Emission spéciale élection française

François Hollande
François Hollande - © Google

François Hollande est le nouveau président élu des Français. Comment s'est déroulée la journée électorale ? Quel est le programme du prochain président ? Qu'est-ce qui va changer en France ? Et en Europe ?

Bertrand Henne et ses invités sont à Paris pour tenter de répondre à toutes ces questions, et à d'autres encore. Posez les vôtres au 070/22.37.37, via Twitter (#matin1), Facebook ou encore en utilisant le formulaire ci-après.

En direct bureaux Délégation Wallonie-Bruxelles. INVITES: Jean François Kahn Fondateur Hebdomadaire Mariane et Jose Alain Frelon, ancien Correspondant du Monde à Bruxelles JOURNALISTE: Bertrand Henne Invité 7-9 G.Lauwerijs : - Et on va retrouver Bertrand Henne dans les bureaux de la Délégation Wallonie-Bruxelles avec de nouveaux invités, Bertrand. BH : - Deux invités et vous vous souvenez peut-être qu'ils étaient déjà nos invités au premier tour, Jean-François Kahn, ancien Journaliste notamment fondateur de l'Hebdomadaire Mariane et José Alain Fralon qui a été Correspondant du Monde à Bruxelles. Avec eux, on va revenir sur ces résultats de hier soir et d'abord sur cette ambiance notamment Place de la Bastille, Jean François Kahn, je pense que vous avez été voir ce qui se passait là-bas, les slogans, on a beaucoup entendu, c'est "Sarkozy, c'est fini", ça veut dire que le vote d'hier soir, c'est d'abord même à gauche plutôt un vote-sanction contre Nicolas Sarkozy plutôt qu'un vote d'adhésion au projet Socialiste ? JFK : - Ah oui, il y avait des allusions à Sarkozy sur le thème "c'est fini", bon débarras, enfin tout ce qui, il y avait très peu d'allusions à Hollande, c'était clair que le côté anti Sarkozy, c'est ça qui a mobilisé. Il y avait d'ailleurs dans cette foule qui est une foule très très jeune et en particulier des jeunes de banlieues, il y avait un côté libération mais libération, c'est-à-dire on est content qu'on a été débarrassé mais il n'y avait pas d'adhésion à quoi que soit, très forte. J'ai assisté à une scène parce que comme j'étais ici, j'ai remonté le bd St Germain où il y avait ce déferlement de jeunes allant vers la Bastille et c'était très impressionnant parce que vous aviez tous ces jeunes dont des jeunes des quartiers populaires, des jeunes de banlieue et qui remontaient le faubourg St Germain, qui est quand même un faubourg très à droite, si vous voulez de la grande bourgeoisie et toutes les fenêtres étaient fermées. Les gens n'ouvraient même pas pour voir et là, l'image de la France coupée en deux, d'une jeunesse enthousiaste qui se libérait et en revanche d'une bourgeoisie derrière ses fenêtres qui ne voulait même pas ouvrir la fenêtre et voir ça, c'était quand même, on voyait, cette fracture était impressionnante. BH : - Même si pour la première fois, je voyais que Paris a voté à gauche en 81 pour François Mitterrand, oui ? JFK : - Pari, pari-là où j'habite, c'était incroyable du genre 70% mais le pari populaire mais le parti bourgeois a voté très massivement mais d'ailleurs d'une façon générale, d'un côté, on a St Denis qui a dû voter Hollande à 70% et Neuilly qui a voté à, BH : - A 84% , je pense, pour Sarkozy, j'ai vu les scores, 84%, plus 84%, on n'a jamais vu ça et Neuilly ou Nice qui ont voté Sarkozy massivement, donc, tous les pauvres n'ont pas voté Hollande, c'est d'ailleurs pour ça que il n'a pas fait un score énorme mais en revanche tous les riches ont vraiment voté Sarkozy. BH : - José Alain Fralon, je le disais, vous avez été correspondant du Monde à Bruxelles, la victoire de hier de François Hollande, c'est d'abord le vote-sanction anti Sarkozy ou est-ce qu'il peut quand même espérer qu'il y a de l'adhésion derrière son projet ou est-ce que ça va peser sur ses premiers actes en tant que futur Président de la République, il