Edito : les grandes vérités de la crise grecque

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Anne Blanpain signe ce jeudi l'édito européen de Matin Première.

"Si ma tante avait de la moustache on l'appelerait mon oncle" ... si la Grèce allait bien elle n'aurait pas de problèmes ou mieux encore, s'il n'y avait pas la crise de la dette, la zone euro ne serait pas en pleine crise".

Autant d'affirmations qui au bout de 18 mois de crise grecque finissent par fatiguer. Ok la Grèce a déliré avec ses chiffres du budget, ok, elle ne méritait pas en l'état de l'époque d'entrer dans la zone euro, ok, elle peine à mettre en place des camions et des camions de réforme dont certaines sont incompatibles: il faut dégager un surplus budgétaire pour rembourser sa dette et relancer la croissance mais en coupant dans les salaires, les pensions, les allocations, on tue la consommation et donc on tue la grèce qui ne pourra jamais présenter un budget en excédent.

Mais mardi matin, au terme d'une nuit de négociations comme la zone euro semble les aimer, les européens en étaient toujours à nous dire "c'est un bon accord, qui va permettre aux grecs de sortir du trou". Depuis 2010, je ne sais pas combien de fois on a entendu cela. Et depuis 2010, on a l'impression que les européens en sont toujours là: être positif quoiqu'il arrive sous prétexte qu'il ne faut pas inquiéter les marchés.

Et pourtant, Anne, on voit la grèce bénéficier d'un plan sans précédent

L'idée c'est de réduire la dette grecque, qu'elle passe de 165% du PIB aujourd'hui à 120% en 2020, elle sera alors supportable et disent les européens, elle ne pèsera pas de manière démesurée sur les finances grecques. Mais dans un rapport d'experts européens et du FMI, on trouve une liste affolante de "si". On atteindra cette dette supportable si la grèce renforce ses réformes structurelles, le pays est à genoux mais on peut encore faire plus donc. Si la croissance se rétablit, dans un pays qui ne tourne plus, on voit mal comment ça arrivera. Si le budget grec toujours en déficit se rétablit et dégage 2,5% de bénéfices si l'on peut dire, vu ce qui se passe en grèce, on a du mal à y croire. Si les privatisations rapportent autour de 40 milliards d'euros, et c'est mal parti, les premières privatisations rapportent moins que prévu. Si tous ces Si ne sont rencontrés, la dette grecque pourrait en 2020 tourner autour de 160% des richesses, bref on reviendrait à la case départ d'aujourd'hui malgré les 110 milliards d'euros décidés en 2010, malgré les 130 milliards décidés lundi, malgré les 107 milliards d'abandon de dette par les banques et créanciers privés. On pourrait ajouter si les grecs apprennent à moins manger, si les grecs acceptent de vivre très longtemps sous le seuil de pauvreté, et si neptune croise mercure dans le 3ème décan de la lune du 1er mois tant ces Si semblent loin de la réalité.

Depuis 2010, la Grèce aura donc bénéficié de 347 milliards d'euros d'aides sans que sa situation s'améliore, 347 milliards c'est à peu de choses près le montant de la dette grecque. Personne ne sait ce qui pourra sauver la Grèce mais ce qui est sûr c'est que la manière de procéder des européens depuis 2010 n'est pas un succès et qu'en 2020, la grèce pourrait se retrouver dans le même état qu'aujourd'hui .. si la population grecque tient jusque là.