Didier Van Cauwelaert : "La bienveillance est profondément innée, mais bien souvent désactivée "

La bienveillance est le contraire de la mièvrerie : c’est une arme de choc, une arme de joie, une arme absolue. À une époque où tout se radicalise, la ruse, la haine, l’ego, le politiquement correct et même les discours humanitaires, la bienveillance est la seule réponse à la crise morale que traversent nos sociétés. Il faut la déculpabiliser, affirme Didier Van Cauwelaert dans son livre La bienveillance comme arme absolue (Ed. de l’Observatoire).

Didier Van Cauwelaert observe qu’en France, il faut justifier la bienveillance. Certains pensent en effet qu’elle est synonyme de mièvrerie et de mollesse, ils pratiquent une forme de complaisance dans la sinistrose, dans la négativité goguenarde. "Ils pensent être au-dessus de tout ça. Mais quand on est au-dessus d’un champ de ruines, quel est l’intérêt de ricaner ?"
 

Une arme qui désarme

La bienveillance est en réalité une arme qui désarme l’adversaire. C’est aussi une armure qui protège contre le mal. Elle permet de nettoyer, à l’intérieur de soi, la toxicité déposée par l’adversaire.

"Parce que si vous ressassez le mal qu’on vous a fait, si vous voulez vous venger, vous continuez à installer l’ennemi en vous, et c’est lui qui gagne. Il vous amène même chimiquement à fabriquer des toxines."

Si en revanche, vous utilisez l’humour, l’autodérision, l’empathie, la curiosité de comprendre le fonctionnement du malveillant, vous reprenez le pouvoir et vous pouvez l’aider à modifier son rapport à lui-même, aux autres. Et c’est cette circulation émotionnelle qui peut vous rendre le plus heureux, même si vous n’êtes pas payé de retour.

Dès l’enfance, Didier Van Cauwelaert a été convaincu de la nécessité de la bienveillance. Il l’a découverte en réaction à la maltraitance subie à l’école. "Pour lutter contre le mal que vous font les gens, il faut comprendre la raison de ce mal."

Il est urgent de radicaliser la bienveillance,
c’est-à-dire de la pratiquer sans peur, sans honte et sans modération.

La bienveillance envers soi-même, ce n’est pas se regarder dans la glace, être fier de son parcours, de ses réussites, c’est vivre en bonne intelligence avec soi-même, se souvenir des liens qui unissent tous les êtres vivants sur la planète, mais aussi le visible et l’invisible.

On ne peut pas être bienveillant envers les autres si on ne l’est pas avec soi-même, mais ça ne veut pas dire être complaisant, c’est étymologiquement : vouloir du bien. C’est se vouloir du bien, être en harmonie avec les autres, agir pour soulager la détresse des autres… Et l’effet retour est immédiat. L’imprégnation mutuelle est l’une des bases de la vie en société, de l’amitié, du couple, de la famille.

"Être bienveillant, ce n’est pas nier la gravité du monde. C’est la lucidité qui est le moteur de la bienveillance et la gratitude, le pouvoir que l’on a quand on dit merci. Merci d’être en vie, merci aux autres d’être là, merci à cette force qui est en nous et qui nous permet de nous relever et d’aider les autres à se relever. "

 

La bienveillance est à la base de l’évolution

La bienveillance est en partie acquise : si on vous a témoigné de la bienveillance, vous y serez plus naturellement enclin, mais quelle est la part d’inné ?

La bienveillance animale est bien connue, l’entraide chez les végétaux également. Les bactéries, il y a 4 milliards d’années, ont dû créer du lien pour former la symbiose et permettre l’évolution. La bienveillance est aux commandes de l’évolution.

Elle est donc profondément innée, mais est hélas, chez l’humain, souvent désactivée par trop d’intellect, de cérébralité, de rapports de force. On va la développer ou non, l’occulter ou non. Les animaux et les végétaux, eux, sont restés totalement dans cette dynamique de l’évolution.

 

Bienveillance = condescendance ?

Au départ, la bienveillance, c’est étymologiquement vouloir du bien à l’autre. Au début de la Révolution française, Robespierre a voulu éradiquer ce sentiment, assimilé à une charité condescendante de l’Ancien Régime. Il la remplaçait par la lutte des classes, l’égalité. On en trouve encore trace dans certains dictionnaires, où la bienveillance est définie comme 'une affectation d’attitude charitable envers une personne inférieure'.

"Ce glissement n’est absolument pas dans la définition de la bienveillance du début. Il y a 4 milliards d’années, on a les premiers exemples de bienveillance chez les bactéries !"

Certains diront que tout acte généreux est une hypocrisie, est une attente de retour sur investissement, qu’on ne fait rien pour rien. En réponse à cela, il faut agir, affirme Didier Van Cauwelaert, montrer qu’il n’y a pas forcément de la condescendance dans la bienveillance, que son moteur essentiel, c’est l’empathie et la gratitude.

  • L’empathie, c’est essayer de comprendre comment fonctionne l’autre, ce qui le fait souffrir, ce qui peut lui faire du bien, ce en quoi il peut vous être complémentaire.
  • La gratitude : ce que vous avez reçu des gens, vous avez envie de le reverser. Vous serez bien si les autres sont bien autour de vous, si l’harmonie règne.

Didier Van Cauwelaert n’a cessé de travailler cette part innée en lui, parce qu’il savait que c’était ce qui allait être le plus productif pour lui. "Ce qui touche les gens qui me sont chers m’importe plus que ce qui m’arrive."

Didier Van Cauwelaert cite de nombreux exemples de personnes
qu’on n’aurait pas imaginées bienveillantes.
Découvrez-les ici !

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