devra tenir compte que c'est d'abord un rejet de l'ancien Président ? JAF : - J'aimerais être comme Jean François Kahn et penser que 50% des Français sont riches, malheureusement, ce n'est pas le cas, oui, c'était un rejet de Nicolas Sarkozy, moi, c'est plutôt 4 discours qui m'ont frappé dans la soirée d'hier, les 2 discours. Il y avait le discours de Tulle, classique, un peu ennuyeux, Premier secrétaire du PS qui veut rassurer et le discours de la Bastille un peu plus lâché en laissant des choses quand même sur l'austérité, c'était assez, pas dangereux, mais il s'est engagé en disant, c'est la lutte contre l'austérité, bon, on peut avoir la relance et l'austérité. Un autre discours, Sarkozy, très étonnant, presque libéré, calme, il a toujours dit, je ferai le Président, je ne serai pas le Président et je crois, je me trompe peut-être qu'il n'y aura pas le traumatisme qu'a subi par exemple un Giscard quand il était battu, il va passer à autre chose, il était plutôt calme. Le discours de François Fillon, moi, j'ai trouvé ça assez fort, le discours de François Fillon qui a pris date et qui a dit maintenant, Premier ministre, je vous engage dans la majorité et qui a rappelé, qui a rappelé, moi, je viens de la famille Humaniste, n'oublions pas que .. ca, c'est 4 moments m'ont marqué, maintenant Hollande, bon, ça commence, j'ai appelé des amis en Allemagne, qu'est-ce qui va se passer ? Le SPD sans doute va entrer dans une grande coalition avec, BH : - Les Socialistes allemands, oui. JAF : - Donc sur la croissance, le pacte de croissance, il obtiendra, il obtiendra, JFK : - Ils l'ont dit déjà hier. JAF : - Bon ça va, ça va être fait mais il ne faut pas qu'il lâche sur l'austérité, je crois que voilà, Sarkozy avait, disons chacun son péché originel, péché originel de Sarkozy, c'était quoi, c'était bouclier fiscal, ça a été .. le péché originel de Hollande, c'est quand même les 60.000 fonctionnaires, je crois que ça, il va le porter, il va devoir le faire, ça va être dur, BH : - On va revenir à Jean François Kahn, juste une petite nouvelle puisque vous parliez hier de notamment de la recomposition à droite avec les premiers discours de François Fillon, c'est lemonde.fr qui annonce ce matin que Nicolas Sarkozy aurait dit à plusieurs de ses conseillers qu'il arrêtait la politique, hier soir, mais dans ses discours, ce n'est pas ce qu'il a laissé entendre, c'est plutôt flou, mais manifestement à ses conseillers, il a été plus clair avec eux, Jean François Kahn, là-dessus et puis alors sur le score, on va revenir sur le score, 51,6%, ce n'est pas une énorme victoire non plus ? JFK : - Je crois, c'était évident que hier, on avait des dizaines de milliers de jeunes qui fêtaient, je comprends qu'ils fêtent la victoire évidemment, en fait, il n'y avait pas grand-chose à fêter, parce que, oui, Sarkozy a été battu, ça, c'est clair, c'est net, une majorité qui ne voulait pas de Sarkozy mais la gauche n'a pas gagné, c'est évident, il faut quand même à un moment dire les choses telles qu'elles sont, la gauche n'a pas gagné, non seulement 51,7% mais 6% de votes nuls. BH : - Ca, c'est un score important, oui. JFK : - C'est un score, c'est historique, une grande partie, c'était des Le Pénistes qui ont obéi à la consigne de leur patrone, ils auraient voté quoi, si elle leur avait dit de voter Sarkozy et du coup, il aurait été battu, si vous ajoutez à ça les 1 ou 2% que Bayrou a fait basculer du côté de Hollande, la gauche n'a pas gagné et si elle croit qu'elle a gagné, si elle s'illusionne en s'imaginant qu'elle a gagné, alors elle va vers de grandes déconvenues. Non seulement la gauche n'a pas gagné mais 48% , s'il s'agit d'un référendum pour ou contre Sarkozy, c'est terrible, il est battu mais en revanche, .. c'est-à-dire, c'est pas la droite de Pompidou, c'est pas la droite de