[DOCUMENTAIRE] Me too : une très longue histoire de domination masculine et de violences faites aux femmes

Les femmes du monde entier rompent le silence. Par millions, elles descendent dans la rue et sur les réseaux sociaux. Elles démontrent leur colère face à la culture profondément enracinée de la prédation sexuelle qui a atteint des proportions épidémiques. Pour comprendre les batailles d’aujourd’hui, plongez dans le combat historique pour l’égalité des sexes.

Me Too le mouvement, un documentaire exclusif. A voir sur Auvio.

Quelques lignes d’histoire

La bataille pour l’égalité des sexes et contre le harcèlement sexuel, pour beaucoup d’entre nous, c’est une notion dont a commencé à parler dans les années 70. C’est oublier, un peu vite, que c’est un combat qui a commencé il y a très longtemps.

Ce mouvement naît en 1870 avec Emiline Pankhurst et le mouvement des suffragettes. A l’époque victorienne, les femmes sont opprimées à tous les niveaux. Elles sont agressées et dénigrées. Au travail, en public ou encore au sein de leur foyer.

On disait aux femmes que le comportement des hommes était inné et qu’elles devaient l’endurer.

Elle fonde le mouvement des suffragettes. Leur but : avoir le droit de vote et ce par tous les moyens. Elles entameront des actions violentes en s’en prenant à des bâtiments publics ou à des commerces. Nombres d’entre elles se sont retrouvées en prison.

Avec la première guerre mondiale, le mouvement s’essouffle. Mais les femmes vont être amenées à exercer des métiers d’hommes. Beaucoup sont partis à la guerre et n’en sont jamais revenus. A la suite de cette guerre, au Royaume uni, les femmes gagneront le droit de vote en 1918.

Me too, ce n’est pas nouveau mais cela a permis de mettre les faits en lumière.

De tout temps, les femmes ont été oppressées par la suprématie masculine. Mais les choses étaient tues ou cachées. Des femmes de ménages aux femmes cadres dans les grandes entreprises, toutes les femmes étaient concernées.

Une étude récente démontre que 81% des femmes et 43% des hommes ont subi des harcèlements sexuels. Ce qui est nouveau, c’est le fait que le mouvement Me Too a fait remonter ces faits à la surface.

A quand remonte le mouvement Me Too ? Est-il né à Hollywood ?

Difficile de mettre une date précise sur ce qui a fait changer les choses mais l’élection de Donald Trump semble avoir été un élément accélérateur :

Avec Donald Trump, nous avons élu un prédateur sexuel. La pire chose ce n’est pas qu’il s’en vante. C’est que certains l’aient élu pour cela parce qu’il représente le vrai mec.

Julie Bindel, journaliste


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Une autre fausse croyance est de penser que c’est un mouvement qui est né à Hollywood. La première personne à avoir utilisé cette expression et ce hashtag est Tarana Burke.

En 1996, Tarana Burke est éducatrice. Une jeune fille de 13 ans lui confie les viols dont elle est victime, mais Tarana Burke, elle-même victime de violences sexuelles, ne parvient pas à s’ouvrir à la fillette pour lui dire " Me too " (moi aussi).

En 2007, elle lance le Me Too Movement. Une chaîne de solidarité pour les victimes d’agressions sexuelles.

Elle sera active sur twitter et utilisera le #MeToo. Par contre, le mouvement va être amplifié par Alyssa Milano, actrice connue qui va reprendre les messages et accélérer le mouvement.

Harvey Weinstein : le cas le plus visible mais sûrement pas le seul…

Le 5 octobre 2017, le New York Times publie une enquête qui met en lumière les abus sexuels qu’a commis le célèbre producteur de cinéma Harvey Weinstein pendant de nombreuses années.

Suite à ces révélations, de nombreuses actrices vont expliquer les pressions et les attouchements qu’elles ont eus à subir. Pendant plus de 30 ans, il a mis en place un système de pression et de chantage.

 

On l’a mis en avant parce que c’est un cas exemplaire mais il en existe des dizaines d’autres à Hollywood.

Caroline Heldman (avocate)

 

Pour les observateurs, vu le pouvoir que détenait Harvey Weinstein, on a fait l’impasse sur ces faits durant de longues années. Il a été mis en lumière parce qu’il était le producteur le plus puissant mais ces procédés étaient monnaie courante.

 

Beaucoup de producteurs avaient un bureau à côté de leur bureau. Ils " auditionnaient " les jeunes actrices entre 16.00 et 16.30. Tout le monde savait ce que ça voulait dire.

Ashley Peason, journaliste

 

Les exemples de harcèlement et d’abus sont légion

Shirley Temple a été victime d’exhibitionnisme alors qu’elle n’avait que 12 ans.

Le producteur de Judy Garland prenait plaisir à lui toucher les seins lorsqu’elle répétait ses chansons.

Alfred Hitchcock a été le bourreau de Tippi Hedren. Il en a fait son actrice fétiche mais il la harcelait et abusait d’elle. Il lui aurait dit : "Je vais ruiner ta carrière si tu ne couches pas avec moi". Et il l’a fait quand elle s’est refusée à lui.

Plus proche de nous, citons Bill Cosby. Il a été accusé d’abus mais peu d’actrices se sont plaintes. A l’époque des faits, il était une immense star et ses victimes étaient très jeunes et débutantes.


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Pour certains activistes, ces faits sont révélateurs de l’impunité dont les gens de pouvoir dispose.

Nous avons fabriqué des demi-dieux auxquels nous n’osions pas toucher

Julie Bindel, journaliste

Que faire ?

Au-delà des faits, il ne faut pas oublier que les survivants de ces attaques ont des séquelles physiques et/ou des traumas psychologiques : flash-back, cauchemars, dépression…

On doit faire comprendre aux hommes que des tels comportements sont inacceptables et qu’ils seront punis.

Julie Bindel, journaliste

 

Pour ce faire, des lois et des règlements ont été mis en place dans de nombreux pays. Mais il y a encore beaucoup à faire. Des très nombreux cas de harcèlement ou de violences sexuelles ont lieu sur le lieu de travail. De nombreuses entreprises ont été amenées à revoir leurs manières de fonctionner et ont adapté leur règlement intérieur.

Mais il reste beaucoup d’aspects à régler :

  • Est-il facile de se plaindre ?
  • Qui se chargera du suivi des allégations ?
  • Qu’en est-il des conséquences ?
  • Il faut revoir de confidentialité qui empêche les victimes de s’exprimer et où les victimes signent une obligation au silence.

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