Edgar P. Jacobs, l'un des pères de la bande dessinée moderne

Edgar P. Jacobs
Edgar P. Jacobs - © Tous droits réservés

Le dessinateur de BD Edgar P. Jacobs n'a laissé derrière lui que 9 créations majeures, 9 chefs d'oeuvre aboutis et signés de sa main : tout d'abord un récit unique, 'Le Rayon U', suivi de 8 épisodes de la série Blake et Mortimer. Une traversée du 20e siècle en compagnie de cet auteur atypique de la bande dessinée, par la voie des archives sonores.

Une réalisation en deux épisodes, par Eric Loze,
avec les archives de la Sonuma

 

Edgar P. Jacobs a ceci de commun avec le réalisateur italien Sergio Leone, qu'il n’a laissé derrière lui que 9 créations majeures, 9 chefs d’œuvres aboutis et signés de sa main : tout d’abord un récit unique, ‘Le Rayon U’, suivi de 8 épisodes de la série 'Blake et Mortimer'

Depuis la disparition de cet auteur majeur/phare de la bande dessinée, en 1987, de grands noms se sont succédés aux commandes des aventures de Blake et Mortimer : Bob De Moor, Ted Benoît et André Juillard entre autres au dessin ; au scénario, Jean Van Hamme, Yves Sente ou encore Jean Dufaux

La sortie en librairie d'un nouvel opus de cette série mythique du 9e art, ‘Le Dernier Pharaon’sous le crayon cette fois de François Schuiten et la plume de Thomas Gunzig et Jaco Vandormael, est l'occasion d'une traversée du 20e siècle en compagnie d’Edgar P. Jacobs. Il jette un regard mi-amusé mi-nostalgique sur cette vie artistique qui fut la sienne : riche, inattendue et mouvementée.

1er épisode

Après une enfance très stricte, Edgar P. Jacobs est inscrit à l’école n°1 de la rue des Sols, dans le centre de Bruxelles. On y forme des employés de bureau. Mais la perspective de passer sa vie à faire des écritures ne l'enchante guère.

Au détour d’un cours d’histoire donné par un professeur passionné, il a une révélation… Il y aura donc le dessin d’un côté et la musique de l’autre, car il apprécie la musique sous toutes ses formes, et l'opéra en particulier, depuis son plus jeune âge. 

Au début des années 20, Edgar sort de l’Académie des Beaux-Arts. Après les années de bohème, vient l’époque des vaches maigres. Avec le dessin et l’illustration, Edgar ne gagne pas suffisamment sa vie. Il tire le diable par la queue et enchaîne les petits boulots alimentaires.

Il décroche un poste de figurant au Théâtre de la Monnaie, puis fait de la figuration et joue la comédie dans un théâtre populaire aujourd’hui disparu : l’Alhambra.

À la fin des années 20, il s’inscrit au Conservatoire de Bruxelles, dans la section chant. Il enchaîne tant bien que mal les nombreux jobs alimentaires dans l’illustration et la figuration avec l’apprentissage de l’art lyrique.

En 1940, la guerre éclate, il est mobilisé. Il revient en Belgique au mois d’août. Il peine à décrocher quelques contrats : les places sont chères et il joue de malchance. Il se voit dès lors contraint et forcé de reprendre la plume… et le dessin.

2e épisode

Sur les conseils de son ami Jacques Laudy, Edgar P. Jacobs trouve du travail au journal Bravo, un périodique destiné à la jeunesse. Jacobs y réalise de nombreuses illustrations, puis reprend au débotté, presque du jour au lendemain, les aventures de Flash Gordon dessinées à l’origine par l’américain Alex Raymond.

Cette reprise de Flash Gordon par Jacobs tourne court. Flash Gordon ne peut plus paraître dans Bravo car il s’agit d’une BD américaine. Ainsi en a décidé la censure allemande. Bravo demande donc à Jacobs de créer de but en blanc un nouveau récit de science-fiction. Dans l’urgence, Jacobs imagine alors son premier récit de BD : 'Le Rayon U'.

C'est un succès. Jacobs y travaille avec le soin et la précision qui feront sa légende. Un soir de 1942, Edgar rencontre Hergé, par l’intermédiaire de son ami Jacques Van Melkebeke. L’entente entre les deux hommes est immédiate.

Le 26 septembre 1946, les éditions du Lombard lancent le premier journal Tintin, le journal des jeunes de 7 à 77 ans. A côté d’Hergé, qui publie bien entendu les aventures de Tintin, il y a trois dessinateurs : Edgar P. Jacobs, Jacques Laudy et Paul Cuvelier, chargés d’animer les pages du magazine, avec comme rédacteur en chef, Jacques Van Melkebeke…

En 1946, Jacobs est désormais maître de son destin : il conduit sa propre série qu’il a créé seul, sans scénariste : Les aventures de Blake et Mortimer, où se mêlent intrigue, fantastique et science-fiction.

La Marque Jaune est sans aucun doute son chef d’œuvre. L’euphorie gagne les lecteurs à tel point que des marques jaunes fleurissent dans toutes les cours de récréation. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir des ennuis avec la censure de l’époque…

Edgar P. Jacobs meurt seul chez lui, à Lasne, le 20 février 1987, à l’âge de 82 ans. Les hommages pleuvent. Son œuvre fait l’objet de multiples études et analyses.

Ce feuilleton, en deux parties, dédié à Edgar P. Jacobs a été réalisé par Eric Loze sur la base d’archives restaurées et numérisées par la SONUMA.

Les interviews d’Edgar P. Jacobs sont extraites des émissions suivantes :

  • Rencontres, de Michèle Cédric
  • Des planches aux planches, de Guy Lejeune,
  • Edgar Pierre Jacobs raconte, de Pierre Pivin
  • Seniorama, de
  • La Marque Jacobs, de Guy Lejeune et Laure Verheye

Les adaptations radiophoniques du Mystères de la Grande Pyramide et de La Marque jaune ont été réalisées par Jean Maurel.

Si vous passez par Paris cet été, faites un détour par le Musée des arts et métiers qui met à l’honneur depuis ce 26 juin 2019 les plus beaux originaux de Jacobs, dans une très belle exposition baptisée Scientifiction, et dont un des commissaires n’est autre que Thierry Bellefroid.

 


 

 

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