Giscard, sur le discours, je parle du discours d'entre deux tours, où contrairement à ce qu'on a cru, la droitisation extrême a fait remonter la cote de Sarkozy, voilà, il faut le voir comme c'est. Eh bien, 48% sur un discours qui est tellement musclé, dur, rude, où on a dit, il faut remettre des frontières partout, il faut remettre des barrières partout, c'est un score absolument énorme pour une droite à ce point durcie dans ses convictions. BH : - Oui, José Alain Fralon, ce score de Nicolas Sarkozy, un peu plus de 48%, les sondages avaient plutôt annoncé du 54, 56, parfois même pour François Hollande, est-ce que ça veut dire que le rapport de force, même si François Hollande rapporte la victoire, évidemment, mais est quand même plus à droite qu'à gauche ce matin en France et doit tenir compte de ça ? JAF : - Oui, en gros, la France, c'est un peu plus à droite qu'à gauche, quand on voit les sondages, les études des sociologues. Moi, je pense, je l'ai dit il y a 15 jours, je pense qu'il a manqué à Sarkozy, les 2, 3% de la France de droite classique, austère, qui ont dit, on ne ne veut pas voter pour lui mais c'est vrai que, entre le premier et le deuxième tour, la droitisation a ramené des électeurs du Front National vers Sarkozy. Ca va être un peu différent sur les législatives. JFK : - Surtout sur le thème anti-islam et anti-immigrés. JAF : - Mais ça sera différent dans les législatives parce que là, ça sera dans les circonscriptions et là, on va voir ce que va faire, le discours de Fillon était intéressant, je trouve, en prenant date, Coppé va plutôt droitiser le parti mais je pense que les législatives, bon, la gauche va les gagner mais à droite, ça va être assez intéressant. BH : - Ca va être la recomposition, oui ? JAF : - Parce que les élections présidentielles pour les Le Pen, je veux dire, pour la famille Le Pen, c'est pain béni, c'est un homme, une femme par rapport à tout le monde, pour les législatives, c'est la circonscription, le Front National n'est pas encore assez établi mais ça va être intéressant. Mais je crois que c'est vrai que et c'est pour ça que la gauche, tous ces gens qui étaient à la Bastille, bon, ils étaient contents, Sarko est parti mais dès qu'on leur disait, il y a un sondage qui était, je crois hier, qui est assez intéressant, qui disait que même en cas de victoire de Sarkozy, pensez-vous que la situation va s'améliorer en France, non. En cas de victoire de Hollande, pensez-vous que la situation va s'améliorer en France, non, c'est intéressant, c'est-à-dire que bon, JFK : - Réaliste. JAF : - Lucide. BH : - Ca tranche avec Mai 81, avec le changer la vie de François Mitterrand. JAF : - Ca n'a rien à voir. JFK : - Ca n'a rien à voir. BH : - Oui ? JFK : - D'ailleurs, vous avez vu les sondages de projection pour des législatives, eh bien, sondages par exemple pour les législatives, la droite est un peu légèrement majoritaire mais elle va perdre parce que le Front National va la faire perdre ! BH : - J'aimerais avoir votre avis, il nous reste quelques minutes sur les conséquences, on l'avait déjà évoqué notamment avec vous, José Alain Fralon, sur la Zone Euro et sur la crise de la Zone Euro. L'Euro est en baisse face au Dollar. Il y a eu des élections en Grèce qui rendent la situation politique très incertaine avec des coalitions qui seront très difficiles à former, avec une gauche radicale qui a fort monté, des partis néo-nazis qui sont entrés dans le Parlement grec, est-ce que la situation en France, l'élection de François Hollande, ça peut, je veux dire, replonger l'Europe dans une crise de confiance où les marchés n'auraient plus confiance dans les politiques qui sont menées ? JAF : - Moi, je ne crois pas, je ne crois pas, je crois que les marchés et l'Europe, aiment bien la Sociale démocratie finalement, je crois que là non, la Grèce, c'est