Eddy Merckx - "On m'appelait le Cannibale"

Eddy MERCKX remporte le Tour de Flandre, le 30/03/1969. 1969, sa meilleure mais aussi sa pire année.
2 images
Eddy MERCKX remporte le Tour de Flandre, le 30/03/1969. 1969, sa meilleure mais aussi sa pire année. - © Belga

Il y a 50 ans, Eddy Merckx remportait son premier Tour de France, écrivant ainsi les premières lignes d’un palmarès qui le fit entrer dans l’Histoire et lui valut le surnom de 'Cannibale'. Quelle fut réellement la vie d’Eddy Merckx, l’homme aux 525 victoires?

Qui se cache derrière ce champion hors du commun ? Comment est-il devenu ce cycliste hors pair, au palmarès quasiment sans égal, qui lui vaudra d’être considéré comme le plus grand cycliste de l’Histoire ?

Stéphane Thirion est l'auteur de Eddy Merckx, on m’appelait le Cannibale (La Boîte à Pandore). Il a mené une série d’entretiens avec le champion et en livre ici un portrait inédit. Jamais Eddy Merckx, sa famille et ses proches n’étaient allés aussi loin dans les confidences concernant sa vie.

Stéphane Thirion est journaliste au journal Le Soir et il couvre le cyclisme depuis une trentaine d'années. Ce sera cette année son 28e tour de France. C'est Luc Varenne qui lui a fait découvrir Eddy Merckx. Il se créait les images du Tour en écoutant le truculent journaliste à la radio. C'est lui aussi qui lui a donné l'envie de faire du journalisme.

Il s'agit d'une réédition du livre qu'il avait publié en 2006 aux Editions Jourdan : Tout Eddy. Il avait pu rencontrer à l'époque sa maman qui était encore en vie et toute sa famille.

"C'est certainement l'ouvrage le plus intime par rapport à sa vie privée hors du vélo, racontée par les siens et par Eddy qui écrit à la première personne. Ses amis sont entre autres les sportifs de l'époque, qui ont flambé en même temps que lui : Jacky Ickx, Roger de Coster, Paul Van Himst... Ses équipiers et lui sont toujours liés et font toujours du vélo ensemble", dit Stéphane Thirion.


Compétition = jalousie

A l'époque de ses grands succès, Eddy Merckx n'avait pas que des amis, parce qu'il gagnait tout. Le 'merckxisme' a vite lassé la concurrence, qui se liguait contre lui. On a même essayé de l'acheter.

Au Tour de France 71, on l'attaquait de partout parce qu'il avait pris 8 minutes dans une étape. Au point qu'en 1973, il a même renoncé à participer au Tour, tellement l'ambiance était agressive. Dans ses Tours de France successifs, son pire souvenir est une agression subie dans le Puy-de-Dôme en 1975 : il a reçu un coup de poing d'un spectateur dans le foie, l'affaire a été jugée au tribunal.

Eddy Merckx regrette qu'on ne retienne souvent de lui que ses mauvais moments, ses défaites, comme au championnat du monde de Barcelone, alors qu'il a remporté 525 succès.


La folle année 1969

Eddy Merckx évoque cette année 1969, qui a vu sa première victoire au Tour de France, ses succès au Tour de flandre, à Milan/San Remo, comme à la fois la meilleure et la pire de ses années. Pourquoi ?

S'il la voit comme la pire année, c'est parce qu'il a vécu deux événements difficiles cette année-là : l'exclusion à Savone et au Giro, pour dopage. Pour lui, cela a été un premier coup de poing dans la figure. Il prétend avec acharnement qu'il y a eu un complot. On a appelé cela l'affaire ou le complot de Savone.

Après la suspension du Giro, il est devenu un autre coureur : plus orgueilleux, plus fermé aussi, presque plus méchant, par rapport au plaisir qu'il avait auparavant de rouler à vélo.

En septembre de la même année, il tombe sur le vélodrome de Blois, il se blesse gravement au dos, son entraîneur décède. Cette blessure aux vertèbres l'a changé physiquement, il a souffert davantage en montagne.

Par rapport au dopage, il ne cache pas qu'il y a eu des suspicions après la mort de Tom Simpsons au Mont Ventoux, qui entraînera des contrôles anti-dopage systématiques. Il n'a pas l'impression d'avoir triché. Malgré certains contrôles qui ont été douteux, puis qui ont été annulés, Stéphane Thirion ne pense pas qu'il se dopait. "Était-il protégé ? On ne le sait pas, c'est ce qui fait partie du mystère du vélo et qui en fait la popularité".
 

Eddy Merckx, un homme discret et timide 

C'est ainsi que le décrit Jacky Ickx. En tout cas il est très humble, il n'a jamais eu la grosse tête, il a toujours été très accessible et ouvert à son public. 

L'exposition médiatique l'ennuie beaucoup, il n'aime pas s'exprimer devant une caméra ou un micro. Pourtant dans les interviews de sa jeunesse, après 1969, il dégageait une grande aisance devant la caméra. Sans doute a-t-il été lassé de ces rendez-vous avec la presse. 


Une reconversion réussie

La reconversion n'a pas été évidente. Malgré ses 525 victoires, Eddy Merckx n'a pas une énorme rente financière pour assurer ses vieux jours. Il prend le risque considérable de lancer une usine de cycles. Trompé par certains investisseurs qui lui avaient promis monts et merveilles et l'ont laissé tomber ensuite, il a dû y aller de sa poche, pour ouvrir cette usine à Meise. 

Cette usine est une réussite pour lui, peut-être aussi importante que sa carrière sportive. Il a engagé des ouvriers, parmi lesquels ses anciens équipiers. Il est très fier de sa réussite, parce qu'il n'est pas facile pour un sportif de haut niveau de ce reconvertir dans quelque chose de tout à fait différent, dans l'économie, la gestion... Il a tout appris sur le tas.

"Si j'avais fait du cyclisme 10 ou 15 ans plus tard, je n'aurais peut-être pas dû travailler après ma carrière", dit-il. Les salaires dans le vélo ont en effet seulement explosé dans les années 80, au moment de l'arrivée de Bernard Tapie. Ce sport est devenu plus rémunérateur, même s'il reste bien en-dessous des montants qu'on trouve dans le tennis, le football, le golf,...


De père en fils

Le jeune Axel Merckx était bien parti pour faire du foot, raconte Stéphane Thirion. En réalité, il n'osait pas dire à ses parents qu'il avait envie de faire du vélo. Il a un jour mis un petit mot sur le miroir de la salle de bain : "Je veux faire du vélo", ce qui a beaucoup ému Eddy, qui est quelqu'un de très émotif. Axel a fait une très belle carrière, même si son père lui avait dit : "Tu vas en baver".

Suivez ici cet entretien sur Eddy Merckx, qui est par ailleurs l'invité d’honneur de la 106e édition du Tour de France.

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK