Du tube de Dimitri From Paris aux ondes de la RTBF: génèse de l'émission Sacré français

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Voilà 20 ans qu'Alexandra Vassen a créé l'émission "Sacré français". En prévision de la soirée d'exception du 26 octobre prochain, on lui a demandé de fouiller dans ses souvenirs pour nous parler des prémices de l'émission, des conditions de création de ce monument de la radio. "Mon gros problème, c'est que j'ai une fâcheuse tendance à ne pas m'attacher au passé et à ne voir que l'avenir", nous a-t-elle répondu... Pas grave, elle s'est quand même prêtée à l'exercice.

     ¤ Comment l’émission est-elle née, Alexandra ?

A quelques jours de la rentrée de septembre, j'ai constaté qu'il restait une tranche non attribuée dans la grille de Radio 21, juste après les classiques de Marc Ysaye le dimanche matin. J’ai donc appelé Vincent Godfroid (ndlr: directeur de Radio 21, ancêtre des actuelles Classic 21 et Pure [FM]) pour lui dire que ça me brancherait bien de faire une émission de chansons francophones.

L’idée n'était pas de faire les classiques de la chanson française mais bien d’avoir toutes sortes de chansons en français. Après quelques discussions en interne, la réponse tombe : c’est oui.

On était au début de la French Touch, c'était extrêmement excitant de lancer cette émission à ce moment-là. 

La seule condition que j’avais posée pour cette émission, c’était de pouvoir faire sa programmation musicale. A l’époque, on avait des budgets pour acheter des disques. Christine Goor, responsable de la programmation musicale, est allée m’acheter quelques disques à la Fnac. Elle m’a ramené l’intégrale de Bobby Lapointe comme base de travail. Bref, elle était d’accord que je programme.

    ¤ Comment l’as-tu conçue, cette émission ?

Après le "go" de Vincent Godfroid et de Christine Goor, il me restait 4 jours pour concevoir l’émission.

On était au début de la French Touch. C’était extrêmement excitant car on était dans une vraie césure entre tout ce qu'il y avait auparavant - ce qu’on appelait de la chanson française - et tout ce qui était en train de se produire au niveau de la French Touch, tantôt en anglais, tantôt en français. Et je me suis dit qu’on allait, via cette émission, pouvoir s’appuyer sur tout ce qui existait déjà pour le mettre en relation avec tout ce qui allait arriver.

     ¤ L'émission a ensuite voyagé de chaîne en chaîne ...

Oui, parce qu'après Radio 21, je suis allée sur Pure (FM à l'époque). Et quand je suis arrivée sur La Première il y a 8 ans, vu que je portais le bébé depuis le début, que j'avais présenté toutes les émissions depuis le début, j'ai naturellement voulu emporter cette émission avec moi. Jean-Pierre Hautier a été ravi par la proposition, d'autant qu'il souhaitait donner à La Première un aspect un peu moins patrimonial. En passant, j'ai créé l'émission lifestyle Sacré Cocktail, auquel on a donné un nom volontairement proche de Sacré français, pour pouvoir faire un parallèle entre les deux.

     ¤ D'où vient le nom Sacré français justement?

L'émission porte le nom d'une chanson de Dimitri From Paris, intitulée Sacré Français, et issue de l'album Sacrebleu. Il était à lui seul l'exacte représentation de ce qui était en train de naître à l'époque, il incarne et incarnait les prémices de la French Touch. Son album est entièrement en français, mais les paroles étaient répétitives, les morceaux contenaient des extraits de film,... Bref, des choses un peu bizarres qu'on n'avait pas trop l'habitude d'entendre à l'époque. Tout cela était fait de façon assez pop et ludique.

 

Au moment de choisir le titre, je me suis toujours dit qu'on se creusait beaucoup la tête pour trouver des titres d'émission. Or, ceux qui se creusent encore plus la tête que nous, ce sont les artistes qui écrivent des chansons. Le mieux était donc de choisir un titre de chanson qui convenait à mon émission.

La seule différence avec le titre original, c'est la graphie : Dimitri From Paris écrivait ce titre avec un "F" majuscule, qui d'ailleurs était prononcé par une femme qui sous-entendait que les Français étaient des dragueurs. Nous, on a pris le parti de mettre une minuscule, pour faire référence à la langue. Cette fameuse langue qu'on essayait de mettre en avant...

