Ecrire son "Testament de vie"

Nul n’est à l’abris d’un AVC, d’un accident de la circulation, d'une simple chute qui peut créer des dommages physiques voir mentaux. Il n’est ni agréable ni facile de penser à sa fin de vie. Or, pour rester libre jusqu’au dernier souffle, le meilleur moyen est de s’y confronter et d’anticiper ce déclin d'autonomie face l'existence qui nous attend tous…

 

Songer aux aléas de la vie qui peuvent survenir ou à la perte d’autonomie qu’entraine inéluctablement la vieillesse au quotidien, sont autant de choses désagréables qu’il faut pourtant bien anticiper si l’on souhaite pouvoir les vivre le plus sereinement possible. Grégoire de Wilde, avocat et administrateur judiciaire, et Maître Marc Van Beneden, notaire, expliquent, au micro de Véronique Thyberghien, les rouages du "testament de vie", encore peu connu du grand public; "testament de vie" qui comme son nom l’indique permet à toute personne de définir ses volontés concernant "sa vie" ou "fin de vie" et de les faire respecter, en cas d’"incapacité" personnelle, au travers de la figure d’un "administrateur judiciaire".  

Qu’est-ce qu’un administrateur judiciaire ?

Grégoire de Wilde explique: "C’est une personne désignée par le juge pour remplacer juridiquement la personne qui n’est plus capable de gérer ses biens et même ses questions d’ordre personnel. C’est donc quelqu’un qui se met dans vos chaussures et qui devient vous-même juridiquement. Vous perdez votre pouvoir juridique sur un certain nombre de questions".

Selon la situation familiale de la personne mise sous tutelle judiciaire, l’administrateur désigné pourra être un parfait inconnu ou, au contraire, un proche, un membre de la famille. Lorsqu’un avocat est désigné comme administrateur judiciaire, c’est généralement qu’il existe un conflit familial – qui empêche de choisir un membre de la famille –  ou bien, qu’il n’y a tout simplement pas ou plus de proches dans l’entourage pour occuper cette fonction.

Comment choisir son administrateur judiciaire ?

Il y aujourd’hui la possibilité de réaliser ce qu’on appelle un "mandat extrajudiciaire". Ce mandat permet à toute personne de donner procuration à une autre pour s’occuper d’elle si elle en vient, un jour, à être déclarée, dans son intérêt, comme devenue "incapable" de s’occuper de sa personne et de ses propres biens. Le juge de paix respecte généralement ces mandats, qui permettent d’assigner des proches à cette fonction de gestion, dans la plupart des cas.

Ces mandats extrajudiciaires sont souvent déposés auprès d’un notaire par des personnes âgées. Marc Van Beneden explique à ce sujet: "Souvent il s’agit de personnes âgées et nous en profitons pour discuter de ce qu’il va se passer après son décès ; ou de ce qui va se passer s’il devait y avoir une maladie grave …etc. On les conseille, on leur remet des documents. C’est un aspect nouveau de notre métier de notaire qui est apparu avec ce mandat extrajudiciaire." En d’autres termes, ces mandats extrajudiciaires rédigés et déposés devant notaire sont donc l’occasion d’établir plus largement ce qu’on appelle un "testament de vie".

Testament de vie et Testament, 2 choses à ne pas confondre…

La terminologie "testament de vie" est ambiguë dans la mesure où contrairement au "testament", il s’agit d’une démarche qui ne vise pas à régler ce qui se passe après le décès de la personne, mais bien avant et dans le cas où cette dernière ne serait, et cela reste hypothétique, plus en mesure de le décider elle-même. Le testament de vie permet ainsi à toute personne de préciser l’environnement dans lequel elle souhaite vivre, selon quelles valeurs, de se positionner face à aux questions patrimoniales ou de santé, etc. Il est donc possible, aujourd’hui, de prévoir un certain nombre de choses, sur le plan juridique.

Comment rédiger son testament de vie ?

Grégoire de Wilde conseille vivement, dans la mesure du possible, que la personne établissant un testament de vie, le fasse en partenariat avec la personne qu’elle mandate. Ainsi, il explique: "Quand je suis désigné comme mandataire par le juge, je débarque dans des familles où je ne connais personne: je ne connais pas leur religion, leurs valeurs, leurs habitudes de vie. Je débarque un peu violemment forcément et je n’ai plus d’interlocuteur valable, c’est-à-dire "capable" de communiquer. J’ai peut-être parfois des enfants qui, étonnamment, ne sont pas au courant des volontés de leurs parents, et donc je dois arbitrer. C’est ce sentiment de malaise que j’ai qui m’a poussé à vouloir aider les familles à se préparer avant!"

