'il parte, bon, moi, je trouve qu'une équipe, entre mettons, allez, les 3 François, François Fion, François Bayrou et François Hollande, peuvent faire une équipe gouvernementale,

BH    : - Une sorte d'union nationale à la française, oui ?

JFK  : - Il faut se poser la question d'ailleurs,

BH    : - François Khan ?

JFK  : - Pourquoi, il y a quelque chose, malheureusement très souvent, on occulte des interpellations.

Il y a quand même quelque chose qui devrait faire réfléchir, moi y compris, c'est le fait, le décalage entre les gens qui disaient, ah oui, le mieux, c'est Bayrou, c'est celui dont on est le plus proche, c'est Bayrou, et puis son sc  ore qui est extrêmement mauvais, il faut se demander pourquoi. Moi, je crois que l'erreur qu'il a faite, c'est qu'il y a dans la tête, il faut bien comprendre, c'est que cet électorat qui tout d'un coup vote maintenant, puis ne vote plus, puis ça se reporte sur Bayrou,

BH    : - Oui, qui est volatile, oui ?

JFK  : - Et puis ça se porte même sur Le Pen et de Le Pen sur Mélenchon, alors, ces Français, c'est des dingues, totalement irresponsables, etc. Je ne crois pas. Je crois que dans la tête des mêmes gens, il y a un petit bout de Le Pen sur la sécurité, sur les valeurs et pourquoi pas et qu'il y a un petit bout de Bayrou sur la rigueur, la dette, absolument, il faut absolument juguler le problème de la dette, elle est difficile. Il y a un petit bout de Mélenchon, à savoir, mais il faut sortir de ce système néo-libéral injuste, il y a un peu d'Ecologie.  il y a tout ça dans la même tête. Et le grande erreur de Bayrou, c'est que sur son socle où les gens lui donnent raison, qui est la rigueur, qui est le déficit, la dette, s'il avait ouvert le triptyque, c'est-à-dire pris en compte les problèmes que porte Marine Le Pen, sécurité et immigration, il les a complètement occultés. Et pris en compte la volonté dynamique de sortie d'un nouveau, d'espérer un nouveau modèle de développement que porte Mélenchon, je pense qu'il aurait fait un score formidable, les gens l'attendaient. Il ne l'a pas fait et il paie cette erreur.

BH    : - Oui, José Alain Fralon ?

JAF  : - Le problème de Bayrou, c'est Bayrou, c'est-à-dire que je crois par rapport aux immenses machines que sont la machine du PS, la machine de l'UMP, il fallait quelqu'un avec ses idées qui sont, on le voit dans les sondages, ce sont les idées de Bayrou qui sont majoritaires, la plupart du temps, avec ces idées-là, il fallait, je crois, quelqu'un qui a un charisme très fort et peut-être une équipe beaucoup plus forte autour de lui pour passer mais là, il n'est pas passé. Mais je pense que cette alliance alors que nos institutions sont quand même absurdes, alors qu'il faudrait maintenant par rapport à la crise que les Français se rassemblent quand même, que le socle de base des Français, 60%, qui ont voté pour des partis modérés, disons, se rassemblent, alors que le deuxième tour va amener un duel terrible.

BH    : - Oui ?

JAF  : - Et peut-être, on va de nouveau retrouver la gauche-droite, etc, et ça, c'est dangereux pour l'Europe et pour notre force, pour la force de la France dans le processus européen.

BH    : - Justement, il nous reste une grosse minute, Jean François Khan, la campagne du deuxième tour. Hier soir si on en croit  ce qu'on a vu sur les plateaux de télévision notamment, c'était assez violent. Est-ce qu'on doit s'attendre

à une campagne très violente ?

JFK  : - Non, mais je crois que Sarkozy va faire l'erreur qu'il a faite pour le premier tour, c' est-à-dire qu'alors qu'il avait compris qu'il fallait qu'il montre qu'il était un autre,  qu'il se transforme, il va montrer qu'il est resté le même, c'est-à-dire campagne droitière, campagne agressive, campagne de clivage, campagne de narcissisme à savoir, oui, je suis le plus fort, donc j'ai gagné, l'autre est nul et les gens vont dire y en marre !

BH    : - Oui, José Alain Fralon ?

JAF  : - Oui, avant tout, je crois que dans le débat qui va se passer, celui qui s'énerve, perd, quand Ségolène Royal s'est énervée au débat , une fois qu'elle a perdu et là, Sarkozy va s'énerver contre Hollande qui va rester sur son nuage. Donc je crois que la campagne deuxième tour, ça va être très, très difficile pour Sarkozy.

BH    : - Merci à tous les deux d'avoir,

JFK  : - Mais c'est catastrophique, cela dit, cette élection est catastrophique !

BH    : - Jean François Khan, rapidement.

JFK  : - Cette élection est catastrophique !

JAF  : - Oui, oui, c'est ça, non, la conclusion, moi je ne suis pas content du tout, des résultats pour mon pays.

BH    : - Merci à tous les deux de nous avoir livré cette première analyse et on vous retrouve, ce sera à 8:35 heures pour Questions Publiques.

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