Du marketing ciblé pour manipuler son conjoint ou sa conjointe

Une start-up américaine propose de laver le cerveau de votre conjoint en le bombardant de publicités ciblées.

Dans Total Recall, Sharon Stone fait croire à Arnold Schwarzenegger qu’ils sont mariés, ce qui est totalement faux, il s’avère qu’elle est avec le méchant du film, l’infâme Richter. En fait, Schwarzie est la cible d’une manipulation mentale, via des implants de mémoire qu’on lui a greffés dans le cerveau.

Une start-up The Spinner s’est spécialisée dans la manipulation mentale, non pas à l’aide d’implants, mais à l’aide de publicités ciblées soigneusement choisies. Pour 29 dollars, vous pouvez envoyer un message subtil dans le fil Facebook de votre conjoint pour le motiver à vous faire une demande en mariage, pour l’inciter à avoir plus souvent des relations sexuelles avec vous, pour le convertir au veganisme

Comment cela fonctionne t-il ?

L’entreprise vous envoie un lien qu’elle qualifie d’" innocent " vers un site Internet. Vous transmettez ce lien par SMS à votre conjoint, ou à toute autre personne que vous souhaitez manipuler. La personne clique sur le lien. Elle ne le sait pas, mais elle vient d’activer un cookie qui va tracer toute son activité en ligne. Ce qui permet à la start-up de lui envoyer des contenus ciblés : cela peut être des articles sponsorisés sur Internet, ou des publications sur Facebook ou sur Instagram. La start-up explique que ce qu’elle appelle la " cible " sera " bombardée stratégiquement " de contenus sélectionnés par " une équipe de psychologues ", je cite : " pour lui implanter de manière inconsciente un message dans son esprit. "

Si vous trouvez, par exemple, que votre vie sexuelle est trop fade, votre conjoint recevra à plusieurs reprises un article suggestif sur " les 10 façons de mettre votre compagnon dans votre lit ".

Pour 29 dollars, c’est le package de base, la start-up promet d’envoyer une dizaine de publications différentes, qui reviendront chacune une vingtaine de fois dans le fil de la cible, pendant une période de 3 mois.

Est-ce que ça marche ?

Le fondateur de la start-up est très enthousiaste et affirme qu’il a de nombreux clients très contents du service. Cela dit, leur technique reste assez basique. Un exemple: pour convaincre son conjoint d’acheter un animal de compagnie à ses enfants, la start-up propose de le bombarder d’articles du genre " Pourquoi vous devez acheter un chien à votre gosse ".

Un système non-réglementaire en Europe

Ce type de publicité ultra-ciblée pose évidemment la question de la protection des données personnelles. Ce genre de service est-il tout à fait réglo ?

Absolument pas. La start-up précise d’ailleurs qu’elle ne peut pas fournir ses services en Europe, à cause du RGPD, le règlement européen pour la protection des données, qui interdit l’utilisation de données personnelles sans consentement.

On va pister le comportement en ligne de son mari, de sa femme, de son patron, de son voisin pourquoi pas, sans lui avoir demandé son autorisation. C’est donc totalement interdit, certainement dans notre pays. Aux Etats-Unis, même si les règles sont sans doute plus souples qu’en Europe, ça me semble quand même très limite, puisqu’on parle bien d’obtenir par une sorte de ruse l’accès à des données privées sans consentement. Le fondateur de la start-up n’a d’ailleurs pas l’air totalement à l’aise avec son service : le journal Forbes l’a interrogé, et il refuse de se faire prendre en photo, on ne trouve pas de trace de son profil sur Linkedin ni de compte Twitter. Il préfère visiblement rester discret.

Cela dit, cette start-up n’a pas inventé la publicité ciblée. C’est une pratique utilisée par les annonceurs sur Internet depuis de nombreuses années. C’est le business model de Facebook et Google. Grâce aux données récoltées en ligne, les géants du Net sont capables de dresser des profils ultra précis des consommateurs. Un vendeur de voitures pourra par exemple décider d’envoyer des publicités ciblées pour son nouveau modèle à tous les Bruxellois entre 40 et 50 ans qui ont liké ou partagé des publications liées à l’automobile dans les trois derniers mois. Une entreprise comme Facebook vend donc des profils de consommateurs, et la publicité sera envoyée à un groupe d’individus qui répondent à ce profil. C’est pour ça que le patron de la start-up estime ne rien faire de mal.

Il a été interrogé par le site The Daily Dot, je le cite : " Les réseaux sociaux vendent de l’espace aux annonceurs pour modifier vos comportements et vous inciter à acheter leurs produits. Ce que je propose n’est pas différent. Les marques et les politiques le font depuis des années, nous offrons la même possibilité aux particuliers, à vous et moi. "

 

 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK