Embouteillages : le serpent qui se mord la queue… et qui vous rend fou

Embouteillages : c'est le serpent qui se mord la queue
Embouteillages : c'est le serpent qui se mord la queue - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Chaque jour, les points infos routières annoncent des embouteillages. Chaque jour des milliers de Belges prennent le volant… et se retrouvent systématiquement coincés. Chaque jour, vous vous énervez peut-être dans votre auto. Les embouteillages, ce fléau. Plongée dans les files qui vous rendent dingues.

Commençons par quelques chiffres. Les embouteillages, c’est :

  • Une perte de près de 8 milliards d’euros par an, rien que pour la Belgique. Certains avancent pour la France 600 euros par seconde.
  • Bruxelles est la 11e ville du monde au classement des embouteillages.
  • 200.000 voitures vont vers Bruxelles chaque jour… Et Combien de temps de vie perdu, de temps d’amour en moins, d’enfants sans parents, de stress et de frustration.

Bienvenue au royaume où le serpent qui se mord la queue est Roi !

Ces chiffres sont connus, par contre les causes de la congestion le sont moins. 50 ans que l’on se pose la question "pourquoi quand on met plein de voitures sur une route, il y a plein de voitures sur la route ?" Archétype même de "la question qui contient la réponse" mais qui n’a pourtant pas modifié les paradigmes de l’action publique, privée ou individuelle. Et il a fallu attendre les modélisations informatiques, pour découvrir en gros que plus il y a de voitures, plus il y a de soucis, et plus il y a de soucis, plus il y a de voitures. Le problème de la congestion serait en fait… La congestion.


Il y a embouteillage et embouteillage

Ce que ces modélisations informatiques nous apprennent, c’est qu’il y a bien plusieurs types d’embouteillages.

L’entreprise Coyote, que les Belges connaissent bien, (car son petit boîtier à succès permet à nombre de nos concitoyens de continuer à se comporter comme des sales gosses qui ne respectent les limites que quand il y a un contrôle) a produit des analyses très fouillées sur les causes de nos embouteillages.

  • L’embouteillage mécanique : à cause d’accident, de travaux. Notons que plus les routes sont empruntées et plus le nombre de voitures augmente, plus le nombre d’accidents et de travaux augmentent.
  • L’embouteillage de curiosité : celui créé par des microralentissements dus à des automobilistes curieux de voir un truc, qui un accident, qui un avion, qui une biche dans un pré.
  • L’embouteillage par saturation : lui est tout simplement le résultat d’une surcharge structurelle.
  • L’embouteillage fantôme : c’est un peu le proverbe les "petits ruisseaux font les grandes rivières"… Et puis de grosses inondations. En fait, les embouteillages fantômes sont la conséquence des comportements individuels tels que les changements de files, ceux qui forcent leurs entrées sur autoroute et la vitesse excessive.

Il suffirait d’augmenter la vitesse de circulation, le nombre de routes et le tour est joué ? Que nenni. Les études pratiques montrent qu’à partir 1500 voitures par heure, roulant à 70 km/h, une bande de circulation atteint déjà son point de saturation.

Vous le voyez le serpent ?

A quand le changement ?

C’est dur d’accepter sa fragilité, c’est une évidence. Paradoxalement, la voiture évoque un sentiment de surpuissance alors qu’un camion sur le flan fait flancher la Belgique et qu’une brise et quelques flocons provoquent l’alerte rouge.
Conclusion : être en voiture collectivement c’est être en de nombreux points, plus fragiles et dépendants qu’en prenant le train.

Et puis il y a ce "sentiment de liberté" souvent mentionné par les automobilistes… Or l’embouteillage c’est la réalité qui dit "non" à une forme et une partie de l’humanité qui n’est pas parvenue durant l’enfance à dépasser le stade psychologique de la "toute puissance". Pourtant c’est prouvé : réduire la vitesse de circulation réduit mécaniquement les bouchons, les accidents et la pollution. Mais réduire c’est "limiter" et les adultes (champions pour donner la leçon aux enfants) ont horreur des limites.

Certes, les voitures autonomes seront collectivement plus intelligentes que nous. Mais accepterons-nous de leur obéir ? Rien n’est moins sûr.

Dans nos entreprises, un peu de Skype, beaucoup de Slack, du télétravail, et des espaces de coworking de proximité, ce serait déjà bien ! Du point de vue plus général, plus politique, d’aucuns diront il faut construire plus de routes, d’autres renforcer l’offre de transports en commun.

 

Nul besoin d’une intelligence artificielle hyper avancée pour trouver des solutions

Connectons trois GAME BOY et faisons tourner des algorithmes capables de répondre à la question suivante : Quelle serait la solution la plus rationnelle et efficace pour faire venir 200.000 unités périphériques vers un seul centre et en additionnant les contraintes et les coûts suivants : routes, carburant, distances, accidents, entretiens, retards, bouchons, pollution etc. Quelques petites heure de calculs et forte chance qu’ils nous proposeraient… D’inventer le train !

Alors, si on est parvenu à aller sur la Lune avec des processeurs pas plus puissants que nos calculatrices actuelles, pourquoi ne pas laisser à quelques GAME BOY, le soin de gérer plus rationnellement la mobilité de nos sociétés que ce que nos petites têtes et nos énormes nombrils ne parviennent à esquisser ?
 

(Ré) écoutez "l’œil de" Olivier Marchal en intégralité :

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