Duels de campagne : Laurette Onkelinx - Didier Gosuin

Ce mercredi, il reçoit Laurette Onkelinx (PS) et Didier Gosuin (FDF).

@BertrandHenne

 

Retranscription de l'entretien:

BH : - Laurette Onkelinx, l’actualité d’abord, le gouvernement qui s’est mis d’accord sur cette liste d’articles de la constitution soumis à révision, une liste qui ne reprend pas le fameux article 195 mais qui fixe la procédure pour changer la constitution, est-ce que ça veut dire que pour la prochaine législature les francophones sont protégés, immunisés d’une nouvelle grande réforme de l’Etat ?

LO : - Non, je pense que nous avons bien fait de proposer une liste réduite d’articles de la constitution que le prochain Parlement pourrait réviser. C’est une première étape mais malheureusement la constitution ne protège pas la sécurité sociale et donc sans réforme de la constitution, effectivement, des forces qui veulent la scission du pays pourraient commencer par attaquer la sécurité sociale, attaquer le bien-être de la Belgique donc il va falloir être très forts pour résister à cela, résister à la volonté de la N-VA mais aussi d’autres composantes de droite qui verraient bien une diminution de l’importance de la sécurité sociale donc voilà pourquoi effectivement le PS devra être fort et sur ses gardes pour maintenir la sécurité sociale.

BH : - Didier Gosuin, pour le FDF, le fait que Laurette Onkelinx reconnaisse que cette déclaration de révision de la constitution, que certains jugent assez light, assez légère finalement, ne protège pas contre une nouvelle réforme de l’Etat, vous ne pouvez qu’être d’accord ?

DG : - Oui mais vous savez, ça fait à peu près 20 ans, 30 ans que l’on dit qu’on va d’apaisement en apaisement. On sait aujourd’hui et demain que la N-VA, avec le CD&V, il ne faudra pas avoir de doute à cet égard, remettra sur la table un certain nombre d’exigences. Madame Onkelinx l’a dit, cette sixième réforme a déjà scindé partiellement la sécurité sociale, 15% sont scindés puisque tout le volet des allocations familiales, qui est un des piliers de la sécurité sociale, est aujourd’hui régionalisé alors évidemment que la tendance centrifuge va s’accélérer avec la N-VA et avec le poids des autres partis donc penser un peu naïvement, et je reconnais que Madame Onkelinx a raison de le dire, qu’on est à l’abri et qu’à la prochaine législature on ne parlera plus d’institutionnel, c’est évidemment faux. On connait l’agenda des partis flamands, on connait l’agenda de la N-VA et on connait le poids aujourd’hui de la N-VA donc ce qui est essentiel c’est que les Bruxellois, les francophones, marquent enfin un signal à l’égard des seuls partis, je dois dire le FDF, qui refusent d’entrer dans cette logique infernale.

BH : - Est-ce qu’on peut marquer un stop à la logique de réformes successives de l’Etat en Belgique ? Laurette Onkelinx…

LO : - Il le faut. Mais pour en revenir à ce qu’a dit Didier Gosuin, moi ce que je reproche au FDF certainement le plus et je trouve ça assez impardonnable, c’est que quand le pays était en danger en 2010, avec le poids de la N-VA, quand on craignait pour l’éclatement de ce pays, le FDF est resté au balcon alors que huit partis se sont mis d’accord pour une réforme institutionnelle qui stabilise le pays et qui donne également de nouvelles chances aux régions parce qu’effectivement des compétences ont été transférées aux régions, mais tant mieux ! Tant mieux si par exemple à Bruxelles on peut avoir en main des politiques comme celle de l’emploi, on en a bien besoin, comme celle du tourisme qui va vraiment nous servir. Mais nous avons été là pour sauver le pays.

BH : - Vous dites quoi ? Que le FDF a été lâche si je vous entends bien ?

LO : - Absolument. Ce qui est intéressant c’est qu’à l’heure actuelle, ces huit partis-là qui sont autour de la table, qui ont fait ce grand accord, disent tous, et ça c’est nouveau, nous ne voulons plus de réforme institutionnelle, ça y est, on a travaillé sur ça, maintenant priorité au socio-économique.

