Didier Van Cauwelaert : ''Les romanciers ne sont pas inutiles, pour ramener vers la réalité''

La personne de confiance
La personne de confiance - © Albin Michel

Prix Goncourt en 1994 pour Un aller simple, Didier Van Cauwelaert nous présente son dernier roman La personne de confiance (Albin Michel).

Max, un petit gars de banlieue, conducteur grutier à la fourrière, vient d'enlever une voiture sur un emplacement livraison. C'est alors qu'il découvre, sur la banquette arrière de la Rolls Phantom dernier modèle, une vieille dame.

Faute professionnelle qui risque de causer son renvoi... D'autant plus qu'il la reconnaît : c'est la chef d'entreprise Madeleine Lamor, héroïne de la Résistance, dont la tête orne ses paquets de galettes bretonnes. En pleine crise de confusion mentale, elle le prend pour son amant de 1944 traqué par la Gestapo.

Obligé de gérer la situation pour sauver son emploi, Max se retrouve entraîné dans une aventure hallucinante : défendre cette merveilleuse vieille dame, que son neveu tente de rendre folle à coups de médicaments pour s'emparer de ses biscuiteries...

« Depuis que je suis entré dans sa vie en l’enlevant avec mon camion-grue de la fourrière, elle n’a plus envie de mourir. Elle m’a même choisi pour être ce qu’on appelle sa ‘‘personne de confiance’’. Du jour au lendemain, je me retrouve avec les clés de son destin, de son entreprise, de sa famille de rapaces… Reste à savoir, comme dit ma copine Samira, si c’est le kif absolu ou le plus dangereux des pièges. »
 

La rencontre de deux France

La manière dont Max va protéger cette dame va l'inciter à placer sa confiance en lui pour se défendre contre sa famille. En France, explique Didier Van Cauwelaert, un statut juridique existe pour 'la personne de confiance' : vous pouvez choisir aussi bien quelqu'un de la famille qu'un inconnu et l'investir pour qu'il soit votre porte-parole, au niveau de votre traitement médical, d'un éventuel acharnement thérapeutique ou pas, de vos finances...

L'amie de Max, Samira, est comme lui une jeune de banlieue. C'est une féministe radicale, une musulmane en guerre contre les islamistes. Ces deux femmes, à 70 ans d'écart, se reconnaissent tout de suite dans leur statut de guerrières rebelles, dans leur féminité, dans leur humour, dans leur idéal, avec une roublardise nécessaire et un élan du coeur. C'est une histoire transgénérationnelle d'amitié et d'amour qui se noue.

C'est la rencontre de deux images de la France, de deux couches de la société qui ne sont habituellement pas amenées à se rencontrer et qui découvrent qu'elles se ressemblent. « Notre société souffre beaucoup et parfois meurt de ces séparations systématiques, de ces clivages, de ces méconnaissances l'un de l'autre. Alors que ce qui compte, c'est les énergies, c'est la sincérité. Leur interaction va tout modifier, y compris les a priori que chacun pose sur l'autre. »


Point de départ du roman : les personnages et la situation

Pour Didier Van Cauwelaert, un roman est la rencontre entre une situation et des personnages d'une part et puis une thématique que l'on porte en soi, qui nous tient à coeur, d'autre part. Et pas le contraire. Ce sont les personnages et la situation qui l'ont amené à évoquer la France d'en bas et celle d'en haut, l'interaction, l'amitié transgénérationnelle.

Ce qui compte, c'est une question d'attention autour de soi. Or les gens vivent dans une espèce de caisson d'isolation entre leurs écrans, leurs écouteurs, leurs selfies... Les réseaux sociaux dictent les opinions ou le vrai du faux, prennent la place des journalistes. C'est grave au niveau de la liberté d'expression, en cette époque de fake news, estime-t-il.

« C'est pour cela que les romanciers ne sont pas inutiles, à un moment donné, pour ramener vers la réalité. Retournons au coeur des personnages, au coeur des situations, voyons où en est exactement et arrêtons cette fascination de l'ego surdimensionné. »

« Les intentions pures paraissent le moins crédibles aujourdh'ui et pourtant ce sont les seules qui se révèlent vraiment payantes », dit Max dans le livre. Dans notre société, la méfiance et la suspicion générales envers les gestes généreux, gratuits, sont, pour l'auteur, insupportables. Faire du bien gratuitement sans se mettre en avant n'est généralement pas bien perçu.

 

Didier Van Cauwelaert nous raconte son livre et évoque des projets d'adaptation au cinéma, écoutez-le dans Jour Première, ici...

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