     ¤ Parle-nous un peu du générique de cette émission...

Le choix du titre a évidemment été fait avec la bénédiction de Dimitri, qui s'est assez vite rendu compte que c'était porteur pour lui qu'on reprenne un de ses titres de chanson comme nom de notre émission. On a donc utilisé la fameuse chanson comme générique de l'émission pendant un certain temps, soit au début soit à la fin. J'avais aussi repris Transmitting Live from Mars, de De La Saul, une chanson sortie en 1989, avec un beat assez lent, où une voix féminine francophone des années 60 dit "Quelle heure est-il? Il est midi. C'est l'heure de déjeuner". Bref, j'ai tout travaillé, mixé, et mélangé et ça a donné le générique de l'émission.

 

J'avais aussi édité toute une série de jingles en partie extraits de Barbarella. Soit des petites annonces météo soit des sons bizarres, qui faisaient donc le lien entre une chanson et une autre. L'idée que j'avais, c'était d'avoir une heure d'émission où ma voix était certes là pour accompagner, annoncer et désannoncer les disques, mais surtout que les chansons diffusées pendant cette heure se parlent entre elles pour arriver à la fin à autre chose, sachant qu'en cours de route, il était super important de ne laisser tomber personne. J'entends par là les auditeurs : si un des titres leur convenait moins, je devais néanmoins m'assurer que la suite allait leur plaire...

     ¤ Le truc le plus fou vécu en festival?

Vivre un festival depuis les backstages, c'est déjà tout simplement renversant. J'ai vu des tas de trucs se produire devant mes yeux. Comme par exemple Iggy Pop sortir torse nu d'une limousine à un mètre de soi. En une seconde, pouf, t'as Iggy Pop devant toi. Les festivals, c'est vraiment ça : être au cœur de l'action et vivre des trucs de fou.

     ¤ La rencontre la plus marquante avec un artiste?

C'est difficile, car il y en a pas mal. Mais celle qui laisse le plus de traces encore aujourd'hui, c'est une interview de Daniel Darc juste après son passage à vide. Il venait de sortir l'album Crève Coeur, qui fait à mon sens partie des albums qui font l'identité de Sacré français.

Il faut savoir que dans l'album Cherchez le garçon du groupe Taxi Girl - dont faisait partie Daniel Darc (entre autres) - il y a la chanson qui s'intitule aussi Cherchez le garçon, une chanson que je n'arrive pas à écouter. Il ne faut surtout pas me la passer à mon insu car c'est trop pour moi. Elle est fondatrice pour plein de raisons.

Si la musique ne provoquait plus d'émotions chez moi, je changerais de métier.

Toujours est-il que je suis allée à Paris avec un ingé son. Je m'attendais à une interview forte, particulière et étrange à la fois. On est arrivés dans son studio qui se situait dans une pente de garage à Paris. Je n'avais pas encore mis le deuxième pied dans cet espace que le premier truc que j'entends, c'est le clavier de cette fameuse chanson, Cherchez le garçon.

C'était déstabilisant, d'autant que Daniel Darc était extrêmement désorienté, terriblement touchant et écorché vif. J'avais l'impression de parler à quelqu'un qui n'avait pas de peau. Je me suis assise par terre, il m'a imitée; il se trompait de sens pour revenir à sa place et se prenait littéralement le mur. Je suis sortie de là complètement renversée.

Daniel Darc aura décidément marqué la carrière et le cœur d'Alexandra Vassen. Le 19 juillet dernier, elle recevait lors des Francofolies de Spa le Spa d'Or, mettant ainsi à l'honneur les 20 années passées à la barre de l'émission Sacré français. Sur ce Spa d'Or figurait une photo de Daniel Darc (© Jean-Marie De Brauwer). C'est non sans émotion qu'elle reçut ce prix des mains de Loreta Mander.

 

 

20 ans, ça se fête! Sacré français sera à l'honneur lors d'une soirée très très spéciale, en compagnies d'artistes francophones, le 26 octobre prochain. Les places sont très limitées mais tentez malgré tout votre chance pour remporter l'un des précieux sésames pour cette soirée d'exception.

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