BH : - Ils ne le disent pas tous comme ça, le CD&V dit qu’il faut quand même continuer, ce n’est pas aussi clair que ça Laurette Onkelinx…

LO : - Eh bien Kris Peeters par exemple, qui est quand même l’homme fort du CD&V, a dit très clairement, lors de la prochaine législature, il faut que dans les régions, nous puissions travailler avec les nouvelles compétences. Et ça c’est tout à fait nouveau. Il y a quatre ans, tous les partis flamands disaient : institutionnel. Maintenant, on a réussi à ce niveau-là à isoler la N-VA et le Vlaams Belang.

BH : - Didier Gosuin, sur l’accusation de lâcheté, le mot est lâché, et sur le fait qu’on a quand même peut-être une parenthèse maintenant de construction pendant cinq ans…

DG : - Ecoutez, le FDF a été vrai et sincère. Nous nous sommes toujours engagés à l’égard des électeurs francophones comme quoi premièrement il n’y aurait pas de scission pure et simple de BHV, c’est ce qui a été voté, il n’y aurait pas de début de scission de la sécurité sociale, c’est ce qui est en cours, il y a une partie de la sécurité sociale qui est scindée via les allocations familiales, d’autres politiques de soins, notamment de soins de première ligne, sont également différentes de région en région, c’est-à-dire qu’il y aura par exemple des droits pour les personnes âgées, pour les personnes handicapées, pour les enfants, qui seront différents de région en région, alors moi je peux comprendre que le PS trouve que c’est un grand progrès, moi je trouve au contraire que c’est un recul et quand on nous fait croire qu’aujourd’hui on est dans une pacification… Ecoutez, lorsque l’accord a été engrangé, tous les partis ont dit : maintenant on en a pour 10 ans. Monsieur Lutgen a même dit : on a 30 ans de pacification communautaire. Et que se passe-t-il aujourd’hui ? Tout le monde tremble à l’idée de ce qui va se passer le 25 mai.

BH : - Mais est-ce qu’on pouvait refuser de discuter à l’époque, de se mettre autour de la table ?

DG : - Il faut arrêter de croire qu’on fait avancer la démocratie quand on cède toujours aux puissants. Il y a d’autres exemples dans l’histoire et même aujourd’hui en Europe qui montrent que céder toujours aux puissants lorsque l’on sait que ça ne va pas dans le sens du bien, il faut aussi que tous les partis flamands soient convaincus et soient, je dirais, crédibles dans leurs discours de vouloir soutenir une Belgique qui soit solidaire.

BH : - Il faut isoler la N-VA ? Il faut absolument dire à l’avance qu’on ne peut pas s’allier avec le diable ?

DG : - Pas du tout, il faut isoler celles et ceux qui veulent entrer dans un processus de plus en plus rapide de dislocation de ce pays et donc ce n’est pas de la lâcheté ça, c’est de la clairvoyance car sur les 10, 20 dernières années, tous ces discours que j’entends aujourd’hui, on nous les a répétés. Un jour, Deprez a même dit, en 1995 : on a gagné la course contre le séparatisme. Mais on le voit aujourd’hui, avec le Vlaams Belang et la N-VA qui font plus de 40% en Flandre.

BH : - Laurette Onkelinx, réponse, et puis on parle d’un autre sujet important pour les Bruxellois, le survol de Bruxelles par les avions.

LO : - Pourrais-je vous dire que simplement dire " il n’y a qu’à, nous on reste au balcon ", ce n’est pas ça qui permet de gérer ce pays. Il faut se mouiller, il faut aller dans l’action, il faut aller défendre et nous avons été autour de la table notamment défendre les Bruxellois. Monsieur Gosuin, j’avais dit avec Charles Picqué, avant les dernières élections, qu’il fallait un refinancement de Bruxelles. Nous l’avions établi à environ 500 millions d’euros, nous avons eu ce financement. Ce n’est pas en restant au balcon qu’on gagne sur cela, c’est en allant autour de la table des négociations et moi je suis fière de ce qui a été réalisé pour Bruxelles.