beaucoup plus, ce qui s'est passé, attendez, un parti néo-nazi quand même, ouvertement néo-nazi, qui fait 7, 8, 9% dans un pays européen et théoriquement berceau de la démocratie mais enfin quand même, c'est pas rien, qui s'annoncent comme néo-nazis, ils ne vont pas dans le détail, c'est important, cette montée de l'extrême droite partout dans toutes les élections, chaque fois, dans les pays, c'est pas forcément la pauvreté parce qu'en Belgique, on l'a vu avec le Vlaams Block, il y a des régions riches, il y a quand même droite qui monte, au Danemark, en Hollande, enfin aux Pays Bas, donc voilà. Je crois que sur l'Europe, bon, ça y est, Merkel et Sociaux-Démocrates allemands et Hollande, tout ça, ça va fonctionner. Je ne crois pas. Les marchés, eh bien les marchés, il y aura peut-être une petite baisse, BH : - Jean François Kahn. JFK : - Et l'Espagne, la situation économique, plus le Portugal, si l'Espagne entraîne une aggravation de la crise, là, du coup, les marchés peuvent en effet connaître une zone de turbulences, la droite dira que c'est à cause de l'élection de Hollande, mais en vérité, non, ça pas. BH : - On se souvient qu'en mai 81, après l'élection de François Mitterrand, quand même, la situation économique française s'était dégradée, il y avait une sanction des Bourses, dans les jours qui avaient suivi, ça avait été très difficile, est-ce que ça risque de se passer. On a annoncé notamment qu'il allait y avoir beaucoup de plans sociaux après l'élection présidentielle, etc ? JFK : - On n'a pas assez remarqué une chose, c'est que quand Hollande a fait son discours du Bourget en disant, mon ennemi, c'est la finance, à ce moment-là les sondages le mettant gagnant beaucoup plus nettement qu'il n'a gagné. La finance n'a pas réagi, la Bourse a monté, BH : - Les marchés ont déjà anticipé la victoire quelque part, oui ? JFK : - Les marchés sont restés calmes et même les 75% d'impôts, la réaction est de dire, il ne le fera pas. Donc là, il y a objectivement, il n'y a eu aucune panique, c'est la Sociale démocratie et ils sont habitués, d'abord, ils sont habitués à ce qu'elle ne fasse pas ce qu'elle dit. BH : - José Alain Fralon ? JFK : - N'oublions pas en 81, c'était les nationalisations, c'était quand même, c'était un grand changement et les Communistes, les Communistes, ça fait peur. Ce qui en revanche, est très préoccupant, est très préoccupant, c'est que pour une, on l'a vu, vous allez le voir dans les jours qui viennent, c'est que pour toute une droite française et un électorat de droite française, aujourd'hui, la Sociale démocratie molle leur fait peur comme si c'était des Bolcheviks. C'est là qu'on voit l'ampleur de la droitisation. BH : - Peut-être très rapidement, cinq secondes chacun, le futur Premier ministre selon vous, ça sera qui ? José Alain Frelon ? JAF : - On dit que ça sera Ayrault et ce qui est assez drôle, c'est que, BH : - Jean Marc Ayrault, oui. JAF : - Et ce qui est assez drôle, c'est que ça sera la première fois où le Président de la République et le Premier ministre, n'ont jamais été Ministre, ni l'un ni l'autre. BH : - Oui, ça, ça sera intéressant et vous, Jean François, quel est votre pronostic pour le Premier ministre ? JFK : - Je pense que ça sera Ayrault et je pense que ça sera Ayrault, ce que j'aimerais bien surtout parce que il faut, il va falloir là, mais vous n'imaginez pas l'importance de ça, BH : - Rapidement, oui ? JFK : - Que la gauche revoit sa façon d'aborder le problème de l'immigration et de l'insécurité, là aujourd'hui, c'est vital. Or, c'est pour ça que j'aimerais bien que Valls soit Ministre de l'Intérieur, un des rares qui est réaliste sur ce sujet. BH : - Oui, le Maire d'Ivry. Eh bien, écoutez, on vous retrouvera tous les deux à 8:35 heures pour Questions Publiques.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK