Dis-moi... zeg het maar in 't frans

Dis-moi... zeg het maar in 't frans
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"En 2005, lors d'une table ronde à Anvers, on me présente : Veronika Mabardi, schrijfster. Au moment où le mot est prononcé, une drôle d'émotion m'envahit. Une jubilation enfantine : oui, schrijfster, c'est moi. Comme je suis bilingue, on me propose de continuer en néerlandais. Mais les mots ne viennent pas. Je n'ai plus parlé flamand depuis des années. Je comprends ce qu'ils disent mais je ne peux pas répondre. Je n'ai plus accès à l'endroit où se forment les mots dans l'autre langue. Comment récupérer cette langue, abandonnée à neuf ans, lorsque l'Université de Louvain s'est installée à Louvain-la-neuve ? Mot après mot, je me trouve embarquée sur un chemin hasardeux, de rencontre en rencontre, entre mémoire et imagination, d'une langue à l'autre."

Extraits

"C'est quand j'ai commencé à travailler que j'ai été confronté à l'opposition flamand-francophone. Pour les Francophones, j'étais un Flamand et pour les Flamands, j'étais un Francophone. J'étais entre les deux. J'ai fort hérité de la tradition orale de maman et de tout ce qu'elle a pu transmettre comme identité et des problèmes que les Flamands avaient à Bruxelles. (...) Je sens le besoin d'expliquer les revendications des Flamands qui ont été blessés. Comme je suis Francophone, les autres Francophones écoutent peut-être plus facilement."


"Dans les années 60, le mouvement flamand arrive. Mon frère, ma soeur et moi, de temps en temps, on était traité de fransquillons. Et quand on retournait dans la famille en Wallonie, on était les Flamands de la famille. Et moi j'aimais bien cette position d'être entre deux chaises. Ça m'a apporté un regard un peu extérieur aux deux communautés. J'arrive pas à me définir en tant que Francophone ou en tant que Flamand. Je ne sais pas ce que je suis en fait, je suis Belge, disons. Et la Belgique, c'est chouette parce que c'est une construction artificielle, et j'aime bien tout ce côté artificiel.
Mais émotionnellement, dans ma tête, ça se bouscule. Le flamand et le français arrivent en même temps. Je n'ai jamais vraiment maîtrisé les langues. J'ai essayé de trouver un truc à part qui puisse relier les deux. Cette dualité de la réalité, cette dualité d'une personnalité, je trouve ça intéressant, je ne trouve pas que ce soit un défaut. C'est être conscient des deux réalités, des deux possibilités qui peuvent être employées à chaque moment. Je n'ai pas l'impression que je suis autre quand je parle flamand ou quand je parle français. (...) 

Je n'ai pas l'impression d'habiter une langue. J'ai toujours l'impression d'être touriste dans une langue aussi bien le flamand que le français. Une langue n'a jamais été un pays pour moi, ni une identité. D'ailleurs, je ne sais pas ce que ça veut dire une identité. C'est un récit, un truc qui s'invente."

Dis-moi... zeg het maar in 't frans
Un docu-récit radiophonique de
 Veronika Mabardi,
soutenu par le Fonds d’aide à la Création Radiophonique
Montage, mixage : Quentin Jacques
 
Avec : Eugénie-Johanna Crabbé, Félicie Decleire, Kristien De Proost,
Jean-Christophe et Johanna Mabardi, et Paul Pourveur
Une production deux temps trois mouvements

Ecoutez le docu-récit de Veronika Mabardi

 

Je suis né sur une planète, pas dans un pays. Si, bien sûr, je suis né aussi dans un pays, dans une ville, dans une communauté, dans une famille, dans une maternité, dans un lit… Mais la seule chose importante, pour moi, c'est d'être venu au monde. Au monde ! Naître, c'est venir au monde, pas dans tel ou tel pays, pas dans telle ou telle maison.

Amin Maalouf

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