DG : - Je comprends que vous soyez fière, d’abord premièrement, le FDF a aussi participé à des négociations, a participé à la gestion et à la création de cette région bruxelloise et je pense que nous avons su tenir tête à toutes les exigences flamandes. Le problème, c’est que chaque fois on fait le jeu des positions les plus extrêmes du côté flamand et ce que la sixième réforme a fait, ça n’a fait qu’alimenter le poids et la crédibilité de la N-VA. Aujourd’hui, le Flamand se dit que ça vaut la peine de voter pour la N-VA parce que de toute façon il y a toujours des francophones pour dire " amen ".

BH : - Laurette Onkelinx, autre sujet dans cette campagne, de plus en plus important pour les Bruxellois, c’est le survol par les avions en provenance de Zaventem ou qui atterrissent à Zaventem au-dessus notamment du centre et du sud-est de Bruxelles. Est-ce qu’on peut encore, quelques semaines avant les élections, changer le plan, déplacer donc des routes aériennes, notamment vers le nord de Bruxelles, c’est vraiment possible ?

LO : - Je vais vous dire ceci : d’abord, la situation actuelle, ça ne va pas, tout simplement. Il y a ce nouveau plan de Melchior Wathelet mais qui exécutait des accords de 2008, 2010, cet accord, soyons très clairs, soyons honnêtes, on le doit aux victimes du bruit, tous les partis avaient marqué leur accord, y compris évidemment le PS et le FDF, clairement.

BH : - C’était une erreur, c’est ce que vous dites ?

LO : - Je dis simplement que dans cet accord à l’époque, il y avait des éléments favorables. La diminution du nombre de mouvements au-dessus de Bruxelles, l’élargissement des nuits calmes, de nouveaux quotas de bruit, etc. Mais il y avait aussi, effectivement, des zones qui n’étaient pas survolées et qui actuellement le sont. Il y a une forte contestation, je crois qu’il fait du respect par rapport à ceux qui actuellement contestent et donc il va falloir changer à nouveau. Donc il y a deux étapes. Il y a une étape à court terme. Aujourd’hui, à 9 heures, réunion des experts et le dossier viendra en conseil des ministres vendredi. Est-ce qu’on peut comme ça, par un coup de baguette magique, décider de nouvelles routes, ce n’est tout simplement pas possible donc il ne faut pas faire miroiter ça. Par contre, on peut avancer. On peut avancer sur ce qui était dans l’accord de gouvernement et ça on peut le reprocher au ministre, c’est que nous avions dit qu’il fallait une autorité indépendante, loin de la politisation du dossier, qui puisse faire des contrôles, contrôler les normes de vents, les quotas de bruit, qui n’est pas là. On peut aussi avancer, me semble-t-il, sur l’élargissement de la nuit calme de 23 à 6 vers 22 à 7, c’est ce que je plaide et puis, dans un deuxième temps, je crois qu’il faudra revoir les plans des vols et diminuer encore le nombre de mouvements au-dessus de Bruxelles.

BH : - Didier Gosuin, on arrive déjà à la fin du débat, réponse sur ce dossier-là et puis ce sera déjà terminé.

DG : - Bien sûr que nous avions marqué notre accord en 2008 pour alléger l’Oostrand et un certain nombre de communes bruxelloises mais on n’avait jamais dit dans cet accord qu’on allait augmenter le survol de zones densément peuplées.

BH : - Vous avez été grugé ?

DG : - Non, l’accord n’a pas été respecté et il n’a pas été respecté d’abord parce qu’on a travaillé à l’envers. Il fallait un accord de coopération, il n’y a toujours pas d’accord de coopération. Il fallait une autorité indépendante, il n’y a toujours pas d’autorité indépendante. Alors aujourd’hui, quand on a fait le plan, qu’est-ce que dit aujourd’hui Wathelet ? Il dit : c’est une erreur et je vais tenter en dernière minute de corriger ce plan. C’est la reconnaissance qu’il a mal travaillé et aujourd’hui ce sont les Bruxellois qui paient les frais d’une impréparation et d’une mauvaise gestion ministérielle.

BH : - Merci à tous les deux !

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