Dans l’élaboration de ces mandats extrajudiciaires, sont ainsi prévues toute une série des questions permettant à la personne concernée et à son mandataire de réfléchir ensemble aux positions et dispositions à adopter face à certaines situations problématiques. On retrouve par exemple des questions comme: "Que souhaitez-vous comme enterrement?" ou bien "En cas d’incapacité, préférez-vous recevoir des soins et un accompagnement en maison de retraite ou chez vous?" ou encore "Vos enfants ont-ils le droit de vendre votre maison en cas de nécessité financière pour subvenir à vos besoins?".

Mais attardons-nous sur cette question du logement, de l’appartement ou de la maison dans laquelle y ayant passé notre vie, nous souhaitons, pour la plupart, demeurer jusqu’à notre dernier souffle ; et ce en dépit d’une incapacité et d’une perte d’autonomie personnelle majeure. C’est un choix affectif très compréhensible mais qui entraîne cependant des coûts dont nous n’avons pas toujours conscience. Pour illustrer ce phénomène, Grégoire de Wilde, donne l’exemple d’une conversation qu’il eut un jour avec l’un de ses clients: "Un jour j’ai quelqu’un de 76 ans, en forme, qui est venu me consulter m’expliquant:

- Je veux préparer la succession de mes enfants.

- Très bien, on va la préparer. Mais vous allez donner quoi ?

- Voilà tout ce que j’ai…

- C’est ce que vous avez aujourd’hui, mais votre espérance de vie elle est de 20 ou 25 ans, avec 1/3 qui sera dans une dépendance assez complète à la maison, avec quelqu’un matin, midi et soir, en permanence. Ça coûte combien?

On se rend compte qu’en fait, on n’a pas la même chose à donner en fin de vie qu’aujourd’hui! C’est vraiment une prise de conscience que les gens n’ont pas beaucoup."

Il est donc important de parvenir à se projeter dans l’avenir pour alors pouvoir ouvrir des portes et se dire, par exemple, que "oui, j’ai envie de rester dans ma maison, mais peut-être pas si je suis alité pendant 10 ans. En revanche, acheter un appartement pour ces années-là, ça, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée…"

Comprendre la limite juridique du "je veux…"

Le testament de vie permet donc de se demander ce que l’on veut. Il permet par exemple de dire "En cas d’accident, je préférais que les choses se passent de telle manière ou de telle autre". Pourtant, à ce "je veux…" il existe une limite juridique, une limite parfois difficile à comprendre …

Car en effet, ce que l’on veut, ce que l’on souhaite à un moment donné de sa vie est toujours lié et limité par toute une série de contraintes objectives - comme le patrimoine dont on dispose – mais aussi subjectives – comme des peurs ou des craintes personnelles.  

Ainsi, plutôt que de se poser la question de ce que l’on souhaite, Grégoire de Wilde propose de s’interroger sur "ce que l’on voudrait qu’il se passe…". C’est à notre projet de vie sur le long terme, de nos 60 à nos 95 ans, que nous devons nous interroger très concrètement. Il faut commencer à définir ce projet en termes de valeurs, - en disant par exemple: "Je veux de l’indépendance; je veux du confort, de la sécurité financière et médicale; je veux être entouré par mes proches, etc." - sans parler de choses limitées – comme dire: "je souhaite rester coûte que coûte dans ma maison jusqu’à la fin de ma vie!". Marc Van Beneden rajoute à ce sujet: "J’ai beaucoup de mes clients qui sont étonnés d’être encore en vie. Dans leur programme ils n’avaient jamais imaginé qu’ils allaient rester en vie à 85 ans et de plus en plus. Donc il faut prévoir ce moment-là aussi."

 

Choisir un mandataire parmi ses proches pour occuper cette fonction de gestionnaire de personne et de biens n’est pas une chose aisée à faire. C’est une démarche autour de laquelle peuvent se nouer de douloureux conflits familiaux, si les membres de la famille ne sont pas capables d’échanger posément et paisiblement autour de ces questions - d’où parfois la volonté de certaines personnes de choisir un mandataire indépendant à la famille.

Par ailleurs, une fois le mandataire choisi, l’élaboration du testament de vie n’est pas non plus, comme nous l’avons déjà souligné, une chose émotionnellement simple à faire. Et là encore la communication en famille ou avec la personne proche que l’on choisit pour nous représenter est un outil clé. Or, on le sait, parler d’argent et de fin de vie, peuvent être encore pour certains de vrais tabous qu’il faut pourtant apprendre à dépasser.

 

 

Pour en savoir plus sur les rouages du testament de vie - comme le coût d’un administrateur indépendant, le déroulement habituel d’une procédure de "déclaration d’incapacité" ou encore pour connaitre la différence entre un "administrateur de biens et de personne" et "une personne de confiance" - cliquez sur le podcast de l’émission, juste ici:

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